Mon ami Jacques

Interview
Le 16 nov 2020
Il faut savoir compter sur ses amis, et surtout savoir ou ils sont. Jacques en est un. Il est toujours disponible à portée de mains. Il est joyeux, fort, et il ne fait pas la gueule, pas contrariant. C'est peut-être vous qui la ferez au petit matin. Une réponse à l'appel à l'écriture monBestSeller : "Ce jour là, je ne me suis pas reconnu". Mais alors pas du tout.
J'ai passé la soirée avec mon ami Jacques DanielleJ'ai passé la soirée avec mon ami Jacques Danielle

Ce jour où je ne suis pas reconnu, je l’ai vécu ce matin, devant un miroir, dans la moiteur d’une salle de bains que je ne connaissais pas, au fond d’un couloir sombre.

J’étais un inconnu pour les autres, dans un appartement qui l’était tout autant, avec des anonymes qui avaient eux aussi passé, semble-t-il, une soirée mémorable.

Pour des raisons que le bon sens ne me permet pas de divulguer, ce matin, je me suis réveillé la tête dans l’arrière-train. Une belle image pour n’offusquer personne même si, dans le fond, l’expression : avoir la tête dans le cul représentait plus scrupuleusement le remous dans lequel mon réveil réceptionna le peu de conscience qui persistait dans cette mer de vague en faisant flotter mon esprit hors de l’eau. Il était proche de la noyade, mais par un phénomène inexplicable d'intense envie de survie, j’arrivais encore à réfléchir sur ma propre existence. Je pense donc je suis, n’en déplaise à Monsieur Descartes. Moi, dans une démarche volontairement éthylique, j’en étais bon pour un dicton de comptoir, moins philosophique et hautement plus pragmatique : en toutes circonstances, qu'importe de belles consignes, suffit juste de rester digne, oui, mais voilà, vu le contexte plus facile à dire qu’à faire quand on se trimballe avec sa ganache coincée en lieu et place de son entre-jambes. J’essayais, tant bien que mal, de me tenir droit comme un I.

La colonne vertébrale courbée comme une virgule en italique, je ressemblais plus à un G chevauchant un J sur le point de tomber sur une cédille. Je vacillais, titubais, réapprenais à marcher comme un nouveau-né qui apprivoisait la gravité d’une situation inédite, voire critique pour celui qui n’avait encore jamais bu autant que moi la veille au soir.

La seule chose dont je me souviens, sur cette inextricable déconvenue, c’est le nom de cet inconnu qui m’attira sans trop de difficultés dans les méandres d’une soirée trop arrosée. Il s’appelait Jacques Danielle. Jacques, rien de plus banal pour un prénom. Qui pourrait se méfier d’un nom si bien rangé. Lorsqu’on essaye de faire une liste aussi exhaustive que rapide des Jacques importants, il y eut d’illustres gens : Jacques Chirac, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Brel, Jacques a dit, Jacques Delors sans oublier Jacques Moineau. Moi, j’étais tombé sur le mouton à cinq pattes, sur le vilain petit canard, celui qui avait ravi à tous ces Jacques réunis en conseil de discipline le prix du plus vicieux d’entre tous. Il m’avait retourné la tête. Il l’avait fourré à mon verso, la veille au soir, comme on fourre une dinde sans se demander si, de son vivant, elle aurait bien vécu la chose.

Et c’est un peu à cause de cela que ce matin, devant le miroir de la salle de bains, j’ai eu beau chercher ma ganache, elle avait disparu. Je ne me suis pas reconnu. Autant vous dire qu’inversement proportionnel à la douleur que je ressentais en me déplaçant, plié en deux, je ne me souvenais de rien. Ma tête s'en était allée dans de sombres contrées pour des raisons ma foi très simples. Hier, je peux le dire maintenant, j’ai passé une soirée dantesque. Dans l’équation à multiples inconnues qui différencie une bonne d’une mauvaise soirée, j’avais encore oublié la retenue. Mon pote d’un soir m’avait embarqué sur le ponton d’un navire en bois qui remontait à contre-courant les effluves du fleuve alcool pour ne jamais quitter la rive enivrante de la côte-rôtie.

Étriqué dans mon sphincter, et faisant référence à un slogan que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, je peux répondre aisément à la question : tu t’es vu quand t’as bu ? Et bien non… C’est un NON magistral en majuscule qui ne s’explique que par la position bancale dans laquelle mon ami d’un soir m’avait laissé, abandonné comme un vieux tesson de bouteille dans le fond d’un caniveau de ruelle sale et humide comme on en voit souvent dans les séries américaines.

Peur d’avoir trop confiance, j’avais perdu toute forme de conscience de moi pour désinhiber ces derniers verrous qui me faisaient la plupart du temps passer pour quelqu’un de mutique.

Cette situation, ce jour où je ne m’étais pas reconnu, ça ne m’était pas arrivé depuis hier… Prions juste les Dieux de la fête pour que cela ne se reproduise plus.

 

Fred Opalka

 

 

 

@Fred Opalka Apéro géant avec la communauté MBS... sacré défi ! Mais nul doute que ce serait une expérience aussi agréable que surprenante et enrichissante... Bises et bonne journée, Fred, pour le meilleur, le pire, pour vivre tout simplement ;-). Michèle

Publié le 20 Novembre 2020

@lamish
Bonjour Michèle,
Ah... Si Envie s'invite à cette soirée, je suppose... que nous serons deux à vouloir faire un break dans la longue et lancinante contrainte d'un confinement sans fin... J'inviterai assurément Carpe Diem à cette soirée pour que dans une éclair de vie épicurien... nous puissions déverser sur la terre entière notre envie d'exister trop longtemps muselée..... Allez soyons fous, qu'en penses-tu ? Nous pourrions inviter toute la communauté Monbestseller à participer à un apéro géant...pour le meilleur, pour le pire, pour vivre tous simplement.
Au plaisir de te lire et merci pour ton commentaire inspirant....
Des bises et bonne soirée.....

Publié le 19 Novembre 2020

@Fred Opalka Ha, ha, Fred, tu m'as bien fait rire :-) ! Quand les amis Jacques ou Paul nous embarquent chez Ambiance, pour peu qu'ils soient accompagnés par Petite Eau et Buza, Amnésie s'invite rapidement à la fête !... Et je suis prête à parier que si Honte et Gueule de Travers ne se pointaient pas dès le lendemain, elles ne seraient pas suivies par Promesse ;-). Merci d'avoir participé à cet appel à écriture. C'est toujours un plaisir de te lire, vraiment. Bises et bonne journée, Michèle

Publié le 18 Novembre 2020