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Du 21 mai 2020
au 21 mai 2021

Faire lire son manuscrit à ses proches : une fausse bonne idée ?

Ça y est, il est fini ! Voilà des mois que vous le retravaillez, que vous repeaufinez jusqu’à la moindre virgule, que vous le relisez jusqu’à vous en donner la nausée… Il vous sort même un peu par les yeux, ce manuscrit, disons-le. Vous ne prétendez pas être le futur Goncourt, mais bon, une question vous taraude : est-ce que ça vaut quelque chose ? Est-ce que ça peut toucher quelqu’un d’autre ? Avez-vous fait tout cela en vain ? Bref, arrive le moment bien légitime de la question de la réception.
Vos lecteurs proches sont-ils impartiaux ?Vos lecteurs proches sont-ils impartiaux ?

Faire lire son manuscrit par un proche : Un tremplin dans un premier temps

Mais à qui faire lire votre Précieux roman ? Qui aura envie de se farcir vos quatre-cents pages de romance dystopique ou votre pièce de théâtre en huit actes au style plutôt avant-gardiste (selon vous)? C’est bien le problème… On finit donc bien souvent par demander l’avis de nos amis ou de notre famille. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls ! Si, comme moi, vous lisez les pages de « Remerciements » (oui, je fais partie de ces gens-là…) à la fin des romans, il n’est pas rare d’y découvrir : « Merci à ma femme, ma première lectrice », « Merci à ma mère pour ses nombreuses relectures », « Merci à mon frère pour son soutien et sa lecture attentive »… Sauf que voilà : Tonton Jeannot n’est pas critique littéraire et Mamie Paulette n’est pas éditrice. Oui, je sais, il n’y a pas besoin d’être du métier pour avoir une sensibilité de lecteur. Mais il faut quand même bien avoir en tête deux éléments : vous risquez d’avoir des retours un brin trop élogieux et peu détaillés sur le plan de l’analyse littéraire. Bien évidemment, il y a certainement plein de contre-exemples. Cependant, j’essaye simplement de décrire ce qui arrive le plus souvent. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que ces retours ne sont pas sincères, mais il ne faut pas oublier que la réception de nos amis ou de notre famille passera nécessairement par le prisme de l’affectivité. On ne va pas se mentir, ça ne peut pas faire de mal, surtout quand on débute : ça booste un peu l’égo et ça remotive. Mais ne nous voilons pas la face : si on veut vraiment progresser, ça ne saurait suffire. 

Outre la complaisance, vos lecteurs proches seront peut-être un frein à la créativité ?

Autre problème, il me semble : savoir que ce que l’on écrit va être lu par un proche peut nous limiter dans notre création. J’ai abordé la question de l’intime dans un autre article sur monBestSeller : on livre bien plus de soi qu’on ne l’imagine, même (et surtout) quand on pense ne pas parler de soi. Quand on commence à avoir conscience de cela, il devient plus difficile de lâcher prise. Encore plus si notre texte doit être « validé » par des proches. Il est possible qu’on se mette une limite, même inconsciente, quant au thème abordé ou la manière de l’aborder. J’ai bien souvent le sentiment que l’on porte plus ou moins tous en nous un roman « inavouable ». Peut-être très sombre, très dérangeant, très… imaginez bien la suite que vous voudrez. Faut-il l’écrire ou non ? Là n’est pas la question. Mais s’il s’agit de faire sortir ce que nous avons de plus inconscient, de « non maîtrisé », d’inconnu… de tenter l’aventure de la création jusqu’au bout… alors oui, la lecture des proches peut être un frein.

Ou sont les lecteurs objectifs alors ?

Faut-il pour autant laisser croupir votre manuscrit dans un tiroir ou un dossier secret de votre ordinateur ? Non, pas nécessairement. Mais l’écrivain doit de nouveau retrousser ses manches, alors qu’il est déjà au bout de sa vie après avoir sué sang et eau pour achever son roman. Il va falloir aller à la pêche aux lecteurs inconnus (les fameux « bêtas-lecteurs », même si je déteste ce terme), sur monBestSeller et autres plateformes de ce type. Les échanges qui en découleront, s’il y en a, ont beaucoup plus de chances de vous aider à avancer dans votre projet et peut-être même à aller plus loin. Une fois cette étape franchie, il peut être intéressant d’espérer l’avis de professionnels de l’édition en soumettant votre manuscrit à quelques maisons préalablement bien choisies.

 

Annett Whisper

 

10 CommentairesAjouter un commentaire

Merci à tous pour l'accueil réservé à cet article et pour ces échanges fort intéressants... Je les lis avec attention et sens bien que ces questionnements résonnent fortement en vous...

Publié le 28 Mai 2021

@Annett WISPER
Bonjour,
Votre article est pertinent, dans le sens des expériences de chacun et bien sûr à travers les ressentis d'un écrivain tout au long de son parcours.
J'aurais envie d'aller plus loin en écrivant que les réactions de notre entourage, lors de la lecture de nos manuscrits méritent parfois, une analyse presque Freudienne de ce que peut provoquer chez l'être connu, l'accomplissement de nos écrits. Quelques expériences vécues m'ont incité à me tourner vers des lecteurs inconnus comme ceux de mon best seller.
Voici deux exemples concrets:
Un voisin, après avoir lu mon livre "La thèse" me demande pourquoi j'ai écrit tout un chapitre au sujet d'une thèse en psychiatrie alors que l'étudiant ne devient pas psychiatre?
Il m'annonce qu'il a du finir une bouteille de vin pour finir l'ouvrage...
Il m'a fallu du cran pour ne pas réagir impoliment, et mon analyse à postériori fut la suivante: Cette homme de 60 ans a passé sa vie à se faire reconnaître comme acheteur dans une grosse boîte, répétant à tout va qu'il n'avait qu'un bac et que devenu cadre il n'était entouré que de collègues sortant des grandes écoles... L'élitisme et les diplômes sont devenus ses références.
Le parcours scolaire de ses enfants na pas répondu à ses attentes...
La semaine dernière, je lisais un passage de mon dernier manuscrit "L'épave" en décrivant le pilote de chasse dans son avion, une prestation, à table avec mon mari ainsi que mon beau frère et ma belle-soeur. Mon mari a interrompu ma lecture en s'arrêtant sur un point de détail concernant les points d'orientation est et ouest. Quel est son problème ? Je demandais un avis littéraire... Bref, j'ai décidé d'être la plus discrète possible... J'aurai d'autres exemples à vous citer.
Aujourd'hui, je suis capable de comprendre l'exposition que procure sa propre réalisation aux autres mais je refuse d'être un prétexte aux frustrations des autres...
Merci beaucoup d'avoir osé écrire cet article.

Publié le 27 Mai 2021

Que de commentaires intéressants!!! Merci à tous.
Ashanti

Publié le 27 Mai 2021

Un raisonnement, somme toute bien réel, quelque soit le type de roman que l'on puisse étaler sur son papier.
Sans oublier nos fautes de syntaxe, de sens, etc ! combien de fois surtout réécrivons nous son contenu en doutant toujours de la justesse de notre formidable écrit?

Publié le 26 Mai 2021

@MURIEL LAROQUE : Merci à vous d'avoir pris le temps de me lire et de nous faire part de vos impressions. En effet, un proche peut tout à fait être un compagnon d'écriture mais, comme vous le dites très justement, il faut qu'il soit en mesure d'étayer son jugement (et qu'il parvienne, autant que possible, à rester objectif). Enfin, vous avez tout à fait raison d'insister sur le lien de confiance qui est nécessaire pour ce partenariat. C'est une chance extraordinaire, je pense, que de vivre une telle relation!

Publié le 25 Mai 2021

@Marina Leridon : un grand merci pour votre retour sur cet article. Je vous rejoins tout à fait concernant l'auto-censure que l'on est susceptible de s'imposer lorsqu'il s'agit d'écrire une scène érotique ou une scène particulièrement sanglante par exemple, surtout si l'on a en tête que ce texte sera lu par notre famille ou nos amis. Et même si nos écrits ne viennent pas dans leurs mains dans l'immédiat... comme vous le dites, ils le seront bien un jour! Cette pensée peut agir comme un parasite lors de l'écriture. Déjà qu'il nous faut parfois dépasser nos propres limites pour créer... et voilà que nous devons composer avec les limites — supposées — de nos proches! Pas si simple... Je me demande d'ailleurs si, en tant que femmes, nous ne ressentons pas de manière plus accrue encore, ce poids du regard de l'autre (et de la société en général) sur ce que nous écrivons... sur ce que nous sommes censées avoir le "droit" d'écrire ou non en tant que femme, en tant que mère, en tant qu'épouse... Je crois que la question se pose encore aujourd'hui.

Publié le 25 Mai 2021

@ Annett WHISPER
Merci pour cet article intéressant.

Ecrire est un tâtonnement. Avec ma paire de lunettes je lis , relis , rerelis , corrige , modifie , rature , biffe les " qui , qui quoi , mais"...
A chacun après de trouver sa solution : on peut faire lire son manuscrit à un proche ou non sous condition de bien le choisir cad avoir confiance dans ses critiques étayées par des arguments charpentés et non pas des commentaires - faible , plat , lourd , magnifique…
Ce proche peut être écrivain ou simple lecteur de " lectures" qui étaiera son avis avec sincérité.
Bref la confiance doit présider à la relecture.

Publié le 25 Mai 2021

@Anneth WHISPER
Bonjour. Article très intéressant. C'est vrai que les deux principaux problèmes sont, à mon avis, le manque d'objectivité des proches et le frein pour l'auteur. Consciente du premier point, c'est le deuxième qui m'a interpelée récemment. Voulant décrire une scène d'amour, je me suis surprise à me demander ce qu'allaient en penser mes proches… J'ai finalement décidé de l'écrire le plus sincèrement possible mais le frein était bien là ! Pourtant nos proches liront bien un jour ou l'autre nos livres, il faut donc essayer de surmonter ce problème. Amicalement.

Publié le 25 Mai 2021

@Annett WHISPER
Désolé Annett de vous avoir froissé. Mais le titre est intact dans l'article. Et un peu re-traité dans les titres dans la NL, simplement pour des questions de référencement. Merci en tout cas pour ce texte intéressant. La faute sur le nom est corrigée.

Publié le 22 Mai 2021

Je remercie l'équipe de monBestSeller d'avoir publié mon article. Je tiens cependant à préciser que, contrairement à ce que l'on peut lire dans l'édito, je ne l'ai jamais intitulé : "Faire lire son manuscrit à ses proches : un tremplin dangereux" mais "Faire lire son manuscrit à ses proches : une fausse bonne idée ?", ce qui, à mon sens, donne une tout autre tournure au texte.

Publié le 22 Mai 2021