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Le 07 aoû 2013

Et si JAMES BOND s’appelait RAYMONDE ?

Paul, Camille, Irène ou Marguerite…Nos romans sont tapissés de prénoms et de noms qui tissent l’imaginaire des récits. Ils disent une classe sociale, une présence ou une distance parfois juste une proximité. Mais sont-ce les situations ou l’environnement qui les génèrent ? Est-ce le caractère des personnages qui détermine leurs appellations ? Les mêmes noms, ou prénoms, dans des espaces ou des époques différentes ont-ils le même sens, racontent- ils la même histoire ? En un mot sommes-nous les victimes des coquetteries d’auteurs ou les auteurs sont-ils asservis aux noms des héros qui s’imposent à eux ?
Nommer ses personnagesNommer ses personnages

Une merveilleuse série sur France info, approche ce phénomène. Aucun des auteurs interrogés ne prétend détenir la vérité mais pour tous ou presque, le nom (ou l’absence de nom) de leurs héros s’impose comme une évidence.

David Foenkinos, (La délicatesse chez Folio), prend plaisir à  trancher, à mettre des adjectifs derrière les prénoms : Nathalie, c’est sexy, Sylvie inspire la dépression, elle ne s’en sort jamais vraiment. Il y a aussi des noms de métier : si Edouard est  forcément dentiste, Jean-Jacques est banquier, et Carlotta chanteuse lyrique, cela va de soi. Les corporations appellent des prénoms mais des noms aussi. Les récits, quand ils prennent place, inspirent des personnages qui naturellement trouvent leurs prénoms dans les situations et les fonctions qu’ils occupent. Ceux-ci coulent de source.

A l’inverse, Michèle Lesbre, auteur de « Ecoute la pluie » (Editions Sabine Wespieser) manie, le  « je », le « tu », le « il » jusqu’au paroxysme. Il faut dire que son livre est proche d’un monologue. Pour elle, ce n’est pas nécessaire d’ « appeler » ses héros pour donner vie à ses personnages. Ils sont mieux ciselés par des lieux, des environnements, des comportements. C’est ainsi qu’on les comprend et qu’ils prennent leurs densité. « Les voix de femmes sont toutes moi » déclare t’elle, les prénoms ne sont pas déterminants.

Tairêse, ou Thérèse ? Pour Grégoire Delacourt, ce prénom peut être à la fois d’une grande vulgarité ou aérien selon la façon de le prononcer, le contexte ou l’humeur. Il s’envole vers le céleste ou s’enfonce dans la fange et la vulgarité. C’est tout le mystère des prénoms. Pour l’auteur de « La première chose que l’on garde », les prénoms confèrent aux héros leur terreau, leur consistance, leur histoire, leur référence. Il attache aussi de l’importance aux connotations : Jeannine est ambiguë car il est composé de « jeanne », qui dit l’autorité, l’élégance surannée et de « inne » qui la ramène à une dimension populaire de « petite » jeanne. Les prénoms renseignent donc sur les personnages et pré-décrivent l’échelle et le décor dans lequel ils vont évoluer.

Alors les prénoms ou les noms sont-ils une photo des personnages en littérature ? Ont-ils un sens propre et un sens figuré essentiel  à la construction des récits et a fortiori à leur perception. Quoiqu’il en soit, il faut y voir des références volontaires ou inconscientes des écrivains.

Ou peut-être même un déterminisme fatal : « Gabriel » ne peut que s’imposer (car c’est la force de Dieu) et « Bienvenue », le personnage principal de la dernière BD de Marguerite Abouet, (Gallimard) est évidemment une enfant désirée, protégée, et aimée.

On construit un personnage, on lui donne un nom (et/ou prénom) qui lui va bien. Ou on choisit un prénom, et on construit le personnage dans un processus fantasmatique autour de ces quelques syllabes auxquelles on s'efforce de donner un sens. D'une manière ou d'une autre, on tranche toujours en faveur d'une adéquation entre la personnalité des protagonistes et leur état civil. A partir d'un moment il n'y a plus de retour en arrière possible. Au bout de dix pages, Timothée ne peut rester que Timothée, parce qu'il se comporte comme on imagine que les Timothée se comportent, parce qu'il a le physique qui colle au prénom... Ou alors, après dix pages à écrire du "il" faute de mieux, on découvre que Timothée serait parfait. Les prénoms et noms ne sont jamais des hasards. Alors oui, ils sont la photo d'identité et même la seule possible, toujours lourds de sens et d'implications. Quant à savoir s'il vaut mieux s'en rendre compte ou laisser ensuite les choses se faire "toutes seules", la question va être de savoir si on ne risque pas d'artificialiser le personnage en voulant coller au plus près de ce qu'on pense que doit impliquer un prénom. A voir...
Publié le 18 Août 2013
Très bonne question... La création du nom des personnages est un mystère. Emma Bovary, ça sonne si bien, comme nom de bourgeoise amoureuse, et que dire du père Goriot? On disait de Balzac qu'il faisait concurrence à l'état civil. Dans mon roman "Arkhalià", j'ai voulu créer une ville totalement imaginaire et les noms ont du être forgés de toute pièce, à partir de sonorités capables de parler au lecteur: Genevrius, Krack Bachir, Ser Sekedine, et bien d'autres... Bienvenue à Arkhalià! Dans "MaMa" une nouvelle de science-fiction, j'ai voulu créer des noms du futur, comme Soror Abigaëlle, ou le Professeur Web. Et dans "Qui veut tuer Fred Forest?", j'ai détourné, avec son accord, le nom d'un véritable artiste contemporain... Pierre de La Coste, alias Mélusine, sur Internet, le terrain de jeu de tous les avatars.
Publié le 07 Août 2013