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Le 26 jui 2013

Ecrire sur soi, c’est écrire sur les autres

C'est en tout cas, ce que déclarait Serge Doubrovski. Quelles sont les sources légitimes d’inspiration quand on crée ? L’éthique et l’esthétique font-elles bon ménage ? Imaginez que l’ensemble des personnages de la Comédie humaine ait fait un procès à leur auteur pour atteinte à la vie privée.
Comment manier l'autofiction sans blesser son entourage ? Comment manier l'autofiction sans blesser son entourage ?

Outre les démêlés juridiques qui pourraient se perpétuer encore aujourd’hui, la famille Balzac indemniserait toujours les descendants de Rastignac, Nucingen, et Grandet ; sans oublier la famille du Cousin Pons, âpre au gain et les gourmands descendants de la cousine Bette qui, mine de rien, ont bien hérité eux aussi des défauts de leur vicieuse aïeule.Aujourd’hui, et plus sérieusement, quand les procédés littéraires utilisés ne permettent pas au lecteur de différencier les personnages de la réalité, de sorte que l’œuvre ne peut être qualifiée de fictionnelle, il y a problème.

Ecrire, c'est raconter la vie des autres

Raconter en long et en large la vie tumultueuse et difficile de l’ex-femme de son compagnon, c’est l’objet du procès que Christine Angot a dû subir. « Tout est vrai dans son livre, c'est ma vie. Elle veut ma mort, elle veut détruire mes enfants » déclare sa rivale.

Si l’on choisit un nom fictif à son personnage, que l’on modifie quelques-uns de ses attributs physiques, les lieux où il habite, est-ce suffisant pour distinguer son roman de la réalité ? Condamner systématiquement ne reviendrait-il pas empêcher tout écrivain de s’inspirer des gens qui l’entourent, sachant qu’aucune précaution ne les empêchera de s’y retrouver ?

Selon le tribunal qui a jugé l’affaire « Angot », la liberté de création doit être considérée comme la forme la plus aboutie de la liberté d’expression. Et « comme telle », elle « doit être protégée de manière à pouvoir s'exercer dans les meilleures conditions de sécurité ». Cette fois elle s’en sort. (Mais attention, pour cette fois, c’est une récidiviste.)

Ecriture et vie privée et vie publique

Il faut croire dans ce cas, que l’autofiction ne saurait être entravée, voire annihilée, par une protection trop rigoureuse de la vie privée des personnes concernées. Les juristes marchent sur des œufs.
Quand il s’agit de « Bête et belle »  (avec DSK, devinez dans quel rôle ?), ça ne pose aucun problème. Clairement l’ouvrage de Madame Iacub, preuve à l’appui, est une initiative dont l’origine est mercantile et dont elle s’excuse en privé auprès de ce dernier. L'argent est là, il explique tout. Heureusement la liberté de création ne donne pas le droit de ravager librement son entourage. DSK remporte son procès, moral en tout cas (eh oui, la roue tourne).
Mais s’il s’agit d’une personne dite « anonyme » ? Que devient la même histoire ? A partir de quel moment peut-on dire qu’une personne est identifiable ? A quelle degré de notoriété ? Une souffrance individuelle est-elle moins forte parce qu’elle est «moins» publique, donc pas à la une des journaux ?

Patrick Poivre d’Arvor a été poursuivi par son ex-compagne, Agathe Borne. Elle précisait qu’elle s’était reconnue dans le livre, avec série de détails crus. Elle lui contestait le droit, en particulier, de reproduire une partie de sa correspondance amoureuse...Certaines pièces facilitent le jugement. La reproduction de lettres d’amour dans un roman constitue bien une «contrefaçon » et viole les droits de son auteur. Condamnation justifiée donc « Moral » et « Légal » riment parfois bien.

Des procés pour des sous

Mais attention, le système juridique américain frappe à notre porte. On sait que Scarlett Johansson veut que soit «réparé le préjudice causé par la violation et l'exploitation frauduleuse des droits de la personnalité». Tout cela parce qu’un personnage du roman de Gregoire Delacourt  (« La première chose qu’on regarde ») est mentionné comme étant son sosie avec de «gros seins». Quand on sait que le livre est un best-seller vendu dans de nombreux pays pour être traduit, avec négociations de droits cinématographiques, on comprend mieux pourquoi Scarlett se sent si offensée d’avoir une belle poitrine.

Raconter sa vie, rien de plus légitime a priori. Cela suppose évidemment d'évoquer la vie des autres, celle de ses proches ou de son environnement public, mais prudemment.

D’ailleurs, ca me fait penser que je vais peut être revoir le titre de mon roman : « une nuit avec Marylin ». La famille « Monroe » est très procédurière m’a t’on dit.

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