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Le 30 avr 2019

Littérature : un sésame sur l'imperceptible

La fameuse citation de Cioran sur les livres est noire : plaie pour l’auteur et le lecteur. Delphine Robin la tempère. Pour elle, la littérature, c’est surtout une porte qui s’ouvre sur ce que nous ne maitrisons pas consciemment. Si ce peut être une souffrance, ce n’est pas un réel danger. Ecoutons la.
Lire et écrire pour nourrir nos âmesLire et écrire pour nourrir nos âmes

La plaie donc. 

Une entaille semblable à celle d'un livre ouvert, 

Un coup de poignard, comme un crève-coeur qu’inflige parfois les mots, 

Une brûlure que déclenche, sans crier gare, les souvenirs suscités par un récit dont le vécu semblable nous aspire, ravivant le foyer et rougissant la braise de nos propres incendies ;

et puis dans l'achèvement, comme un épilogue, la plaie se métamorphose en une cicatrice, comme une estampille laissée par un récit qui nous a marqué ! 

La réflexion est donc juste, 

Sub sole, rien de vétuste !

 De là à se revendiquer danger,

 je reste nuancée...

 

Une chose est certaine, un livre doit être la clé de nouvelles portes à ouvrir, un nouvel angle de vue comme un sésame sur l'imperceptible.

La littérature ne peut être un simple jouet de l'esprit. Elle doit être la nourriture de nos âmes, l'euphorie et le tourment sur le chemin de notre esprit .

                             Delphine Robin / D.D. Colenski

Dans une huître perlière où se cache le sésame sur l’imperceptible ? Ne se cacherait-il pas à l’intérieur de la perle ? Le parasite serait alors son catalyseur. La perle d'autant plus brillante et noire qu'elle en absorberait son mal, soignerait sa blessure.
Partant de ce postulat, attention à la littérature ! Elle peut bien enfiler des perles, il y a danger à la voir nourrir nos âmes. Car, si bon soit le sésame, l’ivraie est dans le grain. Mais tout ça, n’est que littérature...

Publié le 05 Mai 2019

@lamish, Bonjour Lamish ! quel plaisir également de vous lire et de vous retrouver fidèle au poste et toujours passionnée. Ravie également de vous voir partager ce point de vue, A très bientôt. Je publierais dans les prochaines semaines mon nouveau roman, j'espère que vous en serez lectrice, se serait une grande joie :) Bien amicalement, Delphine

Publié le 04 Mai 2019

@Michel CANAL, Bonjour Michel, merci beaucoup pour votre commentaire. A bientôt peut-être dans les layons sublimes de Monbestseller :)

Publié le 04 Mai 2019

@Catarina Viti, quelle est magnifique cette phrase de Desjardin ! Merci pour votre commentaire, une réflexion tout à fait juste, que je comprends parfaitement. Au plaisir d'échanger à nouveau !

Publié le 04 Mai 2019

Peut-on cueillir les roses sans risquer de se piquer avec leurs épines ? Même chose pour les baies sauvages. Mais se souvient-on encore de ces désagréments passagers, quand on contemple un bouquet ou quand on se régale d'une gelée de mûres ? Je n'ai jamais oublié cette phrase écrite par Arnaud Desjardin : « La vie nous sert le miel sur une lame de rasoir ».
Je crois qu'au fond toutes ces idées se rejoignent pour n'en faire qu'une : l'Art nous confronte à nos limites, sinon il n'est pas l'Art, mais une forme de décoration ou de distraction (c'est à dire non pas quelque chose de vil, mais quelque chose d'autre).
Probablement marquée au fer rouge par mon éducation judéo-chrétienne, je n'ai aucun mal à accepter le fait que chaque chose a un prix. Un peu d'effort pour comprendre un beau texte à la langue ou à l'idée exigeante, par exemple. Et parfois oui, il faut accepter de « mettre en danger » sa propre vision du monde pour approcher un peu celle d'un poète, d'un philosophe, d'un écrivain.
Pour reprendre vos termes, Delphine : peut-on ouvrir des portes, voir le monde selon un angle de vue nouveau, discerner l'imperceptible, nourrir son âme et avancer sur le chemin de l'esprit sans se piquer un peu, sans s'égratigner ?
En ce qui me concerne, je ne le crois pas; je ne crois pas qu'il se passe quoi que ce soit de révolutionnaire dans ma zone de confort. (Ce qui ne m'empêche pas de lire aussi des auteurs distrayants et humoristiques comme Houellebecq et Despentes.)
Avec mes amitiés. Catarina.

Publié le 02 Mai 2019

@Delphine Robin, merci pour cette ouverture. Je n'aurais pas pensé à cette analyse sans votre court article dans lequel j'ai trouvé que chaque mot est juste, autant pour l'auteur que pour le lecteur.
Je retiendrai essentiellement deux phrases clés :
— Une chose est certaine, un livre doit être la clé de nouvelles portes à ouvrir... un sésame sur l'imperceptible.
— La littérature ... doit être la nourriture de nos âmes, l'euphorie et le tourment sur le chemin de notre esprit.
MC

Publié le 01 Mai 2019

Quel plaisir d'avoir de vos nouvelles au travers de cette tribune, Delphine ! Des mots justes, épurés et sensibles, tel un droit au but qui vous ressemble. Lorsque la démarche est généreuse, dans le sens de l'ouverture, de l'envie de communiquer avec tous ces inconnus qui peuvent être appelés à nous lire, elle agit effectivement comme un sésame. Grâce à lui et parfois, les connexions s'opèrent, les rencontres ont lieu, les joies ou les souffrances s'échangent, et nous voyons notre horizon s'élargir, comme par magie. Merci pour ce billet. Amicalement, Michèle

Publié le 30 Avril 2019