Actualité
Le 11 jui 2021

Pourquoi mon roman ne fonctionne pas ?

Apprendre à écrire, apprendre à mieux écrire, se perfectionner, se former, font partie des devoirs de l'auteur. C'est un passage obligé. Ce n'est qu'à partir du moment ou un auteur commence à être satisfait de son travail qu'il doit le soumettre aux premiers lecteurs, et écouter leurs avis. Quelques conseils ici pour se poser de vraies questions sur votre écriture.
La page blanche ou des pages médiocres qui se succèdent ...La page blanche ou des pages médiocres qui se succèdent ...

 

Certains auteurs débutants râlent parfois après les éditeurs : « Je ne comprends pas, « ils » m’ont dit que mon récit manque de dynamisme, de rythme, mais pourtant il y a de l’action à chaque coin de page ! » ou alors « Manque de dynamisme ? Manque de rythme ? N’importe quoi ! J’ai écrit une romance, pas un thriller ! » Ces éditeurs ont simplement voulu dire qu’ils n’ont pas décollé à la lecture du manuscrit. Neuf fois sur dix, la raison est simple : l’enjeu n’est pas assez fort et/ou la courbe dramatique n’est pas claire.

Qu’est-ce que l’enjeu en littérature ?

L’enjeu est la question que l’on pose au départ du récit et dont le héros est l’élément central.
Dans « E.T. l’extraterrestre » par exemple, l’enjeu est : « Parviendra-t-il à rentrer chez lui ? ».
Dans Titanic : « Est-ce que l’amour de Jack et de Rose sera plus fort que tout ? ».
Tout, dans votre récit, doit avoir un rapport, de près ou de loin, avec l’enjeu. Et le lecteur doit facilement le sentir car il va lui servir de fil conducteur tout au long de sa lecture. Si ce fil conducteur n’existe pas dans votre récit ou se brise par moments, votre lecteur risque de s’ennuyer ou de s’égarer. Cette question qui est posée dans le premier quart de l’histoire doit établir un enjeu fort. Plus l’enjeu est fort, plus l’intérêt du lecteur est grand. A la fin de l’histoire, on doit pouvoir répondre « oui » à cette question (du moins, si l’on veut un « Happy end »).

Dynamiser l’enjeu de votre roman

Un enjeu fort est un enjeu où les forces en présence sont nettement déséquilibrées. Dans un thriller par exemple, plus l'ennemi ou le danger sera puissant, plus l'enjeu paraîtra sans solution et captivera l’attention du lecteur impatient de savoir comment le héros va triompher. De la même façon, en créant un héros le plus ordinaire possible, un « monsieur-tout-le-monde », nous sublimerons son combat, et éveillerons l’intérêt du lecteur. Quel que soit le sujet traité, il est possible de déséquilibrer les forces en présence. Dans une romance, par exemple, plus l’adversité ou les problèmes qui séparent les deux âmes sont importants, plus l’enjeu prendra de la valeur dramatique et captivera le lecteur.

Donc, vous l’avez compris, vous avez à votre disposition de nombreuses ficelles pour dynamiser l’enjeu. Vous pouvez travailler le personnage antagoniste, pour le rendre dangereux, voire implacable. Vous pouvez travailler le danger, le risque encouru par le héros (cela peut être un risque physique comme une épreuve morale ou sentimentale) en accentuant les obstacles placés sur sa route et en développant ses souffrances. Vous pouvez aussi vous concentrer sur votre héros en choisissant d’en faire un être ordinaire plongé dans un combat pour lequel il n’est pas taillé (le lecteur aime généralement s’identifier au héros). Vous pouvez même en faire un moins que rien. Dans une romance, par exemple, n’hésitez pas à lui coller des défauts insupportables (macho, arrogant, maladroit, prétentieux, etc).

En résumé, l’adversité doit ressembler à une montagne infranchissable. N'hésitez pas à mettre votre héros en échecs répétés. Cela permet aussi de lui faire apprendre de ses échecs. Il s’en relèvera grandi quand le dénouement viendra. Donnez l'impression à votre lecteur que plus le récit avance, plus l’adversité prend l'ascendant sur le héros et commence même à l'écraser. La tension dramatique doit monter crescendo jusqu’à la fin.

Construire une courbe dramatique claire tout au long de son livre

Si vous voulez captiver votre lecteur tout au long du roman, vous devez ordonner les différents problèmes qu’il aura à résoudre. Introduisez-les de manière graduelle, les petits problèmes en premier, pour aller progressivement vers le problème final où le héros jouera sa vie.
Et pour que cette résolution marque définitivement le lecteur, arrangez-vous pour que ce sprint final fonctionne sur le principe du compte à rebours, faisant de chaque seconde qui s’égrène un suspense insoutenable, nous incitant à trembler pour notre héros.
Si le thème de votre roman ne se prête pas à ce genre de fin dynamique, gardez simplement l’idée d’une tension latente, travaillez vos scènes finales pour créer une ambiance attentiste, une impatience. Pour ce faire, faites sentir au lecteur qu’il lui manque encore une information, comme s’il se trouvait devant un puzzle où une pièce n’a pas encore été placée. Lorsque vous sortirez la dernière carte de votre manche, vous le surprendrez à coup sûr. Cette ultime révélation l’embarquera définitivement dans votre monde.

Toutes ces astuces pour dynamiser votre récit ne doivent cependant pas être utilisées n’importe comment. Veillez, à chaque fois que vous créez une scène, qu’elle ait un rapport fort avec la question posée par l’enjeu. Si la scène en question n’a qu’un rapport éloigné avec ce dernier, il est parfois préférable de la supprimer et souvent de la retravailler. Avancez dans votre fiction en gardant en permanence un œil sur les motivations profondes du héros et de ses antagonistes. Chacun d’eux doit avoir des raisons fortes d’agir comme il agit, et ces raisons doivent être dictées par la problématique de l’enjeu. En suivant ce fil rouge, vous ne pourrez plus vous égarer pendant l’écriture de votre récit, vous vous apercevrez que vos idées s’organisent de façon plus fluide et que votre courbe dramatique devient claire, à la fois pour vous et pour votre futur éditeur.

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Christophe LOUPY (Metantropo)
Auteur de L’Antestament sur MonBestSeller.com Directeur de publication du Guide de l’Edition Jeunesse

Un livre n'a d'intérêt sans lecteur, puisque c'est le lecteur qui transpose sa "traduction" et lui donne vie, encore et encore; même l'auteur y participe à chacune de ses relectures.

Publié le 19 Août 2021

@Blanchet Rachid
Un excellent rappel de ce qu'il faut faire pour mener à bien son roman.
Qu'est ce que je veux dire ? La réponse doit tenir en deux phrases qu'il faut nécessairement écrire avant de commencer. Quel thème je traite ?
Pour ce faire quelle intrigue je vais raconter ? Comment traquer l'émotion de mes personnages, insérer une tension tout en conservant mon fil rouge . Refaire la scène 10 fois pour dire l'intime Flaubert a confié aux Frères Goncourt avoir vomi deux fois en écrivant le suicide d'Emma Bovary à l'arsenic …
Enfin, avec beaucoup d'intransigeance, épurer son style ( supprimer les qui - que - mais -et- quoi ….) , raturer traquer la banalité, "progressant à travers les ronces " comme l'écrivait Flaubert.
Bref , lire, Correspondance ( toujours de Flaubert) pour apprendre à écrire.

Publié le 05 Août 2021

@monBestSeller
L’article de Christophe Loupy insiste à juste titre sur le fait qu’un roman n’est pas seulement une suite de scènes (liées entre elles par des résumés) posées les unes à côté des autres, sans signification générale. L’intrigue est une organisation particulière des scènes qui donne à l’œuvre sa signification générale. Par exemple, L’éducation sentimentale raconte… l’éducation sentimentale du héros. Le héros rencontre la femme de sa vie (si l’on peut dire) au tout début du livre, et, pendant tout le récit, on se demande s’il finira par coucher avec elle un jour. Entre temps, il lui arrive toute sorte de choses, mais le fil directeur est sa relation à une femme idéalisée, mariée, et plus âgée que lui.
Le rappel de Christophe Loupy était nécessaire. Je lis, en effet, sur mBS, beaucoup de romans qui sont fabriqués ainsi : je prends ma vie, j’écris à la 3e personne, je change les noms des personnes et, hop, j’appelle ça « roman ». Même si l’auteur a une vie passionnante, cette façon de procéder ne fait pas un roman. Même dans le cas où l’écriture est travaillée (le plus souvent, heureusement), on reste sur sa faim, car on ne sait pas où ça va. L’intrigue est essentielle car elle donne une place au lecteur, en rendant la lecture intéressante. Mais ce n’est pas tout : elle joue aussi un rôle majeur au moment de la création du livre. Quand un romancier écrit en pensant à une intrigue, il écrit différemment. Non seulement l’idée d’une intrigue change la composition du livre (certaines scènes deviennent inutiles, d’autres plus importantes que d’autres, etc.). Mais aussi l’idée d’une intrigue change le style : l’intrigue impose une logique au récit, qui impose aussi une « logique » à l’écriture. Par exemple, le style de Camus dans L’étranger épouse le regard du héros, qui a un rapport distancé aux événements. L’écriture distancée, façon procès verbal, n’est pas l’écriture habituelle de Camus. C’est une écriture adaptée à l’intrigue et à la personnalité du héros. Vous me direz : raconter sa vie sans intrigue peut faire, à la rigueur, une autobiographie. Oui et non. Car une autobiographie a aussi ses exigences : que le passé soit examiné à la lumière du présent, que le récit soit à la première personne, que le nom du héros et celui de l’auteur coïncident. Tout ceci exige de l’auteur d’une autobiographie qu’il ait aussi une idée d’intrigue, même si ce n’est pas tout à fait la même que pour un roman.
À l’opposé de cette tendance à romancer sa vie, il y a la tentation de l’intrigue et des personnages stéréotypés. Là aussi, même avec une écriture travaillée, les stéréotypes ne font pas un livre. Ils font, à la limite, un navet potable, qui, à la limite, sera publié, mais uniquement pour des raisons commerciales, pas pour des raisons artistiques. Bien sûr, tous les goûts (et tous les « lectorats ») sont dans la nature. Mais, bon, il faut arrêter : entre un Musso et un Flaubert, il n’y a pas photo. L’un écrit de très bons navets avec des intrigues qui font tourner les pages (et on en redemande). L’autre écrit un livre où dans chaque page, chaque phrase, il y a une pensée (ironique) du monde, de l’Histoire, de l’amour, de l’existence humaine (etc.)
D’où mon "billet d’humeur"...

Publié le 17 Juillet 2021

@Christophe LOUPY, un article très intéressant, parfaitement adapté à notre petit monde d'auteurs débutants.
Une introduction qui résume bien la situation, @monBestSeller.
Une réponse qui dit tout ce qu'il y avait à dire, @Blanchet Rachid. Que pourrait-on rajouter après votre analyse ?
En conclusion, quelle bonne idée que cet article ! Il ne reste à espérer que de nombreux auteurs débutants (mais les moins débutants n'en sont pas exonérés) le liront.
Merci à vous pour votre complémentarité.

Publié le 16 Juillet 2021

Un livre n'est rien sans quelqu'un qui le lit, alors c'est très frustrant de ne pas trouver son lectorat. Je parle en connaissance de cause.

Publié le 13 Juillet 2021

@monBestSeller
Oui, bien sûr, vous pouvez le récupérer, avec plaisir. Bien à vous.

Publié le 13 Juillet 2021

@Blanchet Rachid
Merci de votre billet d'humeur que j'aimerais publier comme un écho à ces articles qui rappellent des vérités simples et non didactiques sur ce qu'on peut exiger d'un livre. Puis je le récupérer pour en faire article, ou pouvez vous le remanier un peu pour nous le faire parvenir et qu'on le mette en avant. Merci.
Ch Lucius

Publié le 13 Juillet 2021

@Metantropo
Merci pour cet article, qui rappelle des choses essentielles ; et c’est vrai que ça fonctionne, aussi bien pour *Yvain, le chevalier au lion* que pour *Le Rouge et le Noir* ou *La curée*, par exemple (un peu moins peut-être pour *L’étranger* ou *La recherche*, mais qu’importe).
Je ne peux m’empêcher d’être un peu triste, malgré tout. Quoi ? Ce serait ça les conseils qu’on donnerait aux jeunes (ou moins jeunes) auteurs ?

J’ai écouté récemment une interview d’Amélie Nothomb, qui explique que pour écrire un livre, elle part d’un début et d’une fin, et qu’ensuite elle trouve l’itinéraire.
Cet itinéraire peut, certes, ressembler à la quête d’un héros, qui parvient ou non à ses fins, ayant rencontré sur son chemin des obstacles (épreuves), des adjuvants et des opposants (voir Vladimir Propp ou Greimas).
Mais ça peut-être plus… subtil.
Les grandes lignes, c’est important, c’est le squelette, les grosses ficelles.
Mais ce qui fait la beauté d’un livre, sa singularité, ce qu’il ajoute de nouveau, c’est la façon particulière, originale, unique, dont un auteur — porteur d’une vision du monde unique, et doté d’une langue unique, forgée à partir de la langue française commune mais qu’il s’est appropriée par son travail et qu’on appelle son style, qui est comme une seconde nature pour lui — apporte de la chair à ce squelette commun à beaucoup de récits.
Ecrire un livre est certes une petite entreprise, qui nécessite une bonne gestion de l’intrigue, des peaux de banane à glisser sous les pieds du pauvre héros (car le happy end, hein, ça se mérite). Mais, ce n’est pas que ça (je suis de mauvaise foi, cher Monsieur, vous n’avez jamais dit le contraire).
C’est aussi la beauté des descriptions, la finesse des analyses psychologiques, le rythme de la phrase ou de la narration, la vérité des dialogues, la puissance de la vision du monde qui émane du livre, etc., qui mènent le lecteur — pas seulement sa curiosité de savoir comment le héros, malmené par son créateur sadique, va finalement atteindre son objectif.
Votre article s’adresse, je le suppose, aux auteurs imprudents (jeunes ou non), qui se lancent, comme moi, naïvement, dans l’écriture d’un livre, pensant que leur génie, reconnu par la personne la plus importante à leurs yeux, à savoir eux-mêmes, suffit. Certes non, ce génie supposé ne suffit pas : il faut d’abord que le lecteur, professionnel ou non, ait envie de tourner les pages, de savoir la suite. Mais cette nécessité première (que le roman raconte une histoire intéressante, avec un début, un milieu, une fin) est un moyen, pas une fin ; un moyen au service d’une sensibilité et d’une vision particulières, qui sont la signature de l’auteur, la petite égratignure qu’il fait au néant, qui le distingue de ceux qui, comme moi, écrivent au nom de leur EGO, estimant n’avoir besoin ni de lire (surtout pas les classiques !) ni de travailler, mais dont les œuvres proliférantes iront se noyer dans l’océan des livres inutiles.

Publié le 13 Juillet 2021

Merci pour cet article qui ramène à l’essentiel pour l'écriture d'un texte ou un roman.

Publié le 12 Juillet 2021