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Le 21 mai 2018

Littérature et chanson

La chanson sera-t'elle reconnue par les juges officiels de la littérature ?
Jean Ferrat et Aragon : chanson et littérature, un ménage contestéJean Ferrat et Aragon : chanson et littérature, un ménage contesté

C’est le 13 Octobre 2016 que Bob Dylan fut nommé Prix Nobel de littérature, une bombe dans la tour d’ivoire de la  littérature mondiale. Scandale pour les uns, étonnement pour les autres. L'on ne peut s'empêcher de penser que ce fut un acte provocateur.

En France, presque simultanément le slameur Gaël Faye recevait le Goncourt des lycéens avec « Petit Pays ». Le chanteur Raphaël avec « Retourner à la mer » recevait lui aussi le prix Goncourt de la nouvelle.

La chanson est-elle une discipline artistique au même titre que la littérature ?

Après la grande dispute entre Guy Béart et Serge Gainsbourg sur la place de la chanson dans les arts, beaucoup se sont secrètement rangés à l’opinion de Gainsbourg. La chanson est un art mineur.
Mais l’histoire remonte loin, et elle est complexe. Djian, Modiano, Sagan ont écrit des chansons. Des chanteurs aussi ont écrit leurs livres : Yves Simon, Nick Cave, Katerine.
L’enchantement, expression à la mode, est lié à la chanson populaire. L’espace temps y joue un rôle, le temps d’une chanson est le temps que l’on s’octroie pour atteindre une humeur : du bonheur à la tristesse, un temps si court que seule la chanson permet.

Pourquoi les chansons nous parlent-elles plus parfois que la littérature ?

La chanson est faite d’air(s). Elle a cette puissance quasi-universelle que la littérature cherche en permanence, elle fait écho à nos habitudes, nos intimités mais touche le plus grand nombre, sans chichi (sans doute même aussi ceux qui la dénigrent). Souvent, c’est la simplicité même des chansons qui leur confèrent cette fulgurance.
Plus simple, tu meurs; plus vrai, c’est impossible; plus subtil, oui c'est souvent possible. Pour le reste, pour sortir de ces petites melodies qui trottinent dans la tête qui disent ces vérités, il faut sans doute entrer en littérature.

La chanson peut-elle être une étape vers une forme de littérature ?

Brel, Ferrat, Barbara, Cabrel, Brassens, Ferré, Bashung, Lavilliers, Perret sont troublants… la musique et la mélodie les engluent-ils parfois, les retardent elles dans leurs talents de poètes ? …Aujourd’hui sont venus les rejoindre dans les séquences d’enseignement  "Grand Corps Malade", et d’autres encore :  "M" dans la famille Chedid (tiens des écrivains...). On les étudie en classe, les rues portent leurs noms. On relit leurs textes.

Les Poèmes sont ils une mélodie ?

Nombre de poèmes, utilisant la répétition de syllabes portent en eux une mélodie. Ce sont souvent des textes  de qualité qui permettent une lecture isolée de la musique.
En empruntant au mime, au théâtre, à la musique et à la poésie ; la chanson a cette particularité par delà sa parenté avec la littérature d’être le reflet instantané de notre vie, de ses joies et de ses humeurs. En prise directe avec les âmes.

 

 

La Légende de la nonne interprétée par Brassens est un poème de Victor Hugo.

Publié le 21 Juillet 2018

Une chanson, c'est à la fois un texte et une mélodie, le tout porté par un interprète. Alors littérature ou pas?
Quand les Beatles entonnent "all you need is love" sur un fond de Marseillaise, tout le monde reprend joyeusement en choeur mais personne n'ira prétendre que c'est de la littérature, cependant le "Imagine" de John Lennon pourrait bien être un poème.
Brel, Brassens, Barbara, Trenet, Gainsbourg et plus près de nous MC Solaar ou Arno sont sans aucun doute des poètes. Et la poésie, c'est bien de la littérature, non?
Parfois, la poésie est rendue accessible par la mise en musique. Ainsi je n'ai jamais pu me réciter "le serpent qui danse" de Baudelaire sans fredonner la mélodie de Gainsbourg car c'est la chanson qui m'a amenée à ce poème.
https://www.youtube.com/watch?v=Wdp1kI5sA6Y

Publié le 28 Mai 2018

Bonjour les amis,

Je vous donne le lien ici, de mon album.
https://soundcloud.com/romano-prodmusic/sets/mo-chasse-coeur

J'ai commencé par la music avant la littérature. Les deux pour moi sont totalement diffèrent. La musique demande beaucoup de moyen financier, si l'on souhaite atteindre un résultat pro. Un livre coute beaucoup moins cher. Il est plus facile de sortir une composition musicale, que de sortir une nouvelle de soi. En somme faire une chanson c'est facile, la rendre commerçable, le parcours du combattant, et c'est l'inverse pour la littérature.

Publié le 25 Mai 2018

@Michel CANAL, merci, Michel, c'est toujours un plaisir d'échanger avec toi, tout comme avec Philippe, d'ailleurs, même si c'est moins fréquent... mais "talent et culture" lui vont mieux qu'à moi qui ai trop longtemps fait la cigale pour en être dotée ;). Bises et bonne journée. Michèle

Publié le 25 Mai 2018

Eh bien @Pantinois et @lamish, combien m'avez-vous instruit à vous lire ! Je suis allé par curiosité intellectuelle sur ce bel article de monBestSeller qu'il me semblait intéressant de lire pour ma culture. Vous avez fait là, l'une et l'autre, une brillante démonstration de votre culture et de votre talent.
Merci infiniment pour ce que vous m'avez apporté.

Publié le 25 Mai 2018

@Pantinois, j'ai fait un heureux aujourd'hui et vais pouvoir dormir du sommeil du juste... Ça aussi ça vaut son pesant de cacahuètes, merci :) ! Amicalement. Michèle

Publié le 23 Mai 2018

Mon ange je t'ai haï
je t'ai laissé aimer d'autres que moi
Un peu plus loin qu'ici
Mon ange je t'ai trahi
tant de nuits alité
que mon cœur a cessé
de me donner la vie
si loin de moi...

des armées insolites,
et des ombres équivoques,
des fils dont on se moque,
et des femmes que l'on quitte
des tristesses surannées
des malheurs qu'on oublie
des ongles un peu noircis

mon ange je t'ai puni
à tant me sacrifier
icône idolâtrée

immondices à la nuit
mon ange je t'ai haï
je t'ai laissé tuer
nos jeunesses ébauchées
le reste de nos vies
si loin de moi...

mes armées insolites
et des ombres équivoques
des fils dont on se moque,
et des femmes que l'on quitte
des tristesses surannées
des malheurs qu'on oublie
des ongles un peu noircis
mon ange je t'ai Haï

///// Des mots à la densité de plomb, au délicieux spleen... Une huile essentielle... Une fulgurance d'une incroyable beauté.

Bashung disait : "Je suis un autiste compositeur". Et moi j'applaudit et je crie : "Chapeau l'autiste".
Gainsbourg, dans un répertoire plus léger, privilégiait les plaisirs de la vie et les jeux de mots.
Et tant de chanteurs encore qui n'ont rien à envier aux arts majeurs. Ils m'ont parlé, rassurée, aidée, remonté le moral, fait pleurer, toucher le fond, remonter et danser de joie.
Ceux qui dénigrent cet art ont souvent le grosse tête, et le mépris associé. Ils n'admettrons jamais que leur cœur a battu au son d'une chanson populaire, de peur du qu'en dira-t-on. Une petite anecdote m'a fait sourire, lors de la sortie de la chanson de Christophe Maé, "Il est où le bonheur". J'ai partagé sa vidéo sur Facebook, et un auteur l'a aussitôt liké et commentée, suivi d'une intello frustrée qui a commenté désobligeamment. Eh bien l'auteur en question, assailli par une honte idiote, à supprimé son com. Réaction basique qui m'a évoqué une cour d'école primaire ;).
Les intellos élitistes et méprisants compensent souvent leur incapacité à assumer leurs émotions, les frustrations issues de la comparaison, en mystifiant. Mais ce faisant, ce sont eux les grands perdants au jeu des joies de la vie.
En conclusion, je copie-colle celle de Philippe, car je ne peux pas faire mieux (désolée, Philippe ;)) : "Quand les mots sont mis au service des idées, des émotions, d’une revendication, d’un combat, d’un hommage ou d’un souvenir. Que le texte soit court ou long, en prose ou en vers, qu’importe ; s’il est bon, il a sa place au Panthéon."
Merci pour ce billet et belle journée à tous. Amicalement. Michèle

Publié le 22 Mai 2018