À nos plus belles blessures de Catarina Viti***
Par Sarah CHÊNE***
Ils vivent avec excès d’amour, de mémoire, de douleurs, de lucidité, ceux qui portent trop.***
Il existe des êtres qui portent trop. Trop de corps, trop de voix, trop de souvenirs, trop d’espoirs déçus. Ce livre s’approche d’eux sans fracas, avec une patience presque artisanale, pour montrer ce qui se passe quand la vie déborde. Dans À nos plus belles blessures, Catarina Viti écoute celles et ceux qui ploient, qui cèdent, qui persistent, et tout ce que le monde dépose en eux.***
Les 9 récits se succèdent comme les pièces d’un vitrail : séparés, mais traversés par la même lumière. Parmi eux, Sonia, femme-éléphante, femme-poids, femme-fragile, dont le corps et l’esprit se dédoublent jusqu’à l’épuisement. Ou Elsa, déchirée entre deux continents, amputée de l’Afrique qui fut son enfance. Erichton, figure presque mystique, qui porte pour les autres une paix que personne ne peut tenir seul. Chacun d’eux révèle une part de ce que signifie vivre avec un excès d’amour, de mémoire, de douleur, de lucidité.***
Le titre prend alors tout son sens. Les blessures ne sont pas ici des drames à effacer, mais des lieux de vérité. Elles racontent ce qui a compté, ce qui a façonné, ce qui a été perdu sans jamais tout à fait disparaître. “Belles”, non parce qu’elles adoucissent la vie, mais parce qu’elles la montrent nue, sans maquillage ni défense.***
L’écriture de Catarina Viti accompagne ces existences avec une précision presque tactile. On y sent la chair, la sueur, les voix intérieures, mais aussi la délicatesse d’un regard qui ne détourne jamais les yeux. C’est une prose directe, sensible, parfois tranchante, toujours tenue, où le corps devient le dernier lieu de résistance possible.***
Ce livre parlera à celles et ceux qui ont déjà porté trop : un proche, un pays, un chagrin, une responsabilité qui dépassait leurs forces. À ceux qui savent que les blessures ne se referment jamais vraiment, mais qu’elles finissent par nous rendre lisibles à nous-mêmes et aux autres.******************************************************
« Atropos, chère Parque, quelle plaisanterie avais-tu inventée pour amuser tes sœurs ? De quel pari olympien Bob G. faisait-il les frais ? Combien de temps encore avant que tu ne refermes les deux branches de tes ciseaux sur le fil de son ignoble existence ? »
Publié le 06 Février 2026