Auteur
Du 06 mai 2021
au 06 mai 2021

La pénitente

Pour se faire pardonner, il y a la confession. Mais si le confesseur condamne les lois morales strictes auxquelles vous vous adonnez à la lettre. Qui est le vrai coupable ? Même un prêtre y perdrait son latin. La contribution de Guy Remi à l'appel à l'écriture monBestSeller Faux coupable.
L’évêque en sera dûment informé, je vous le garantis ! L’évêque en sera dûment informé, je vous le garantis !

- Pardonnez-moi mon père car j’ai péché.

- Mmm… Je ne vous demande pas à quand remonte votre dernière confession ma fille, depuis que vous vous êtes installée dans le quartier vous venez me voir tous les vendredis avec la régularité d’un huissier suisse.

- C’est le moins que je puisse faire mon père, il ne se passe pas une semaine sans que j’accumule une quantité de pêchés suffisante à damner un saint.

- N’exagérons rien. Jusqu’à maintenant, vous ne m’avez pas vraiment fait miroiter l’enfer. S’accorder une grasse matinée de temps à autre, rayer le parechocs de votre mari en sortant les poubelles ou avaler une demi-tablette de chocolat au milieu de la nuit ne sont pas précisément des péchés mortels.

- Le diable se cache dans les détails.

- Et bien dites-moi donc ce qui vous tourmente cette fois-ci.

- Je suis une mauvaise mère, une épouse exécrable.

- Voyons, qu’est-ce qui vous fait dire ça ma fille ?

- Mes enfants et mon mari. Ils n’en peuvent plus et je ne saurais leur donner tort.

- Vos enfants… Je ne les ai encore jamais vus à la messe maintenant que j’y pense. Et que vous reprochent-ils donc ?

- Je crains d’avoir lamentablement échoué à leur transmettre ma foi en Dieu et sa sainte église mon père. Mes deux garçons sont des adolescents voyez-vous. Je sais bien qu’ils doivent commencer à apprendre à voler de leurs propres ailes mais je ne peux m’empêcher de m’immiscer dans leur vie. Ma maudite curiosité me pousse à vouloir connaître leurs fréquentations, à tenter de contrôler leur heures de sorties.

- Jusque-là cela me semble plutôt normal. Vous arrive-t-il de les battre ?

- Mon Dieu non ! J’essaie plutôt de tendre l’autre joue en cas d’altercation physique.

- Vous voulez dire que ce sont eux qui vous battent ?

- Ils faut les comprendre mon père, à leur âge ce sont les hormones qui font la loi. Qui suis-je pour les empêcher de devenir des hommes.

- Mais qu’en est-il de votre époux ? Est-il au courant de ce qu’il se passe sous son toit ? Comment peut-il permettre à ses fils de traiter leur mère de la sorte ?

- Oh mon pauvre mari… Il est bien trop accablé par les problèmes que je lui cause. Je ne manque pas une occasion de lui rendre la vie impossible. Figurez-vous qu’à cause de moi il a dû aller chercher le réconfort que tout homme est en droit d’attendre de sa femme entre les bras de ma sœur cadette.

- Votre mari entretient une relation adultère avec votre propre sœur ?

- Je vous assure que j’ai essayé de faire des efforts pour satisfaire ses besoins charnels mais je reconnais ne pas être à la hauteur. Mon époux, voyez-vous, est un militaire de carrière. Il a beaucoup voyagé et a développé des gouts plutôt exotiques en matière de rapports intimes. Je manque tout bêtement de charisme pour l’accompagner dans ses exubérantes mises en scènes. Je me sens parfaitement ridicule affublée des accoutrements de cuire et de métal qu’il affectionne tant. Pour ne rien arranger, je suis une petite nature. Certains orifices de mon traitre corps ne parviennent simplement pas, malgré toute ma bonne volonté, à accueillir sa passion débordante. Je suis aussi sujette aux allergies cutanées et ma peau supporte mal le contact prolongé avec certains types de fluides corporels. Je suis bien consciente de mes faiblesses et, grâce au ciel, les marques de désappointement dont mon cher mari me gratifie quotidiennement sont là pour me le rappeler mais même ainsi, je ressens la nécessité de faire pénitence. Je vous en conjure mon père, ne faites preuve d’aucune complaisance envers la pauvre pècheresse que je suis.

- Par tous les saints du calendrier !   Ma pauvre enfant…

- Je ne vous ne le fait pas dire. Quelle punition jugez-vous adéquate afin d’absoudre mes péchés ?

- Votre seul péché se trouve dans l’adoration blasphématoire que vous portez à votre monstre de mari et votre soumission dégradante à la tyrannie de votre indigne progéniture. Ce sont eux qui devraient être là, à votre place, en ce moment même. Pourquoi avoir tant tardé à me confier vos souffrances ma fille ? J’aurais pu vous aider, j’ai des contacts. Vous allez immédiatement quitter le domicile conjugal. Avez-vous où aller ? Si ce n’est pas le cas, je peux déjà vous trouver un refuge pour quelques semaines et ensuite …

- Mais vous êtes devenu fou mon père ! Déserter le domicile conjugal ? Rompre le sacrement sacré du mariage ? Est-ce donc là tout ce qu’un prêtre consacré puisse me proposer ? Je suis venue à vous en quête d’expiation et vous tentez de m’inciter à pécher encore plus gravement ! Je me suis décidément lourdement trompée sur votre compte. Je constate que la corruption opère aussi au sein même de notre sainte église. Mais l’évêque en sera dûment informé, je vous le garantis ! Quant à moi, je m’en vais de ce pas chercher un confesseur digne de ce nom. Je ne vous salue pas imposteur.

- …

 

Guy Remi

 

  

   

Merci pour votre commentaire @stephane lavaud. Je suis heureux que ça vous ait plu.

Publié le 11 Mai 2021

Merci @Iamish, bien que je ne sois pas confesseur j'ai connu plusieurs femmes, spécialement en Amérique latine, qui s'obstinaient à défendre bec et ongles leur persécuteur de mari au nom de la tradition établie. Lorsque, 'animé des meilleures intentions, on tente de s'en mêler, on est facilement accusé de vouloir troubler la "paix" des ménages...
Amicalement
Guy

Publié le 11 Mai 2021

Assez surprenante, votre contribution, Guy ou Rémi... et quel drôle de personnage cette pénitente qui pousse l'abnégation à son paroxysme... Une masochiste qui s'ignore, peut-être ;-) ? En tout cas, j'imagine assez bien l'embarras de son confesseur... Merci et au plaisir de vous lire de nouveau. Bonne fin de journée. Amicalement, Michèle

Publié le 09 Mai 2021

une bonne nouvelle, bien écrite et qui laisse songeur.
bravo.

Publié le 09 Mai 2021

Merci @Sylvie Petitmarie, effectivement on nous juge parfois coupable de vouloir défendre un faux coupable qui s'ignore. Le sentiment de culpabilité est finalement assez subjectif.

Publié le 07 Mai 2021

La complexité des rapports humains et de ce qui est bien ou pas suivant les croyances et l éducation.Tres bon faux coupable,bravo.

Publié le 07 Mai 2021