Interview
Le 10 mar 2014

Spécialiste des écritures de scénarii, Claire Marine nous parle des liens littérature-cinéma.

Conseil-litteraire-pour-monbestseller-elle-comprend-l-auteur-avant-d'intervenir-Pour écrire un livre, l’écriture scénaristique incarne l’idée de « trajet »

Enseignante à Paris VII, elle anime entre autres chez Aleph, des ateliers centrés sur les techniques d’écriture cinématographique. Littérature et scénario : un échange qu’elle juge fructueux. Elle nous rejoint comme partenaire.

Question: 

Claire, cet « engouement pour l’écriture de scenario est-il nouveau ?

Réponse: 

Depuis 80, on s’interroge sur ce qu’est ou devrait être la littérature contemporaine. Alors on lorgne du côté du cinéma, cet art narratif puissant qui couvre la palette de toutes les émotions. Qui nous fait partager au plus près ce que les personnages vivent, toucher notre inconscient jusqu’à nous hanter dans nos cauchemars. On scrute l’écriture scénaristique et on y retrouve les préceptes déjà enseignés par Aristote dans sa « Poétique » sur la manière de composer les histoires. Car l’art du scénario est avant tout un art de la composition, de la  construction de personnages, de situations et du rythme.

Paradoxalement, l’écriture scénaristique modélise on ne peut mieux l’idée de « trajet » qu’on peut associer a  la définition de l’écriture.

Question: 

D’où vient cet intérêt des écrivains pour le scenario ?

Réponse: 

Depuis longtemps déjà, les auteurs américains explorent les outils de l’écriture cinématographique et participent activement à des « creatives writing workshops », des ateliers d’écriture dont les méthodes s’apparentent de près à celles du travail des scénaristes de ces séries américaines que beaucoup  découvrent avec bonheur en France depuis quelques années. 

Question: 

Y a t-il des techniques ou des enseignements particuliers ?

Réponse: 

Que peut donc nous apprendre le scénario à nous, auteurs de romans ou de nouvelles ? Entre autres, à caractériser des personnages, à construire un récit (avec introduction et dénouement, développement progressif et maîtrise de la tension dramaturgique), à jouer des associations, juxtapositions, flashbacks, ellipses, suspens, et bien d’autres des techniques et effets propres au cinéma.

Bien sûr, il ne s’agit pas de recette toute faite mais de possibilités avec lesquels l’auteur peut jongler pour une meilleure efficacité de son récit.

Claire Marine

Ateliers « Clairemarine » : http://clairemarine.wix.com/ecriture

Mon commentaire arrive un peu après la bataille. J'ai suivi le lien via un courriel du jour, et n'avait pas vu que votre tribune datait de 2014. MBS aura jugé qu'elle était d'actualité pour la faire renaître de ses cendres ;). Belle journée. Michèle

Publié le 30 Octobre 2017

Merci pour cette intéressante tribune, Claire. Une certaine forme de littérature n'échappe pas à cette course à l'échalotte : s'adapter coûte que coûte aux tendances du moment. Il faut savoir se métamorphoser à la vitesse du son, aller aux confins de l'imaginaire, de l'originalité, du trash pour se faire repérer. Cela donne des excès bien regrettables, à mon humble avis, car elle façonne nos jeunes à coup d'emporte-pièce, d'a priori qui, que ce soit en matière de rapport de force ou de sexe et j'en passe, véhiculent des valeurs discutables. Fort heureusement, il reste une autre forme de littérature plus psychologique, (profondément) sentimentale, poétique ou intellectuelle qui perdurera, sans jouer des coudes dans cette trop grande cour, car elle aura toujours ses lecteurs. Cette dernière n'est pas valorisée au cinéma. Le seul moyen serait de faire intervenir une voix of qui détaille la subtilité des ressentis des personnages, au delà d'un sourire ou d'une rêverie. D'ailleurs, qui n'a jamais été déçu par l'adaptation cinématographique de certains coups de coeur ? Je me souviens avoir vécu une grande déception en visionnant "L'insoutenable légèreté de l'être" de Kundera. Pour ce qui est de la construction d'un roman, il est vrai que le septième art a vulgarisé l'emploi de juxtapositions, flashbacks, ellipses, ... qui animent très agréablement un récit quel qu'il soit. Mais ces techniques existaient bien avant la naissance du cinéma ;). Belle journée. Michèle

Publié le 30 Octobre 2017
Et quelle part est donnée à l'aspect intuitif de la création, dans cette belle organisation ?
Publié le 19 Mars 2014
Il me semble que "placer" un scenario peut se reveler encore plus difficile qu'etre publie par une maison d'edition. J'ai l'impression en effet qu'il y a deja bien longtemps que beaucoup de romans ont ete ecrits "comme" des scenarios. Ce qui rend la competition encore plus feroce puisqu'une compagnie de cinema, si vraiment elle recherche un scenario pour un film, aura tendance a simplement acheter les droits cinematographiques d'un roman (le plus souvent un roman a succes). Je me demande combien de chance a un parfait inconnu d'ecrire un scenario, de l'envoyer a un cineaste, et d'etre adapte a l'ecran.
Publié le 12 Mars 2014