Il y a deux choses que les auteurs aiment profondément : écrire des livres et rencontrer leurs lecteurs. Les rencontres, les salons, les messages après lecture… c’est souvent l’un des plus grands plaisirs du métier. Et puis il ya les questions. Certaines sont sincères, quelques-unes légèrement déconcertantes, et certaines reviennent avec une régularité digne d’un lever de soleil.
Quel est le petit catalogue universel des questions adressées aux auteurs.
« D’où vous est venue l’idée de ce livre ? » : C’est la question numéro un. La classique. L’incontournable.
La réponse élégante est généralement quelque chose comme : « L’idée m’est venue en observant le monde qui m’entoure et en me demandant et si… ? »
La réalité est bien sûr souvent un peu plus… désordonnée.
Les idées peuvent naître d’une phrase entendue dans un train, d’un rêve étrange, d’un article de faits divers, d’une banalité.
A vous de créer le mythe.
« Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ? »
Le lecteur imagine souvent une réponse simple : six mois, un an, deux ans peut-être. La réponse officielle est donc : « Environ un an. »
La réponse complète, elle, ressemble plutôt à un tableau de bord légèrement chaotique : quelques mois pour écrire le premier jet, plusieurs semaines pour corriger, plusieurs jours pour relire, quelques nuits pour douter profondément de ses choix de vie, un moment de panique pour décider que le chapitre 12 doit être réécrit
En résumé : écrire un livre prend du temps. Donnez la mesure en café. C'est plus drôle.
« Ce personnage, c’est vous ? »
Question délicate. Très délicate. La réponse diplomatique est :« Chaque auteur met un peu de lui-même dans ses personnages. ».Ce qui est parfaitement vrai. Les auteurs empruntent une émotion vécue, un souvenir, une épreuve, une réaction
Mais les personnages sont aussi un mélange de personnes rencontrées, fragments d’imagination, traits inventés de toutes pièces
Donc non, le héros courageux n’est pas forcément l’auteur, le pleutre... ah oui, sans doute.
« Est-ce que cette histoire est vraie ? »
Cette question apparaît parfois même quand le livre parle de dragons, d’univers parallèles ou d’enquêtes impossibles. La réponse est souvent lâche : oui et non.
Les événements sont souvent inventés. Les émotions, elles, sont presque toujours réelles car ce sont ces éléments qui donnent vie à une histoire. L'important c'est d'être vrai, pas réel.
« Quel est votre personnage préféré ? »
Une question charmante… mais légèrement dangereuse. Choisir un personnage préféré revient un peu à choisir un enfant préféré. On sait qu’on ne devrait pas le dire à voix haute.
Les personnages imparfaits secondaires sont souvent les plus ardus à écrire. Ils font des erreurs, prennent de mauvaises décisions et compliquent tout. Bref ils sont attachants, si l'auteur l'est..
« Avez-vous déjà eu le syndrome de la page blanche ? »
Ah. Le fameux. Dans l’imaginaire collectif, le blocage de l’écrivain ressemble à un moment poétique : un auteur contemplant la pluie derrière une fenêtre, plongé dans une réflexion artistique profonde.
La réalité est plus prosaïque : ouvrir le document, écrire une phrase, la supprimer, consulter son téléphone, se lever pour aller chercher un verre d’eau, revenir, écrire deux phrases. Ai-je bien fermé le frigidaire ?
La vérité est simple : la page blanche existe, mais elle finit toujours par céder.
« Quand sort votre prochain livre ? »
C’est sans doute la question que les auteurs préfèrent entendre. Parce qu’elle signifie une chose très simple : le lecteur a terminé le livre… et il aurait envie d’y retourner., s'il ne vous flatte pas bêtement.
Et il n’y a pas de meilleure motivation pour un auteur pour écrire la suite.
Et la question que les auteurs aimeraient entendre plus souvent…Il existe une dernière question, plus rare, mais particulièrement précieuse.
« J’ai vraiment aimé votre livre. Est-ce que je peux le recommander ? »
À ce moment-là, l’auteur sourit. Parce que la vérité est simple : les livres vivent grâce aux lecteurs qui en parlent.
Et si l’histoire continue à circuler, c’est un peu comme si elle continuait à s’écrire… chez quelqu’un d’autre.
» Ecrire pour tous ou pour quelques uns