Auteur
Le 20 sep 2017

Pourquoi j'écris (5)

Ecrire ou faire de la littérature, c'est le clair distinguo qu'Ivan Zimmermann pose avant d'expliquer sa pulsion irrésistible vers l'écriture. Raconter des histoires, raconter ses histoires jusqu'à s'y noyer.
La pression du crayon, curieux mélange entre l'envie et l'urgence d'écrire. JamesLa pression du crayon, curieux mélange entre l'envie et l'urgence d'écrire. James

L'écriture : par dérision peut-être...

Un ancien prof de français, que l’on nommait Réris dans mon collège, en fait l’abbé Maurice, m’avait dit un jour en me rendant une rédaction, qui était sur le thème d’une veillée en famille, que j’avais pompé Victor Hugo ! Si, si ! Je l’avais regardé d’un air aussi éclairé que mes boutons d’acné en pensant que le pauvre homme avait sûrement abusé de la boutanche, comme d’habitude. Moi qui ne lisait à l’époque que mon magazine Pilote avec comme auteurs préférés Goscinny, Morris et Marcel Gotlib, je ne comprenais pas ce qui venait de m’être reproché. J’étais vexé avec un net un sentiment d’injustice ; pour une fois que je faisais un effort en rédaction.

Je fus, bien sûr, le sujet de risée de tous mes copains de classe et surtout de Gérard le surdoué de la classe.

C’était en troisième et j’avais quatorze ans, ça ne date pas d’hier.  Mais c’est sans doute là que j’ai compris que l’écriture avait peut-être un intérêt, et, il est vrai, je m’en souviens encore, que j’avais pris du plaisir à écrire cette rédac. Du coup, j’ai lu, ce bon vieux Hugo, à qui on me comparait si abusivement et j’ai bien sûr tout de suite eut la certitude que Réris était bourré ce jour là et que cet écrivain était magnifique.

Ce qui m’a donné envie d’écrire : raconter des histoires et ne plus penser qu'à elles

Depuis, je erre comme une pauvre âme en peine dans les affres de l’écriture et me démène comme un beau diable à essayer d’intéresser le peu de lecteurs qui ont eu l’immense joie d’honorer ma plume. Si je ne me fais pas de compliments, qui m’en fera ?

Bref, lorsque je me place devant mon clavier et que j’ouvre ce charmant Word sur une page blanche, il faut absolument que je la remplisse tellement je la trouve tristounette. Certains vont se parler comme face à un miroir, d’autres vont critiquer la société, moi je me raconte des histoires. Mais, je pousse le souci du détail jusqu’à ce que j’arrive à y croire et à me tremper dans mes aventures virtuelles pour ne plus penser qu’à elles ; sous la douche, en me rasant (quand je veux), assis sur siège des toilettes et même en rêvant.

— C’est grave docteur ?

— Non simplement, un peu de surmenage, je vous prescris dix chapitres à écrire.

Voilà, c’est reparti ! Vous voyez, je ne peux pas m’en empêcher.

Je fais une petite parenthèse ici : on parle bien d’écrire, n’est-ce pas, pas de faire de la littérature comme cette bonne vieille Marguerite Youcenar ou ce bon Jean d’Ormesson, Carla comme disait Sarko, pardon, car là, je ne suis plus votre homme. Mais ça vous l’aviez deviné.

Un pied de nez ? Non, une réalité, une conscience de soi, pas la peine de me faire psychanalyser pour savoir que je ne serais jamais publié dans La Pléïade.

Alors écrire est une autre nature de soi ? Ouaip, m’sieur. Lorsqu’on la rencontre, cette putain de manie d’écrire, c’est pour la vie et le divorce devient impossible, ou alors c’est qu’on approche du dernier chapitre de sa vie et qu’on vient d’y apposer le mot « FIN ».

 

Ivan Zimmermann

11/09/2017

15 CommentairesAjouter un commentaire

Très Intéressant vos échanges !
Moi aussi j'écris ; j'ai commencé par des poèmes que je "pondais" lors de fortes émotions, quelles qu'elles soient, positives ou négatives et puis sur l'avis d'un copain, je me suis lancée. Un manuscrit est né... mais il est resté dans cet état bien qu'envoyé chez des éditeurs ; oh ! pas beaucoup, je me suis vite découragée remarquant que l'inconnue que j'étais ne remplirait peut être pas assez les caisses de l'éditeur "mécène" qui aurait pu me tendre la main. Aigrie, moi ? non déçue... j' y ai mis tout mon coeur dans cette histoire... et je ne désespère pas qu'un jour...
A bientôt peut être ?

Publié le 19 Novembre 2017

@Llyle Ascot
Il semble que vous ayez répondu à mon commentaire mais je ne trouve pas votre réponse.

Publié le 28 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann
Je crois que je dois avoir un grain moi aussi pour garder l'espoir après chaque refus d'un éditeur d'être lue un jour. Mais écrire est plus fort que moi. Je crois comprendre qu'ici nous avons tous cette délicieuse obsession.
Bien à vous.

Publié le 28 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann
J'écris des nouvelles, ce sont des pulsions que je ne contrôle pas, pareil quand je peins, l'inspiration ou pas! Je trouve ça magique

Publié le 28 Septembre 2017

Ecrire pour moi c'est vivre plusieurs vies en même temps, ce qui me permet d'échapper à la routine et de rendre possible l'impossible. C'est effectivement aussi un moyen de nourrir son intellect.

Publié le 27 Septembre 2017
FAY

L'écriture pour moi est un moyen de traduire ma douleur par de l encre@Ivan Zimmermann

Publié le 25 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann

Bien reçu m'sieur!!! Je m'y mets illico...

Publié le 22 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann

Euh de la passion... beaucoup de passion!!! Cela se ressent et se dégage de vos écrits, en tout cas pour le peu que je viens de lire. Peu importe si vous avez des millions de lecteurs ou pas, peu importe si l'on vous enlève plein plein de choses mais pour m'sieur, ce sera une bonne dose d'écrits matin, midi et soir et ça suffira! Vous me donnez vraiment l'envie d'ouvrir ''ce charmant Word sur une page blanche...'' Merci m'sieur

Publié le 21 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann
Pourquoi écrit-on ? Ah que voilà une bonne question.Réponse : c'est parce que lorsque on y a goûté une fois, on ne plus s'en passer. C'est un virus, une douce drogue. Espérons qu'aucun chercheur ne trouve un remède pour éradiquer cette si belle maladie. Je m'y remets sérieusement car votre dernier paragraphe me fait flipper ;-) Et vous, n'allez surtout pas vous noyer dans l'Allier, la Pléîade vous attend. Merci pour ce partage. Amitiés. Fanny

Publié le 21 Septembre 2017

Mon cher @Ivan Zimmermann, je suis toujours admiratif des personnes qui ont des passions. C'est bien d'avoir fait la distinction entre écriture et littérature, auteur et écrivain.
C'est drôle, car pour moi c'est le contraire : j'ai toujours écrit, depuis l'enfance, puis professionnellement ou dans le cadre d'activités diverses, beaucoup même, mais je n'ai au grand jamais éprouvé le besoin de me raconter ou d'écrire de manière spontanée pour être lu (hormis bien entendu les deux ouvrages relatifs à Claire, qui ont valeur de témoignage et de testament sur l'émancipation en direction des femmes qui se cherchent). Encore aujourd'hui j'écris beaucoup, plutôt des commentaires et des analyses. Je faisais jusqu'à il y a peu des publications mensuelles sur les domaines viticoles où j'emmenais mon groupe pour des rencontres vigneronnes (publications très documentées, louées pour leur qualité, rencontrant un franc succès).
Mais je n'ai jamais eu envie de me dire un matin au réveil, ou la nuit dans un rêve éveillé : tiens, si j'écrivais une histoire sur ceci ou cela, un roman policier, un thriller, une nouvelle... nada ! Est-ce normal, docteur ?
Et cependant, sans doute en raison de mon formatage professionnel pour l'excellence, la nuance entre écrire et faire de la littérature est moins tranchée que ce qu'exprime mon ami Ivan, car quoi que j'écrive, je suis toujours en recherche du respect de notre langue, de la présentation la plus parfaite et la plus harmonieuse possible de mes écrits. Ceux qui me liront et me connaissent bien pourront vous le confirmer. Vous l'aurez compris, San Antonio n'a jamais été ma lecture préférée (là est la différence affirmée entre écrire et faire de la littérature).
Quant à moi, je ne serai jamais un écrivain et je n'aurai été qu'un auteur de circonstance.
Merci Ivan d'avoir ouvert cette tribune, un sujet intéressant qui devrait permettre de recueillir des avis très divers. J'y ai retrouvé déjà quelques amies que je salue au passage (elles se reconnaîtront).

Publié le 20 Septembre 2017

@lamish
Comme je te rejoins dans ton ressenti! L'écriture dans ce qu'elle a de vital et de spontané. Mais un texte aussi enlevé demande quand même une belle maîtrise. Et je crois que c'est même là une des plus grandes qualités d'auteur d'@Ivan Zimmermann. Il nous tient en haleine tout au long du récit. Bises à tous les deux.

Publié le 20 Septembre 2017

Voilà qui a le mérite d'être clair, sincère, dénué de ronds de jambes. La passion de l'écriture dans ce qu'elle a de plus spontané et vital. Merci pour la confidence, Ivan. Bisous. Michèle

Publié le 20 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann

Bien dit ! Je suis aussi de celles (auteures...) qui écrivent vraiment pour ce seul plaisir, sans prétention aucune en ayant bien conscience d'être une néophyte en la matière. Mais peu importe, cette passion nourrit l'intellect, l'émotionnel et nous transporte vers un plaisir unique limite orgasmique ! Non ?

Je vous rejoins donc dans votre ressenti et si nous devons divorcer un jour, que ce soit de nos mauvaises habitudes...

Bonne continuation Ivan

Publié le 20 Septembre 2017

@Ivan, vous noyer, vous noyer, vous nous racontez des histoires.....vous m'avez l'air de bien savoir nager pourtant. :)). A chacun ces petites manies. Vous avez les votres, et elles profitent à tout vos lecteurs. Merci , Ivan.

Publié le 20 Septembre 2017

@Ivan Zimmermann
Sur le siège des toilettes? O pinaise m'sieur, l'écriture pour toi c'est pire qu'une femme...Elle te pourchasse vraiment partout. Ou alors c'est parce-que tu es un auteur. Un vrai. Quelqu'un qui ne se la "joue" pas auteur, même si la comédie peut être divine. C'est peut-être pour ça que ton article est drôle et émouvant tout à la fois. Et surtout sincère. Total respect Msieur. Euh, tu te rases pas souvent?

Publié le 20 Septembre 2017