Actualité
Le 30 oct 2013

Les lecteurs feront-ils plier les maisons d'édition ?

L’édition considère les nouvelles règles du jeu imposées par le net. Elle regarde les barbares s’avancer, drapée dans ses certitudes, convaincue que la "qualité" sera le rempart ultime. La profession sera re-fondée dans 10 ans.
Les lecteurs feront-ils plier les maisons d'édition ?  Les lecteurs feront-ils plier les maisons d'édition ?

Les maisons d’édition persistent à construire leurs modèles sur une logique économique traditionnelle, qu'elles transposent au digital (comment faire la même marge sur un livre numérique que sur un livre papier), sans partir du digital comme postulat pour réinventer leur métier.

Les cartes sont déjà redistribuées. Le combat est déjà livré. Les professionnels du net s’emparent du livre pour le commercialiser, avec une parfaite maîtrise du commerce de masse : Bonjour Amazon...

La valeur du conseil "professionnel" est minorée, les libraires pleurent, les rédactions « culture » ne sont plus hégémoniques, les grands directeurs littéraires perdent de leur influence (et commencent à chercher « ce qui se vend ») et leurs attachés de presse ne font plus la météo. Qui les remplace ? Personne, ou plutôt tout le monde.

Ce qui les remplace, c’est la masse des internautes sous forme organisée (bloggeurs influents, associations) ou sauvage : les snipeurs des «idées toutes faites». C’est un vent de contestation contre l’establishment du livre, de l’écriture, et du journalisme. Ils parlent, se conseillent, s’épaulent, débattent, dénoncent mais aussi injurient pour créer les tendances lourdes qui deviennent les nouvelles règles. C'est un monde parallèle, puissant et desorganisé, et ce avec une liberté d'expression insolente puisqu'ils ne sont pas (ou à peine) assujettis à la loi du profit ni même celle du revenu. C’est la nouvelle invasion des barbares dans une Rome fatiguée par un modèle économique que l’Empire ne suffit plus à financer.

C’est une nouvelle logique : un auteur n’a besoin que d’un seul lecteur pour exister. Le papier ne va pas disparaitre, il devient un support comme un autre. La vraie question, c'est de savoir si l'on va publier chez un éditeur, publier en ligne, en auto publication ou en autoédition. Et la vraie révolution, c’est que la gratuité est de mise : des bibliothèques immenses à portée de mains sans mettre la main à la poche...Cela pose de nouvelles questions : quelle est la «valeur» de l’écrit ou plutôt comment la réinventer ? Devient on un auteur simplement parceque l'on est lu ?

Christophe Lucius

Je trouve que Christophe Lucius pose les questions et elles sont nombreuses. Il n'y a pas une réponse, il y aura des réponses. L'auteur, aujourd'hui, a certainement plus de choix qu'il n'en avait il y a cinq ans, du coup le lecteur aussi ! La gratuité existe depuis longtemps avec les blogs. Nombreux auteurs publient depuis des années dans les revues ou leurs blogs à titre gratuit. L'avenir apportera des réponses. Bonne journée à tous auteurs, lecteurs, passionnés, bloggueurs...
Publié le 01 Novembre 2013
D'accord avec votre constat, JC, difficile de trier le bon grain de l'ivraie dans la masse de plus en plus imposante de l'auto-publication. Pour autant, la nature (humaine) ayant horreur du vide, on voit se mettre en place des communautés, des groupes, animés par des passionnés, auteurs ou lecteurs, qui tentent ( on en est aux prémices) d'extraire de la multitude, les potentiels intéressants. La chose écrite restant un vecteur essentiel à l'expression d'une pensée originale et complexe, je ne suis pas pessimiste, on verra bien. Le constat est là : un auteur confirmé disait récemment qu'il rencontrait dans les salons du livre, des personnes majoritairement âgés de plus de cinquante ans. Quant à la rémunération des auteurs, c'est la grande inconnue, avec la 4G, on glisse vers un système de streaming permanent, comme pour la musique, à moins qu'une alerte santé sur les champs électromagnétiques ne refroidisse les consommateurs.
Publié le 31 Octobre 2013
Résurrection d'un article toujours pertinent. Je redécouvre ce que j'avais dit alors, ma position n'a pas changé: la gratuité reste fondamentalement dépréciative. Et si ce que disait Lisa est vrai, quant à tous ces modes de publication disponibles, il me reste en tête ce qu'écrivait - il y a bien cinquante ans - Stanislas Lem (dans "La Voix du Maître"), parlant de l'inflation de la chose imprimée: "il est plus facile de trouver dix bons livres parmi mille que mille bons livres parmi un million" (je cite de mémoire). Nous sommes devant une botte de foin qui grossit tellement que les aiguilles s'y perdent volontiers sans espoir qu'on les déniche. En fin de compte, il n'y aura jamais que peu d'élus qui laisseront une trace pérenne, pas forcément méritants d'ailleurs. Du moins les autres auront-ils eu la chance d'avoir pu être lus, même par une poignée. C'est déjà une révolution, sinon un progrès - à condition de vouloir être optimiste.
Publié le 30 Octobre 2013
Je suis d'accord avec vous JC. Mais en même temps si l'on se porte 2O ans en arrière (sans le net), aucun inconnu (ou très peu) n'avait la chance de se promouvoir...Aujourd'hui on assiste à la gloire de "fifty shades of grey"... pas très glorieux non plus.. Quand à l'auto-edition elle ne garantit rien (même pas la caution d'un éditeur), encore moins la promotion d'un ouvrage...seulement le plaisir de tenir un livre en main.
Publié le 27 Janvier 2013
L'interrogation finale de l'article est cruciale. Dans la pratique, malgré les élans révolutionnaires proclamés par certains, on voit bien la mise en place d'une hiérarchisation qui se fonde non sur la valeur du texte, mais sur son mode de diffusion. Au sommet, l'édition classique ou numérique, mais l'édition. Un cran en dessous, l'autoédition. L'autopublication gratuite en ligne assortie ou non de possibilité de télécharger vient en dernière position, presque à jeu égal avec l'édition à compte d'auteur. L'autoédition permet de se voir "chroniqué" sur les blogs littéraires, les sites spécialisés, voire les revues. L'autopublication, jamais: un livre gratuit, sans valeur marchande, n'aurait donc pas de valeur du tout. On passe et on oublie. Parce qu'il y aurait trop de titres en circulation par ce biais là? Il me semble que le nombre d'autoédités est déjà bien conséquent. Le travail sur le livre peut bien avoir été le même, le talent au rendez-vous, entre un livre autoédité et un meilleur livre simplement autopublié il y aura ce présupposé préalable que l'un est honorable et l'autre pas. Alors... Parfois on se dit que ce n'est pas le lecteur qui fait l'auteur, mais l'ISBN. Dommage, vraiment.
Publié le 18 Janvier 2013
Il est certain que dans les domaines artistiques, la logique n'est pas prioritaire. D'ailleurs en économie même, l'Homme rationnel n'existe pas. La réalité quotidienne nous le rappelle. Dans l'édition en ligne tout est possible. L'édition papier sera le bonus, le cadeau quand le succès en ligne aura révélé un auteur. En plus, il est facile, aujourd'hui, d'imprimer quelques exemplaires pour faciliter l'approche classique. C'est déjà maintenant l'édition papier et l'édition numérique, électronique. Un auteur pourra toujours en cas de demande, se placer sur une solution payante. Son travail de créateur, d'auteur sera ainsi facilité. Bonne lecture Narcisse Niclass
Publié le 25 Novembre 2012