Interview
Du 23 mar 2021
au 23 mar 2021

FROID DANS LE DOS

Quand le doute s'installe, on ne le surmonte jamais. Et se poser la question de savoir si on peut douter de tout implique un doute quant à la valeur même du doute. C'est pour cela qu'il vaut mieux trancher. Décider que l'on sait pour ne plus douter et se libérer. La réponse de Marc Gérard à l'appel à l'écriture monBestSeller Faux coupable
Pourquoi douter quand on peut trancherPourquoi douter quand on peut trancher

— Lâche-donc cela et écoute-moi ! Tu ne m’aimes plus ?

            Il n’avait rien répondu. Comment ne pas rester muet, après ce qu’il venait de voir. L’image le hantait.

            Finalement, tout était trouble chez cette femme : son passé, son attitude, son ton décalé quand elle éludait la question du grand caisson réfrigéré, cadenassé au fond du garage. 

            Il lui avait pourtant fait confiance, au début… 

            À soixante-cinq ans, Alexandre vivait seul. Veuf, après que la Twingo de Christine sa première épouse eut fait une embardée et percuté un arbre du côté d’Amiens, il s’était juré de finir sa vie avec un chien. Fidèle, si possible, pas comme Christine. Et puis, il l’avait rencontrée.

— On peut savoir ce qu’il te prend ? Et ce que tu fais avec ce truc dans les mains ?

            Il lui prenait qu’il n’en pouvait plus des mensonges. La vérité, c’était qu’elle l’épousait pour son argent… Il y avait déjà songé, pourtant ça ne collait pas. Certes, de l’argent il en possédait pas mal… Mais, encore une fois, ça ne collait pas. En cas de malheur, tout irait à son fils Jacques. Elle le savait. Il ne s’en était pas caché. Alors ? 

— Je ne te comprends pas. Par pitié, repose cet outil !

            Elle prétendait que son ancien mari soupçonnait leur femme de ménage de voler. D’où le cadenas du congélateur. Lui non plus n’y comprenait plus grand-chose. Il ne parvenait pas encore à réaliser qu’il ait pu tout plaquer pour venir vivre chez cette femme, de quinze ans sa cadette. Il est vrai : elle avait réveillé le feu en lui. Un feu trop brûlant peut-être pour son ex. Elle ne parlait jamais de lui, s’en tenant à la version officielle : il avait disparu sans laisser d’adresse. Point barre. Il avait abandonné leur BMW à la gare et pris le premier TGV. Le dossier avait été vite classé par la police. Des disparitions, il y en avait pléthore en France, chaque année. En outre, son Alzheimer naissant n’était peut-être pas étranger à la chose.

— Tu ne veux pas me répondre ? Je peux tout t’expliquer pour Jacques, tu sais…

            Qu’est-ce qu’elle pouvait expliquer ? Ils les avait vus, de ses yeux vus, tous les deux, en train de s’embrasser goulûment.

            Il en aurait le cœur net... Si, comme il le pensait, elle s’était mise en tête d’éliminer le père afin de profiter de son argent avec le fils, cela signifiait qu’elle n’en était certainement pas à son premier forfait. Peut-être même était-elle coupable d’avoir déjà, en son temps, tué son premier mari, et d’autres avant, qui sait ? Avoir un aussi grand frigo verrouillé signifiait qu’elle en avait sans doute refroidi plus d’un.

            Alexandre assura le coupe-boulon dans ses mains. D’un coup, les mâchoires de l’engin cisaillèrent le métal. Le cadenas fit un bruit métallique en tombant sur le sol du garage.

            Elle le regardait faire en silence. Alexandre ouvrit le couvercle du coffre. Puis, lorsqu’il se pencha un peu comme pour mieux vérifier, elle dit sèchement dans son dos :

— Tu es content ? Tu es bien avancé, hein… 

            À part un ou deux morceaux de sanglier et autant de chevreuil, il n’y avait rien. Alexandre s’était trompé. Le congélateur était vide. Quel était son sentiment, à l’instant ? Il était bien incapable de l’analyser. C’était un mélange de doute, soulagement, suspicion, honte…

— Laisse ouvert maintenant ! lança-t-elle. Je m’en occuperai tout à l’heure…

            Comme Alexandre, les bras ballants, ne répondait toujours pas, elle ajouta :

— Quand tu seras calmé, je t’expliquerai ce qui s’est réellement passé dans la cuisine avec Jacques. Tu verras que c’est risible…

            Mais Alexandre n’avait pas le cœur à rire. Que le congélateur fut vide, cela ne changeait rien. Cela ne disait rien de l’attitude douteuse de sa compagne, ni de la disparition suspecte de son premier époux, et non plus de sa certitude de vouloir, à présent, en finir.

            Lentement, il reposa le coupe-boulon sur l’étagère de l’armoire métallique. Il pourrait encore servir. Après tout, la direction d’une BMW, ça ne devait pas être plus compliqué à saboter que celle d’une Twingo…

Marc GERARD

13 CommentairesAjouter un commentaire

Bien orchestré. Bravo.

Publié le 30 Mars 2021

@Catarina Viti Merci Catarina !

Publié le 29 Mars 2021

@Iamish Bonne soirée à vous également !

Publié le 29 Mars 2021

@Sylvie Petitmarie Merci pour vos encouragements !

Publié le 29 Mars 2021

@Christiane PABLO MORA C'est trop sympa !

Publié le 29 Mars 2021

@jbtanpi Merci pour ce gentil commentaire !

Publié le 29 Mars 2021

@LadyAutrice1800 Merci pour votre commentaire !

Publié le 29 Mars 2021

Oh, la chouette nouvelle ! Avec une chute qui tombe durement et ouvre bien des perspectives. Bravo pour ce texte à la tension palpable. Tout est dit !

Publié le 26 Mars 2021

Quelle chute ! J'admire votre habileté à entretenir le suspense... et à construire une telle intrigue en peu de mots.

Publié le 25 Mars 2021

@Marc GERARD
Marc, quelques phrases pour aller à l’essentiel et captiver le lecteur… avec un plus sur la fin. Bravo.

Publié le 24 Mars 2021

Pour moi,un des meilleurs "faux coupable "de toute la serie.Bravo Marc Gérard!

Publié le 24 Mars 2021

Oh la belle charogne ! Titre vraiment bien choisi ;-). Merci pour cette contribution enlevée, percutante... et bonne soirée. Michèle

Publié le 23 Mars 2021

Joli coup, Marc Gérard.

Publié le 23 Mars 2021