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Du 08 juin 2021
au 08 juin 2021

Le choix des lecteurs ARESIOR en Mai : "Manipulation" de Gérard Denamps

Quand un personnage très médiocre arrive au sommet d'une grande société, on croit qu'il va imploser. Eh bien non, l'entreprise continue de tourner, car la grande entreprise n'aime aujourd'hui qu'une seule chose : tout ce qui ne fait pas de vagues. C'est le thème de "Manipulation", le roman de Gérard Denamps
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Manipulations : le thème de « l’homme de paille » au centre d'un roman diabolico-cynique

Ce livre transpose dans le monde informatique le thème de « l’homme de paille », qui consiste à couvrir de son nom les agissements de quelqu’un d’autre, généralement pour des arnaques. En cas de problème avec la justice, c’est bien évidemment le « prête nom » qui sera inquiété…

En ce domaine, il y a une référence absolue avec Marcel Pagnol pour son roman « Topaze » qu’il adapta au cinéma en 1951 avec Fernandel dans le rôle principal.

Ce thème se trouve actualisé et transplanté dans notre époque virtuelle grâce au roman de Gérard Denamps.  A travers cette « gérance de paille », l’auteur démontre magistralement la portée et les méfaits de l’informatique dans ce type de délinquance.

Tragi-comique, le personnage central porte haut les couleurs de l'imposture.

Basile Legroin est un petit comptable d’une quarantaine d’année au chômage. Ayant une haute opinion de lui-même, et totalement erronée de ses compétences, il ne doute pas un instant retrouver très vite une fonction. Il déchante jusqu’à ce qu’il rencontre le PDG de « Techno-Logic » qui le nomme alors directeur-adjoint de son entreprise. Sans savoir précisément de quoi il retourne, il accepte.

Bien malgré lui, ce personnage est comique tout en générant une certaine empathie. Certes, l’on se dit qu’il est vraiment hors réalité, qu'il a une haute idée de lui même et qu’il serait bon qu’il se livre lui à une vraie introspection. Mais le personnage surnage, se débrouille et arrive à se fondre dans le décor, en s’adaptant plus ou moins.

L’auteur précise qu'il a pris du plaisir à "créer ce personnage à la fois fallot et imbu de lui-même".

Un regard cynique sur le monde de l’entreprise

Dans sa vision du monde de l’entreprise, disons-le de suite, ce qui compte c’est d’abord la position et le titre hiérarchique, l’important étant de faire travailler les collaborateurs, tout en prétendant maitriser la matière et les disciplines.

A ce petit jeu, et sans aucune connaissance réelle, notre brave Basile prend son rôle plutôt habilement et se fait accepter comme directeur-adjoint. Pour cela, les apparences suffisent !

Cela en dit beaucoup sur notre monde où la position sociale fait la fonction, les apparences masquent souvent les réelles compétences.
Le machiavélisme professionnel est pointé du doigt.
« Sinon en cas de problème mineur, vous appliquez la technique de l’autruche. Très prisée dans beaucoup de sociétés : la tête dans le sable, il n’y a plus de problème. Celui qui prétend le contraire est un négatif, pessimiste, défaitiste. Il freine l’élan de l’entreprise. Au bout du compte, vous verrez que le problème finira par être résolu par le premier lèche-botte venu. »

L’on pourrait dire « toute ressemblance avec une entreprise existante serait totalement fortuite ». Cependant l’auteur nous révèle qu’il a vu et s'est inspiré inconsciemment des choses incroyables observées dans le monde des PME et des Multinationales.

Un récit addictif à la fois teinté d’humour et de cruauté

Ce récit parsemé d’humour, et de celui qui ne nous lâche pas. L'humour y est léger, un humour de mots et de  textes mais aussi un comique de situations. Basile, le héros « patauge » pour sauver sa dignité dans une situation mouvante, avec plus ou moins de réussite.

La force et le talent de l’auteur, c’est d'expliquer simplement le rouage des filouteries. Pour comprendre, pas nécessaire d'avoir de grandes connaissances informatiques. Gérard Denamps précise d'ailleurs : « J’ai tenté d’expliquer les choses (dont le principe du cheval de Troyes) le plus clairement possible afin d’être compris du plus grand nombre. »

L’humour et la dénonciation vont même plus loin car Basile Legroin a une existence virtuelle. Il posséde un compte Facebook (avec plus de 3500 amis !), d’autres sur Linkedin et Viadeo. Il est suractif sur sa boîte mail.
L’auteur entend ainsi « rire des réseaux sociaux en dénonçant leur opacité et leur dangerosité ».

A travers ce personnage, on dénonce une société médiocre, des individus imparfaits armés d'un outil redoutable : le digital..

J-C Georget
Animateur « ARESIOR »

 

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