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Le 03 jui 2020

- Un petit jardin du passé

Le confinement a créé des habitudes de calme, de surprises silencieuses, de reflexions à voix basse. Le dé-confinement nous fait redécouvrir le monde d'avant. Comme si rien ne s'était passé avec tous ses vices mais aussi la feuille blanche et le crayon papier. Un appel à l'écriture monBestSeller pour la série "Dorénavant..."
Le tumulte a eu raison de la sérénité du petit jardin où j’étais si bien.Le tumulte a eu raison de la sérénité du petit jardin où j’étais si bien.

Dans mon petit jardin, j’étais si bien. Pourtant, on nous avait prévenu que l’année 2020 serait une année hors du commun. Mon petit jardin, coincé entre les murs de parpaings de quelques maisons d’un lotissement, m’offrait un havre de paix patiemment aménagé. Planté de quelques buissons, il était agrémenté de quelques touffes de thym, au milieu desquelles murmurait l’eau d’une fontaine.  Je me plaisais à méditer dès le matin à l’ombre d’un cerisier à la ramure majestueuse. Malheureusement, un jour de février on nous a annoncé le début des hostilités. Des menaces de bruits de bottes, la récession, toutes sortes de rumeurs se rependaient à travers le téléviseur.

Un matin l’annonce est tombée, la troisième guerre mondiale venait d’éclater contre un ennemi invisible. Pourquoi tant de bruit autour un virus ? 

Pourquoi créer autant d’angoisse pour un microbe ?

Pourquoi publier des chiffres effrayants et taire ceux, pourtant nombreux, qui pourraient apaiser nos peurs ?

Un célèbre inspecteur au bon sens avisé, avait pour devise de toujours chercher à savoir à qui profite le crime.

Notre vieille planète Terre vient d’accoucher d’un nouveau monde. Oh bien sûr, depuis quelques années on pouvait observer les premiers signes d’une grossesse bien avancée. Mais là, dans la souffrance, les douleurs et l’angoisse, un nouveau monde est né : un monde virtuel totalement coupé du réel, un monde de télétravail, de téléphone et de téléréalité, un monde de réseaux sociaux, de commande en ligne et de documents dématérialisés. C’est tout un univers de joies simple qui est en train de disparaitre. Adieu les longues méditations à l’ombre du vénérable cerisier, fini le plaisir de toucher le papier d’un livre élimé, oubliées les balades dans le silence des forêts. Place aux objets connectés, aux longues conversations téléphoniques où l’on étale sa vie privée dans des lieux publics, sans la moindre pudeur. Suivons avec docilité notre GPS qui nous invite à tourner à droite dans une vingtaine de mètres. Il est temps de courir, un casque sur les oreilles pour rester branché avec notre coach multi-activités qui nous conseille de ralentir ou d’accélérer. Obéissons avec servilité à notre appli-santé qui nous recommande de nous arrêter pour boire quelques gorgées d’une mixture sur-vitaminée.

Les cris de quelques enfants excités par la peur ambiante diffusée en boucle sur leurs médias adulées, couvrent à présent le chant des oiseaux. Les perceuses, les tondeuses et autres machines bruyantes de certains hyperactifs confinés ont rendu inaudible le doux murmure de la fontaine en pierre. Le tumulte des émotions et les rumeurs de guerre ont eu raison de la sérénité du petit jardin où j’étais si bien.

Malgré tout, je m’accroche à mon stylo, et me dépêche d’écrire les souvenirs d’un monde passé dans un cahier abandonné par un écolier connecté.

Thierry Vitteau

Merci, j'ai pris plaisir à lire cette réflexion sur ces moments que nous vivons et qui forcément nous interpellent.

Publié le 17 Juillet 2020

Parfait ! Comme Clément, j’adhère. (Clément Ader pour ceux et celles qui manquent d'esprit).

Publié le 03 Juillet 2020