Auteur
Le 08 mar 2019

Un livre doit remuer les plaies. Mais est-il capable de les guérir ?

Kirian Syrova mesure l'ambition de l'écrivain au partage de ses émotions avec les lecteurs. Mais s'il est sûr que la bonne littérature laisse des traces, il n'en connait pas l'ampleur, ni la portée, ni les remèdes.
Cioran : la tourmente de l'écrivainCioran : la tourmente de l'écrivain

Un livre doit durer par delà la lecture

Remuer les plaies, c'est un état d’esprit proche de la réalité que je me fais lorsque j’aborde un texte. En tant qu’auteur, je cherche à toucher l’âme de mon lecteur. J’ai envie de le faire rire, de l’amuser, de l’inquiéter, de lui faire peur. J’aimerais qu’il s’interroge, même lorsqu’il n’a plus le livre dans les mains. Que cela l’intrigue, le passionne et lui donne envie de chercher des réponses. Qu’elles soient dans le récit ou dans son âme, sa façon d’être.

Un auteur qui remue ses plaies, remue celles du lecteur

D’un autre côté, cela pourrait se révéler dangereux. J’ignore les blessures et les tourments de la personne qui voyage à mes côtés. Vais-je la blesser davantage ? Vais-je lui apporter un quelconque soutien ? Est-ce que mes mots, mes idées seront suffisamment fort pour lui faire oublier la douleur ?

Chaque texte est une aventure qui dégage sa propre mélodie. Tous ne la perçoivent pas de la même façon, mais il arrive que chacun y trouve son propre rythme. J’espère trouver le bon tempo en tant qu'auteur et me laisser porter par la chanson des autres en tant que lecteur.

Syrova

 

 

20 CommentairesAjouter un commentaire

@Kirian Syrova
comme vous formulez à merveille ce travail de l'écrivain qui consiste à "mettre ses ressentis" à la portée de tous en vue de susciter des émotions.
Bien sûr, nous ne sommes pas des thérapeutes patentés (si, au fait; tentés de séduire le lecteur...).
"Chaque texte est une aventure qui dégage sa propre mélodie"
Que cette formule est jolie et comme elle résume à merveille ce qui nous motive à écrire.
Merci Monsieur.
Domi Montesinos auteur de "Mamilou en short..."

Publié le 25 Mai 2019

Bonjour @Henry Milliard,
Je partage votre point de vue :) On doit pouvoir être en désaccord avec un auteur et c'est toute la beauté de la littérature, des univers et de la façon dont sont traités les sujets, les idées.
.
Bonjour @lamish,
C'est moi qui vous remercie d'avoir pris le temps d’interagir avec moi :)

Publié le 19 Mars 2019

Bonjour, Kiran, et merci pour cette tribune, pour vos réponses qui mettent en évidence une belle ouverture d'esprit. Un livre reflète son auteur, lors de son écriture, à moins qu'il ne soit écrit avec calcul. C'est lors de son envol que les réactions se multiplient, que ça se corse, car si certaines nous ravissent, d'autres nous déçoivent, d'autres sont impossibles à anticiper. Il faudrait que notre capacité d'empathie soit sans limites, que chacun essaie de voir midi ailleurs que devant sa porte. La seule chose que je puisse affirmer, au travers de ma modeste expérience, est qu'accepter d'être lu apprend beaucoup sur la nature humaine, ses aveuglements, ses excès, ses dénis. Finalement, cela rejoint le sujet de votre tribune, à savoir que le hasard des rencontres lecteurs-auteurs peut ouvrir certaines plaies à notre insu. Amicalement, Michèle

Publié le 16 Mars 2019

N'est-ce pas là, la citation de Emil Cioran, philosophe ? Tout du moins, une partie.
J'ignore le concept de son récit, je ne l'ai pas lu et je n'étais pas encore né (1993) à cette époque :)
Je vous souhaite une excellente soirée :)

Citation :
Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger.
«Ébauches de vertige», E. M. Cioran, Folio, 1979, p. 11

Publié le 15 Mars 2019

Bonjour,
Je vous remercie pour vos interprétations et je les comprends. Un texte, qu'importe son format, doit avant tout procurer du plaisir, capturer son lecteur, l'emporter, le faire rêver, voyager. Pouvons-nous pour autant prétendre que nos mots ne blesseront personnes ? Ne doit-on écrire que des mots doux, tendre et heureux ?
Par exemple, si j'écris une scène sur une femme/un homme débordant d'amour et d'attention pour son fils ou sa fille, est-ce qu'une personne qui n'a jamais connu l'amour d'une mère/d'un père sera touchée de la même manière qu'une autre ayant vécu pareil situation familiale ?
Il ne s'agit pas de Pathos, pourtant, les réactions ne seront pas toutes identiques. Chaque être vivant réagit et agit en fonction de son vécu, de ses connaissances, de ses blessures et de ses joies.
Alors non, tout ne doit pas être noir, mais même avec du blanc, nous ne pouvons prévoir le sentiment et l'impression qu'aura le lecteur qui parcourra nos mots.
Bien évidemment, il s'agit de mon avis, ma vision. Je respecte les vôtres :)

Publié le 15 Mars 2019

Il y a quand même une présomption assez extraordinaire à penser que des écrits somme toute plutôt anodins puissent toucher à ce point les lecteurs qu'ils les blessent ou pire encore. "Danger","risque", "tourments", "faire du mal", "déranger", "débat douloureux", "remuer les entrailles", "ouvrir des cicatrices", et puis quoi encore ? C'est la guerre, ou quoi ? Le service des urgences ? L'équarrissage pour tous ? Un peu de modestie, Messieurs-dames. Reprenez vos esprits et redescendez sur terre.

Publié le 14 Mars 2019

Bonsoir @ Catarina Viti Je vous rejoins complètement sur le fait qu'il ne faut en aucun cas "oublier" la Shoah, laisser les plaies béantes exposées à la vue des générations futures ... Cela relève du devoir de mémoire ... Idem pour les autres génocides et épurations ethniques qui ont eu lieu de part le monde ... Merci pour ce partage; ce poème qui remue des plaies et pour le titre du livre de Primo Levi que je ne connaissais pas ... Belle soirée ! Sylvie

Publié le 12 Mars 2019

Bonjour @Kiran Syrova, Je constate que votre point de vue rejoint sensiblement le mien...Et c'est vrai qu'en ce qui concerne mon récit, je souhaiterai qu'il touche également les Serbes ...mais ceci est une autre histoire ... En tout cas merci pour votre bienveillant souhait et pour ce partage relativement intéressant ! :)

Publié le 12 Mars 2019

Bonjour @Parallel,
C'est aussi l'idée que je m'en fais. Plus qu'être quelque chose d'immense, je pense qu'il s'agirait de la plus belle victoire d'un auteur. Outre son univers, il serait parvenu à toucher le cœur de celui qui l'accompagne et ça, c'est merveilleux à mes yeux :) Merci de partager avec moi votre interprétation :)
Puissions-nous leur donner des ailes ( à nos textes) qui atteindront et emporteront les lecteurs dans nos univers.

Publié le 11 Mars 2019

@Catarina Viti,
C'est moi qui vous remercie :)
Je partage votre avant dernière phrase, même si, je doute y parvenir un jour :)
Passez une belle journée :)

Publié le 11 Mars 2019

Je pense que nous écrivons ce qui nous avons sur le cœur. Comme vous dites, nous ne savons pas si les mots que nous écrivons blessent. Nous ne saurons jamais réellement comment ils résonneront chez ceux qui nous lisent. Mais s'ils peuvent interpeller, faire naître une émotion, même s'ils choquent, s'ils réveillent des blessures, même s'ils font mal, ils sont importants. Le simple fait que nos mots puissent résonner en quelqu'un d'autre, de quelque manière que ce soit... c'est quelque chose d'immense.

Publié le 11 Mars 2019

Oui. N'hésitez pas à lire ce livre. "Si c'est un homme" est le témoignage de Primo Levi sur les mois qu'il passa dans le camp d'extermination d'Auschwitz. Il l'a écrit entre 45 et 47 et dans un premier temps ce livre n'a pas trouvé d'éditeur (comme quoi!). Il faut dire que c'était un des premiers témoignages sous forme littéraire de la Shoah dans une Europe encore inconsciente de sa propre Histoire. Par la suite, ce livre a été reconnu comme une des œuvres majeures du 20ième siècle. Pour moi (et quelques millions de personnes) ce livre non seulement remue des plaies, mais il en ouvre, il en réveille et le poème qui a retenu votre attention nous supplie de renoncer à la cicatrisation. C'est pour cette raison que je me suis autorisée à le reproduire à la suite de votre article. Je crois que certaines de nos plaies humaines doivent rester béantes, exposées à la vue des générations futures ce qui, toujours selon moi, ne devrait pas être le cas de nos bobos. Merci, Kiran, de votre témoignage.

Publié le 11 Mars 2019

Bonjour @Thalia Remmil,
Je partage votre vision en tout point de vue. J'espère que chacun sera en mesure de prendre du plaisir, de s'échapper, de s'aventurer aux creux de nos mots et de voyager à nos côtés, quel que soit le sujet traité.
Pour ma part, c'est la toute première fois que je me lance dans un thriller policier. Pour dire vrai, j'ignore ce qui se fait dans le genre, je n'en ai jamais lu. Néanmoins, j'ai façonné mes personnages jusqu'à être en mesure de leur donner une âme. Bien que le roman soit sombre, j'espère être en mesure de véhiculer des émotions avec mes mots, leurs personnalités, leur passé. Je vous souhaite également une très belle journée Merci d'avoir échangé avec moi votre impression à ce sujet :)

Publié le 11 Mars 2019

Bonjour @G. E. Froideval,
À mes yeux, chaque personnage est important. J’ai a cœur de donner une âme à chacun d’entre eux, et ce, qu’ils soient sur le devant de la scène ou bien qu’il s’agisse d’un simple pion de quelques pages. Ainsi, pensez-vous qu’il n’y a que le personnage principal qui soit en mesure de surmonter l’adversité et donner de l’espoir aux lecteurs à ses côtés ?
Si j’englobe votre idée, en supposant que n’importe quel personnage auquel le lecteur se serait attaché lui donne du courage, de la force, je pense que nous sommes sur la même longueur d’onde
Néanmoins, cela n’écarte pas le danger de faire plus de mal que de bien en ravivant des flammes qui s’étaient taries. Dans un cas comme dans l’autre, nous ne pourrons satisfaire chaque lecteur et c’est ce qui fait toute la beauté de la littérature. Il en faut pour tous les goûts et pour toutes les âmes. :)
Je vous souhaite une excellente journée :)

Publié le 11 Mars 2019

Bonjour @Catarina Viti,
Je trouve cette citation très belle. Je n'hésiterai pas à aller chercher ce livre pour en découvrir davantage.
Merci pour le partage :)

Publié le 11 Mars 2019

Bonjour @Sylvie Giraud,
Que les questions que le lecteur se pose soient existentielles ou non, je pense que cela ne change pas grand-chose.
Si en tant qu’auteurs, nous arrivons à faire en sorte que la personne qui nous accompagne s’interroge, c’est que d’une façon ou d’une autre, nous l’avons interpellé.
Nous lui apporterons peut-être des réponses, nos réponses, puis il ira chercher les siennes, en fonction de son vécu. Comme dirait l’un de mes personnages, le cœur est un amas d’argile qu’on façonne à l’aide de notre vécu, de nos blessures.
Le savoir, l’apprentissage, les connaissances et l’ouverture d’esprit nous permettront d’en faire une œuvre d’art et comme pour toutes créations, certaines personnes seront touchées par l’aura que cette sculpture dégage là où d’autres resteront indifférents.
Comme vous le mentionnez, l’échange est important. Alors, s’il lui reste des questions qui créent des discussions, des échanges, des débats, je pense que cela peut être bénéfique. Cependant, là encore, il existe un danger à mes yeux. Se posera-t-il les bonnes questions ?
Qu’est-ce qu’une bonne question, d’ailleurs ? Personnellement, je l’ignore.
Concernant votre livre, je dois vous avouer que j’ignore tout du conflit au Kosovo entre Serbes et Albanais. Néanmois, comme vous : « Il y a toujours un danger, mais je pense qu’il faut savoir prendre le risque de ne pas plaire à tout le monde, de déranger. » Il faut savoir prendre des risques.
Conformément à mon personnage plus haut, je n’ai pas la prétention d’être en mesure de guérir quiconque, car, justement, à nos yeux, les blessures forment un être. Comme vous, à nouveau, j’espère que chacun trouvera sa mélodie avec le chemin qu’il a parcouru et celui qui lui reste à parcourir. Aujourd’hui, il s’agira peut-être d’un blues, demain, d’un hip-hop... Si je suis en mesure de l’accompagner, pour une journée, une heure, une soirée, je pense que ce sera la plus belle victoire possible. :)
Je vous souhaite beaucoup de réussite avec votre récit et j'espère que vous toucherez autant les Serbes que les Albanais avec vos mots :)

Publié le 11 Mars 2019

@Kirian Syrova Merci pour ce partage. Certains passages de livres sont des messages qui nous atteignent, un peu comme ces signes que nous croisons au cours de notre vie... Encore faut-il les voir et leur trouver un sens. Il en va de même pour les oeuvres d'art en général. Chacun y sera sensible ou non. Je pense que si nous laissons parler notre coeur, et que nous cessons de trop intellectualiser, nous pouvons accéder à cette part de l'autre, l'auteur, qui en sourdine vient nous chuchoter ce que nous avons besoin d'entendre, de comprendre sur notre propre chemin de vie. Après, je pense aussi que certains livres nous apaisent en nous faisant passer un bon moment tout simplement, sans forcément venir ouvrir une brèche dans laquelle nous engouffrer. Juste pour le plaisir. Belle journée.
Thalia

Publié le 10 Mars 2019

Chaque lecture est un voyage et qui dit voyage, dit partage. Lorsqu'on est ému par une lecture, c'est que l'auteur a réussi à partager, retranscrire des émotions. Oui, je suis d'accord, une lecture peut nous faire un petit effet, remuer nos entrailles, ouvrir des cicatrices. Quant à les guérir ? Cela dépend ! Lorsqu'on s'identifie au personnage principal qui réussit son aventure malgré l'adversité, cela peut donner un message d'espoir, nous pousser à croire en nous, et, pourquoi pas ? guérir nos blessures aussi.

Publié le 09 Mars 2019

Ce qu'en dit Primo Levi, auteur de "Si c'est un homme". Un livre qui remue des plaies.

« Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

Turin, janvier 1947, Primo Levi »

Publié le 08 Mars 2019

@KirianSyrova Bonjour Kyrian ! Oui je pense effectivement qu'un livre doit remuer des plaies, des souvenirs enfouis par notre bonne conscience, notre égoisme. Des douleurs gommées par le subconscient collectif parce qu'elles dérangent trop, qu'elles sont inavouables..... L'auteur doit faire partager aux lecteurs la douleur du sujet qu'il évoque dans son récit ou des ses personnages ( héros ou victime...) Le lecteur doit être interpellé dans son for intérieur et se poser des questions existentielles ou pas ? Je pense aussi que c'est l'essence même de l'écriture...et de la lecture...Toujours rechercher l'avis d'autrui sur un sujet donné même si on en a plus ou moins conscience, faire partager sa colère ou sa rage, l'injustice de la situation, fut-elle passée ou présente ou même future ? Toucher son âme comme vous le dites si bien, et que par au-delà de sa lecture, il lui reste à l'esprit des tonnes de questions qu'il pourra évoquer avec d'autres personnes... Provoquer un débat qui peut être douloureux et conflictuel, mais il y a un échange... et c'est peut-être cela le plus important ... Pour exemple, dans mon livre je traite du conflit au Kosovo entre Serbes et Albanais et de l'épuration ethnique vus par les yeux d'un enfant qui grandit au sein d'une telle barbarie... Comment y survivre, y échapper et se reconstruire? Rester à Pristina et essayer de survivre ou fuir vers des cieux plus cléments ? Mais mon petit héros est Albanais, donc inconsciemment je prends parti pour lui et son peuple... mais si celui qui me lit est de nationalité Serbe, bien évidemment il va me maudire... Il y a toujours un danger, mais je pense qu'il faut savoir prendre le risque de ne pas plaire à tout le monde, de déranger... et surtout ne pas prétendre guérir... Je ne pense pas que ce soit mon rôle ... Chacun y pioche ce qu'il veut y trouver suivant sa propre sensibilité et ses propres expériences, et cela même s'il ne partage pas l'avis de l'auteur sur le sujet évoqué ... J'espère que ce débat va provoquer de nombreuses réactions ! Merci pour ce partage. Cordialement Sylvie

Publié le 08 Mars 2019