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Le 16 mar 2016

Écriture : Divaguer sur un rêve éveillé

Somnambulisme, écriture de rêve ou de cauchemar, écriture automatique. Quand votre inconscient prend le stylo surtout pendant la nuit, difficile de reconstituer le puzzle. Philippe Mangion raconte.
L'écriture inconsciente existe-t-elle ?J'ai encore rêvé...

Dormir la nuit, et découvrir ses écrits le matin.

Dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 mars 2016, malgré mon sommeil, je voulus absolument terminer le chapitre en cours de mon roman. Mes yeux se fermaient, mais je résistais. Il me semblait avoir atteint mon but quand, littéralement épuisé, je me suis couché.

Le lendemain matin, quand je réactivai mon ordinateur resté en veille, l’écran que je découvrai me surprit. Ma dernière action avait été de rédiger un mail. Ce mail n’était pas intentionnel et n’avait aucun sens. Il avait pour destinataire un client de ma société d’informatique, et son contenu disait : pouvez-vous m’envoyer des vêtements. Ce sujet textile n’avait rien à voir ni avec mon activité ni avec celle de mon client. Heureusement, je n’avais pas cliqué sur le bouton « envoyer ».

D’abord impressionné (étais-je devenu fou ?) j’ai vite compris que j’avais écrit dans mon sommeil. J’ai ensuite vérifié ce qu’il en était du paragraphe en cours de mon roman. Deux expressions, « centre de crise » et « démoralisés », qui n’ont aucun rapport avec l’histoire, s’étaient glissées dans le texte. Naturellement, je n’avais aucun souvenir de les avoir écrites. 

Rêver éveillé, et transcrire son rêve. Une preuve écrite de l’inconscient.

Le passage disait :
[…] Les cinq conjurés décident qu’aucun collaborateur ne sera mis au courant de l’objectif réel de l’entreprise. Ils penseront œuvrer pour le développement et la commercialisation d’un nouveau centre de crise. Les mutants sont démoralisés.
Il est amusant de constater que, malgré tout, l’orthographe et la cohérence syntaxique sont respectées. Mon intention réelle était sans doute d’écrire cette phrase, en rapport avec mon roman :
[..] Ils penseront œuvrer pour le développement et la commercialisation d’un nouveau jeu vidéo. Les mutants sont décidés.

La phrase du mail (Pouvez-vous m’envoyer des vêtements) et les mots spontanés du texte (centre de crise, démoralisés) pourraient faire partie d’un même lexique, ce qui laisse penser qu’une interférence s’est produite entre l’acte conscient d’écrire et un rêve dont je ne me souviens plus. Il est concevable que ce rêve ait mis en scène des gens démoralisés, dans un centre de crise où des vêtements étaient distribués.

Quoiqu’il en soit, je possède désormais une preuve écrite de mon inconscient.

Et vous, amis auteurs, quelles sont vos expériences bizarres en matière d’écriture ?

Philippe Mangion

Retrouvez Philippe Mangion en dédicace sur le stand C52 de monBestSeller samedi 19/03 à 16h.

Pour avoir aussi joué à retranscrire ou à chercher des explications dans le langage inconscient des rêves, j'y ai toujours trouvé plus de questions ou de théories que de réponses. Un livre de JC Ameisène sur les battements du temps, apportait de très jolis éclairages sur les récentes et anciennes études sur les fonctionnements du cerveau en la matière, allant même jusqu'aux tréfonds de notre histoire, de celle des animaux, des oiseaux et de leur langage. Comment s'archivent nos souvenirs, comment ils se fondent et se réarrangent pendant le sommeil et selon ses phases, comment ils remontent...Une véritable recomposition permanente pour pouvoir en avoir de nouveaux. Autant le surf sur cette ligne entre les mondes du rêve et celui des réalités peut être nourrissant, tout comme de brèves plongées, autant comme en plongée profonde, ainsi qu'avec les excès de fatigue et de mots, le risque peut être de s'y perdre.

Publié le 17 Mars 2016

A vous lire tous, je m'aperçois que, sous des formes différentes, écrire favorise les intrusions de l'inconscient dans notre quotidien. Et ce n'est pas un hasard. A pousser notre imaginaire, on atteint forcément des strates profondes de notre pensée qui ne sont plus tout à fait étanches. Il y a mixtion entre le conscient et l'inconscient, augmenté encore dans les moments de sommeil éveillé ou de grande fatigue.
Parfois pour le meilleur, et, comme le font remarquer certains d'entre vous, souvent pour le pire.
Merci à vous tous d'avoir participé à cette rubrique.

Publié le 17 Mars 2016

Mon expérience c'est quand un jour je m'entêtai d’écrire malgré ma grande fatigue nocturne, le matin je remarquai que j'avais écris le début d'une nouvelle autre que celle dont j'avais l'intention de terminer. Je décidai alors de terminer cette histoire qui fait aujourd'hui partir de mon patrimoine littéraire( mes œuvres littéraires). Vous avez raison, j’ajoute qu'on peut produire surtout une nouvelle oeuvre dans ces circonstances.

Publié le 16 Mars 2016

Et si Morphée, nous emmenant dans ses limbes opaques, peuplait nos rêves (ou nos cauchemars) d'images aiguisant notre imagination ? Combien de fois ne me suis-je éveillée, après un de ces voyages inconscients, avec une impression inexplicable de mal aise ou d'euphorie, déclenchant, alors que mes yeux étaient encore à peine ouverts, une folle envie d'écrire une histoire qui, au final, n'avait plus rien à voir avec le rêve que j'avais fait ? Juste une phrase, un mot, une image et hop ! Je me précipite sur mon ordinateur -sans m'exploser un orteil sur le chambranle de la porte, mais les idées pas vraiment claires ! - je noircis à la hâte une nouvelle page Word, et voilà qu’apparaît un début de quelque chose qui m'amène, au bout de quelques minutes ou quelques heures, à la trame d'une nouvelle histoire à écrire. Le conscient a puisé dans l'inconscient la source de son inspiration et, même si le résultat final n'a plus rien à voir avec ce qui l'a déclenché, il n'en reste pas moins son point de départ.

Publié le 16 Mars 2016

Si l’inconscient a pas mal de trucs à nous dire, il le fait le plus souvent par le truchement des rêves, mais pas seulement. J’ai le souvenir d’avoir fait un lapsus scriptæ, concernant ma mère... Une bonne claque, bref. J’ai l’impression que l’écriture automatique est de même nature ou s’en approche. En tout cas, il est sûr que lorsque nous lâchons la vapeur (comme dit Myriam), quand l’égo ne joue plus sa partition comme dans les rêves, alors l’inconscient prend la parole et il le fait à coups de symboles. C’est un langage farfelu, mais c’est tout de même un langage. L’épisode que vous nous racontez me fait penser à ce genre de chose. En rapprochant deux éléments du rêve : « nouveau centre de crise » et « mutants démoralisés » - les mots crise et démoralisés semblent vouloir exprimer quelque chose en opposition à la version réelle : « nouveau jeu vidéo » et « mutants décidés ». - nouveau je-u / décidés - Quant au : « Pouvez-vous m’envoyer des vêtements ? », peut-être est-il en effet, comme vous le dites, une bribe anodine du champ onirique. Quoi qu’il en soit, je pense que l’inconscient ne fait jamais d’intervention gratuite ; il veut nous dire quelque chose, à nous d’essayer de comprendre son message.
@Colette bacro Avoir sur sa table de nuit un petit dictaphone est très efficace contre les éclatements d’orteils nocturnes ! @Myriam ORAZZO Je suis complètement d’accord avec la fin de votre commentaire ; si pour une grande partie l’acte d’écrire est réfléchi, travaillé, il y a en une autre revanche qui est totalement déconnectée du conscient, et c’est elle que je comprends comme étant le véritable processus créatif.
@Philippe Mangion Merci d’avoir partagé avec nous votre expérience, pour ma part, je l’ai vivement appréciée. Allez, continuons de rêver et d’écrire, quand tout est si gris dehors, ça ne peut que nous faire du bien ! Amicalement, et bonne continuation.

Publié le 16 Mars 2016

C'est pour cette raison que chaque soir avant d'aller me coucher je frotte mon PC pour voir si un genie en sort qui exaucera mes voeux les plus fous. Ca n'est encore arrive mais le couvercle de mon ordinateur brille comme un sou neuf...

Publié le 16 Mars 2016

Dans ces cas la, le plus urgent c'est quand meme d'ouvrir les placards et de verifier qu'il y a exactement le meme nombre de cadavres que la veille, ou sinon d'effacer les traces... :)

Publié le 16 Mars 2016

Bonjour, je ne me souviens pas avoir déjà vécu une expérience similaire... ça doit être un peu effrayant, mais instructif ! En ce qui me concerne, j'ai surtout remarqué que si je me force à continuer alors que je tombe de fatigue, ma vigilance diminue et le résultat est moins bon.

Publié le 16 Mars 2016

Merci @Philippe Mangion pour ce bon article sur ce que j’appellerai "Le Rêve inconscient".
Il faut savoir que nous n’exploitons qu’une infime partie de toutes les capacités que recèle notre cerveau, je pense que ce phénomène expliqué dans votre article est un lien supplémentaire à lui attribuer.
Ayant vécu des faits similaires à ce genre d’expérience, ça fait du bien d'apprendre que l’on est pas le seul, rassurez-vous, ce n’est pas de la folie, bien au contraire !
Lire mon recueil de nouvelles ici : http://www.monbestseller.com/manuscrit/mes-nuits-sont-hantees

Bonne continuation

Publié le 16 Mars 2016