
Nous vous proposons de découvrir ces trois livres, autant de trajectoires singulières, radicalement différentes, mais une même tentation : reconstruire son propre monde.

Dans L’Orient perdu, Ella Maryan raconte une conscience fragmentée. Atteinte d’un trouble bipolaire, l’autrice traverse dépressions sévères, épisodes maniaques, instants d’euphorie et pertes de contact avec le réel. Au début du récit, elle suit un traitement par électro-convulsivo-thérapie (ECT). Les soins apaisent la souffrance, mais altèrent la mémoire immédiate. Pour ne pas oublier, elle décide d’écrire.
Le texte oscille entre fragments de souvenirs et tentatives de compréhension de soi, entre passé révolu et présent altéré. La désorientation est au cœur du livre : perdre la santé, perdre un pays, perdre une mémoire. Peu à peu, l’autrice relie ses hallucinations et ses pertes de repères aux blessures héritées des générations précédentes. Plus encore que sa mémoire défaillante, elle cherche celle de sa famille, comme si cette histoire pouvait l’aider à réparer la sienne.
Écrire devient alors un geste vital. Une tentative de se reconstruire une continuité intérieure.
La voix des ancêtres apparaît comme un possible point d’appui. En rassemblant des fragments de vie et d’histoire, Ella Maryan livre quelques pages de grande littérature, mais aussi une méditation profonde sur la survie psychique.

À bientôt quarante ans, Simon Duval mène une existence apparemment stable, faite de certitudes et de routines maîtrisées. Il ne cherche pas l’aventure, ne rêve pas d’échappées faciles. Pourtant, une voix inconnue, entendue à la radio, va provoquer un basculement.
À partir de cet instant, Simon commence à lâcher ce qu’il croyait contrôler. Il vacille entre résignation et désir de fuite, pris au piège d’une vie trop bien ficelée. En s’autorisant ce mouvement, il permet aussi à son fils adolescent de sortir d’un huis clos familial où celui-ci peine à construire sa propre identité.
Le roman explore ce moment fragile où l’on comprend que rester immobile est devenu plus difficile que partir. Si tu n’existais pas est un récit sur l’identité masculine contemporaine, la perte d’illusions, et la quête d’un peu de lumière dans l’espace parfois étouffant du quotidien.

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Roman a une trentaine d’années. Entre devoir de mémoire et désir d’émancipation, il hésite à reprendre la boutique d’antiquités de ses parents, rue Quincampoix à Paris.
Un voyage en Bulgarie, à l’occasion d’une importante vente aux enchères d’objets archéologiques, devient le point de départ d’un déplacement plus intime. Sur la route, il fait des rencontres, retrouve d’anciennes connaissances, et croise Amena, jeune musicienne syrienne jouant de l’oud, tentant de franchir la frontière pour rejoindre l’Allemagne.
C’est l’histoire d’un héritage et d’un deuil singulier. Celle d’un homme qui redécouvre ses parents à travers ce qu’ils ont laissé derrière eux.
Fred Opalka compose un carnet de bord sensible, où chaque bibelot devient porteur de mémoire. Le voyage en Bulgarie agit comme un miroir intérieur : à défaut de racines claires, Roman rassemble des fragments de passé pour se fabriquer une généalogie possible. Un récit qui rappelle que ce sont souvent les petits objets qui racontent les plus grandes histoires. Derrière chaque trace matérielle, des vies entières.
Mis en regard, ces trois romans disent la même chose sous des formes différentes :
il arrive que le présent devienne inhabitable.
Alors chacun cherche à sa manière :
- à réparer ce qui vacille intérieurement
- à répondre à un appel invisible
- à inventer une origine pour pouvoir avancer
Ce ne sont pas des fuites, mais bien des tentatives de survie.
Lire ces textes ensemble, c’est accepter d’entrer dans des zones de fragilité humaine. C’est reconnaître que nous ne disposons pas tous des mêmes ressources face au réel. Et que la littérature offre parfois un espace pour traverser ce qui, autrement, resterait muet.
La table du libraire monBestLibraire est un rendez-vous hebdomadaire consacré à la lecture critique du roman contemporain, en particulier dans l’édition indépendante et l’autoédition exigeante.
Chaque table met en relation des œuvres qui, ensemble, éclairent une manière d’habiter le monde. Non pour hiérarchiser les souffrances, mais pour rendre visibles des gestes humains.
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