Alfred de Musset, amant et tortionnaire de Georges SandTout au long de leur aventure, des nations sont traversées par des bouleversements. Si les humains demeurent les mêmes dans leurs apparences, ils changent dans leurs esprits. Ils abandonnent les anciennes traditions, les anciennes cultures. Un monde nouveau se crée. Quelques communautés tentent désespérément de sauvegarder leurs anciennes vertus. Ils se sentent marginalisés, ils vivent à l’orée de cet univers auquel ils cessent d’appartenir.
Dans ce texte, je m’intéresse uniquement à la mélancolie de ces rescapés de temps oubliés. Leur état d’âme est un sentiment de désillusion et de nostalgie. Une magnifique amertume, une majestueuse tristesse.
Je vous propose de découvrir leurs étranges émotions à travers un parcours historique et littéraire. Il ne porte aucune rigueur historique ou culturelle. Il s’agit simplement de la pensée d’un homme qui vit dans les regrets du passé.
Les deux premiers exemples ont pour objectif d’induire, de manière indirecte, cet étrange sentiment.
Lao Tseu, Tao Te King, Livre 1 Poèmes 16
***
Celui qui est parvenu au comble du vide arde fermement le repos.
Les dix mille êtres naissent ensemble ; ensuite je les vois s’en retourner.
Après avoir été dans un état florissant, chacun d’eux revient à son origine.
Revenir à son origine s’appelle être en repos. Être en repos s’appelle revenir à la vie.
Revenir à la vie s’appelle être constant. Savoir être constant s’appelle être éclairé.
***
Commentaire : On imagine LAO-TSEU au sommet d’une colline contemplant le monde, ceux qui partent et ceux qui reviennent, ceux qui naissent et ceux qui meurent. On l’imagine du haut de sa colline, solitaire, dans les ailes du silence et de la nuit, méditant sur le sens de l’existence et de son éternel mouvement de renouvellement. Il voit des gens qui reviennent après une longue errance, il médite sur ceux qui partent pour une autre odyssée.
Probablement, existait-il, chez Lao Tseu, ce sentiment que j’essaye de décrire.
Marc-Aurèle
***
Le temps que dure la vie de l’homme n’est qu’un point ; son être est dans un perpétuel écoulement ; ses sensations ne sont que ténèbres. Son corps composé de tant d’éléments est la proie facile de la corruption ; son âme est un ouragan ; son destin est une énigme obscure ; sa gloire un non-sens. En un mot, tout ce qui regarde le corps est un fleuve qui s’écoule ; tout ce qui regarde l’âme n’est que songe et vanité ; La vie est un combat, et le voyage d’un étranger ; et la seule renommée qui nous attende après nous, c’est l’oubli.
***
Commentaire : Magnifique pensée sur le sens de la vie. Il se dégage de ces paroles une magnifique amertume, une majestueuse tristesse. On imagine Marc-Aurèle du lointain contemplant les humains, encore une fois, une fois de plus, une fois de trop, les armes aux poings, la haine au cœur, luttant jusqu’à l’anéantissement. La vie est un combat, la vie est le voyage d’un étranger, ce qui nous attend finalement, c’est le sinistre oubli.
À travers ce texte de Marc-Aurèle, ce sentiment que ressentent les délaissées paraît plus clair.
Alfred de Musset
Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.
D’un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte ;
Les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux.
Maintenant le hasard promène au sein des ombresDe leurs illusions les mondes réveillés ;
L’esprit des temps passés, errant sur leurs décombres
Jette au gouffre éternel tes anges mutilés.
Sir Arthur Conan Doyle
Note : dans ces extraits, Sherlock Holmes s’adresse à son ami Watson vieillissant et après des décennies de séparation.
1-Cher vieux Watson ! Vous êtes le seul point fixe d’une époque changeante.
2-Je vous ai à peine regardé en pleine lumière. Comment supportez-vous le poids des ans ? Vous êtes toujours le même enfant joyeux que j’ai connu.
3-Un vent d’est se lève néanmoins : un vent comme il n’en a jamais soufflé sur l’Angleterre. Il sera froid et aigre, Watson ; bon nombre d’entre nous n’assisteront pas à son accalmie. Mais c’est toutefois le vent de Dieu ; et une nation plus pure, meilleure, plus forte surgira à la lumière du soleil quand la tempête aura passé.
4-Mais son honneur ?
– Bah ! mon cher, nous vivons une époque utilitaire ! L’honneur est une conception médiévale.
Commentaire : ces 4 extraits sont issus d’une enquête de Sherlock Holmes jugée mineure, son dernier coup d’archet. Elle est essentielle. Dans ces dialogues, il y a chez Sir Arthur Conan Doyle les amertumes d’une époque révolue dans laquelle l’honneur apparaît en tant que médiéval.
James Joyce, the Dead
À Dublin, chaque année, les sœurs Morkan organisent un dîner au cours duquel des amis proches se retrouvent. Ils échangent les mêmes banalités, refont les mêmes gestes, écrivent le même discours. Pareillement aux autres années, tante Julia, accompagnée au piano, chante un air de Bellini. Cette fois, la voix de Julia est cassée, son visage altéré par l’âge. Ils savent que cette femme est désormais proche du crépuscule de la vie. Le monde des gens de Dublin, comme la vie de Tante Julia, se vide petit à petit. Les invités prennent conscience que leur univers prend fin. Un autre le remplace. Ils sont déjà morts.
De cette nouvelle, John Huston a réalisé un film nostalgique, mélancolique, les gens de Dublin. C’est mon préféré. Dans ce chef-d’œuvre cinématographique, il y a en arrière-plan une chanson celtique, The lass of aughrim. Cette mélodie représente cette douloureuse amertume de ce qui ne reviendra plus jamais.
THE LASS OF AUGHRIM,
If you’ll be the lass of Aughrim
As I am taking you mean to be
Tell me the first token
That passed between you and me
O don’t you remember
That night on yon lean hill
When we both met together
Which I am sorry now to tell
The rain falls on my yellow locks
And the dew it wets my skin;
My babe lies cold within my arms;
Lord Gregory, let me in
Je vous invite à retrouver ce magnifique dernier chapitre de la nouvelle, the Dead, en suivant le lien ci-dessous :
https://jeromevidal.blogspot.com/2007/07/james-joyce-les-morts-extrait.html
Alain Brunner
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Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
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@Phil Lechat
Sauf votre respect...
La Russie ne joue-elle pas le rôle de cet « ennemi nécessaire » dont toute nation a besoin, surtout en l’absence de projet fédérateur ?
Elle veut juste récupérer les oblasts russes et russophones, qui ont voté leur retour à la mère patrie (90% en Crimée sous contrôle de l’UE ). Territoires conservés après la chute du mur, par l’Ukraine qui n'a pas respecté les accords d'autonomie linguistique Minsk 1 et 2.
La France a intégré la Bretagne, l’Alsace, la Corse ou encore l’Occitanie, régions qui étaient pourtant bien moins francophones que ne sont russes les oblasts concernés...
Beaucoup de problèmes et de questionnements passionnants sont soulevés par cette chronique.
Une réponse complète risque de lasser nos lectrices et lecteurs, je vais juste développer 4 points.
1) Oui notre époque est à la fois incompréhensible et horrible ; des guerres de Poutine à la violence vulgaire de Trump . Tout le monde ici partage le constat.
2) Pour ma part j'ai émis quelques réserves sur les références philosophiques taôistes et stoïciennes : elles n'ont rien à voir avec la mélancolie et l'amertume.
3 ) Oui, la compréhension est postérieure (j'assume) et c'est logique il faut du temps et du recul (bis) pour ne pas subir et comprendre la complexité du réel, d'où l'exemple du communisme.
4) Non comprendre n'est pas constater c'est une attitude dynamique qui agit sur le réel !
@Alain T. Brunner
J’avais fait abstraction de votre chronique… Je dois dire, pour être honnête, que je n’en saisis pas vraiment le sens. S’agit-il d’une nostalgie du temps qui file ? De l’âge qui défile ? Des rhumatismes, de la perte du désir, de la séduction ? Sans doute… Mais il faut savoir passer la main, ne pas s’accrocher à la rampe, être beau joueur.
Nous avons eu de belles années, un peu folles. Nous avons profité de la vie — enfin, ceux qui en ont profité ne peuvent pas regretter ces "Trente Glorieuses", cette "Parenthèse heureuse", unique dans l’histoire.
Allons, ne mâchonnons pas notre rancune. Sachons laisser la place, libre et joyeuse, aux générations qui suivent, d’autant que rien n’est facile pour elles.
« Non, rien de rien, je ne regrette rien ! », chantait Édith Piaf, et les soldats vaincus et rieurs qui quittaient le camp de Zéralda après l’échec du putsch d’Alger… J’étais gamin, mais cela m’a inspiré un livre que j’ai tant aimé. "Kabylie mon amour/ Denis Bichet /Amazon.
Foin des récriminations ! Haut les cœurs !
Les boomers (et qq jeunesses dorées qui les ont précédés, Musset-Doyle) seraient-il la première génération de l'humanité biberonnée à l'hyper consommations qui ne veut pas passer le relais, qui s'accroche à une jeunesse éternelle qu'ils ont fantasmée dans leur illusion d'un pouvoir sur le monde ?
@A.P. Gounon
Que d’illusions, que de rêves perdus. La génération des années 60 et, jusqu’au début des années 70, écoutait les Beatles, Bob Dylan. En écoutant Donovan et Joan Baez, en duo, chanter, Colours, je n’ai pu retenir mes larmes.
Cette génération rêvait d’amour et de paix. Partout dans le monde, les gens se révoltaient contre les injustices. Progressivement, ce monde disparaît pour être remplacé par celui du cynisme.
Sir Arthur Conan Doyle, dans une nouvelle, son dernier coup d’archet, évoque un Sherlock Holmes vieillissant ne croyant plus en ses semblables. Il se retire pour se consacrer à l’apiculture. Lorsque les affaires le font revenir et lorsqu’il rencontre son ami de toujours, le Docteur John Watson, il a cette amère constatation, leur monde a changé. « Cher vieux Watson ! Vous êtes le seul point fixe d’une époque changeante. »
Ou encore cette phrase, « Je vous ai à peine regardé en pleine lumière. Comment supportez-vous le poids des ans ? Vous êtes toujours le même enfant joyeux que j’ai connu. »
La vertu du temps de Holmes et Watson est remplacée par une autre utilitaire dans laquelle l’honneur est médiéval. « Mais son honneur ? Bah ! mon cher, nous vivons une époque utilitaire ! L’honneur est une conception médiévale.
Le film, les gens de Dublin, est mon préféré. L’air que chante tante Julia s’appelle, arrayed for the bridal
Merci pour ce témoignage.
Alain T. Brunner.
Bonjour Alain. J'ai beaucoup aimé votre texte, sans doute parce-que je pense être " une rescapée des temps oubliés" comme les gens de Dublin, comme la tante Julia ( j'adore Bellini)...Oui j'ai l'amertume de ce qui ne reviendra jamais, la France de ma jeunesse dont la culture ( qui existait !!!) rayonnait encore. Nous avions des grands écrivains, de merveilleux chanteurs qui chantaient en français, les acteurs les plus beaux du monde. Nous rêvions d'une Europe qui ne ressemblait en rien à celle que nous avons, nous pensions que les guerres de religion appartenait à un passé obscurantiste. Oui, je ne me sens pas à l'aise dans mon époque. Merci Alain pour ce texte qui m'a touchée. Amitiés. Anne
Que personne n’ait prévu la fin de l’URSS ne signifie pas qu’elle n’était pas inéluctable. L’économie soviétique était à bout de souffle. Militairement, elle était dépassée par les investissements et les innovations américaines, ce qui laissait présager une raclée en cas de conflit — un peu comme l’Allemagne nazie s’est effondrée faute d’une production suffisante d’acier, de chars et de munitions lui permettant de résister durablement. Mais qui est allée jusqu'à l'effondrement total par obstination ideologique et la culture du "Gottverdammerung" (Guerriers du Walala).
D’autant que l’adhésion au communisme était sérieusement entamée. Les jeans, le rock’n’roll ont joué un rôle idéologique non négligeable dans cet effondrement.
Le fait que les journalistes et les analystes politiques ne l’aient pas anticipé indique leur aveuglement, leur inculture et cette capacité occidentale à prendre nos désirs pour des réalités...
La Chine ne s’effondrera pas, parce qu’il ne s’agit pas d’un communisme à proprement parler, mais d’un capitalisme d’État, et que leur cuture confucéenne est millénaire (Soumission de l'individu au groupe, résilience et patience...)
Par contre, les théologies radicales sont au bord de l’effondrement, du fait des aspirations de la jeunesse et de l'obsolescence de leurs croyances archaïques en contradictions avec les decouvertes scientifiques et les aspirations des peuples à l'égalité au respect des femmes et à la non-violence... Raison pour laquelle elles redoublent d’agressivité.
De même que les idéologies radicales des minorités intellectuelles "hors sol" s’effondrent partout en Europe.
L'homme a globalement deux problemes :
1)"Ne pas voir ce qu'il voit" disiait Valéry (Paul)
2) Persister dans l'erreur plutôt que la reconnaitre. ("Errare humanum est perserverare diabolicum").
@Catarina Viti ; @Phil Lechat
Je suis désolé d’intervenir dans une discussion qui n’est pas la mienne. Il faut faire attention à la définition selon laquelle la compréhension surviendrait par la suite. Même lorsque l’histoire s’accélère. (Je n’ose utiliser le terme postérieur de peur d’une vanne de la part d’une charmante visiteuse au langage fleuri.)
Votre approche comporte un danger dans lequel la compréhension devient une passive constatation.
Il est déterminant de comprendre et d’analyser les faits au moment où ils surviennent. Mais, ce n’est pas suffisant. Il faudrait les réunir entre eux, et avec d’autres antérieurs (j’ai encore évité le mot postérieur) pour en dégager une conclusion et une clairvoyance. C’est la sagacité qui est en fonction perdue.
Si vous le désirez, je peux vous proposer mon explication sur la fin supposée du communisme.
@Phil Lechat
La compréhension est postérieure, dites-vous. Est-ce que cela signifie que, pour vous, la compréhension est une affaire de cul ?
J'attends votre réponse avec une grande impatience. Culière, cela va sans dire.
@Catarina Viti
Sur le ton de la plaisanterie, enfin les langues se délient.
Prenons garde au sens des mots. Le monde, en lui-même, ne possède aucune existence. Les oiseaux, les forêts, les océans sont des éléments inertes. Ils ne possèdent aucune conscience. C’est par un exercice mental que nous en faisons un ensemble que l’on nomme, le monde. Après, nous rentrons dans la soumission par l’intermédiaire de phrases telles que, le monde est ainsi fait, nous n’y pouvons rien.
Pareillement, pour le chaos. C’est une vision pessimiste et apocalyptique du monde. Plus que le chaos, ce sont des conflits. Ces conflits possèdent des responsables. Ce sont eux les coupables.
J’ai eu l’occasion de voyager au Portugal, les gens réagissent différemment et sont heureux.
Par la suite, j’ai passé quelques semaines dans un pays du Maghreb. Ici, c’est un peu plus facile puisque les gens parlent français. Toute notre vision du chaos, des conflits n’existe pas dans leur mentalité. Lorsque j’ai voulu évoquer ce thème, on me sourit gentiment en me demandant de parler d’autre chose.
C’est par le silence, par la soumission, par les influences qu’ils subissent, par la méchanceté de certains, que des nations créent leur damnation.
Lorsque l’on se penche sur la Première Guerre mondiale. Elle était précédée par une période heureuse, la belle époque. Les Français dansaient, chantaient. Pourtant, par les manipulations, on les conduisit à la guerre.
La raison en est que, en arrière-plan, des discours belliqueux prenaient naissance. Je vous invite, à titre de curiosité, à prendre connaissance des discours irresponsables du kaiser Guillaume II durant l’été qui a précédé la première Guerre mondiale. Après la fin de la guerre, il eut, semble-t-il, cette phrase épouvantable, je n’ai jamais voulu cela. !
Ce qui provoque les conflits, ce ne sera jamais le monde. Ce sera toujours des dirigeants politiques, des intellectuels…, qui s’accrochent au pouvoir désespérément coûte que coûte. Leur folie, leur mégalomanie, feront qu’ils sont prêts à créer ce que l’on appelle le Chaos pour persister dans leurs puissances.
Si l’on veut préserver une paix pour nos enfants et nos petits-enfants, nous devrions faire preuve de vigilance
Le discours de Jaurès à la chambre des députés de l’Assemblée nationale le 7 mars 1895 devrait nous hanter :
Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie, qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d’unité.
@Vanessa Michel
« Si les humains demeurent les mêmes dans leurs apparences, ils changent dans leurs esprits. »
Cette phrase ne possède aucune valeur universelle ou transcendante. Il n’est question que de la durée du restant d’une vie à partir du moment où l’on constate que l’on est plus adapté à un modèle d’existence.
Dans le film, les gens de Dublin, les personnages rencontrent dans leur quotidien des gens divers. Boutiquiers, fleuristes, passants, etc. Au cours d’un dîner, subitement, ils prennent conscience que, Tante Julia qui, depuis sa jeunesse, les enchante par une belle mélodie, est vieillissante. Elle est prête à mourir. Cet instant est déterminant. Ils se rendent compte qu’ils n’appartiennent plus à leur époque. Dans le dernier paragraphe de cette admirable nouvelle et merveilleux film, le personnage principal entre dans une contrition. James Joyce l’a bien rendu à travers le dernier chapitre. Ici, l’entourage externe est toujours le même. Même fleuriste, mêmes boutiquiers, mêmes passants. Mais l’esprit des gens de Dublin a changé.
Comme vous le dîtes, sur le long terme, ce sujet est très vaste. Le fait de parler de votre campagne est très évocateur. D’une certaine manière, vous auriez pu faire partie de cette fiction.
Il y a plein de justesse dans votre réponse. Pourquoi ne pas en faire un article ?
Probablement, ma romance au titre racoleur, veux-tu te marier avec mon papa ? va en ce sens.
Lara Lane est partagée entre la sororité et son rôle de grande sœur. Clarence Kent est dans le déni de son deuil.
Le destin les fera vivre durant huit jours dans une ferme, pour transformer une grange sale en un endroit valable pour le futur mariage d'une cousine.
Lara la grande romantique redécouvre un autre aspect de la vie. C’est la satisfaction de voir cette grange s’améliorer et surtout de pouvoir admirer le résultat de ses efforts du haut d’une colline.
Probablement, y a-t-il chez moi un désabusement. Dans cette romance, des couples amis viennent s’installer dans les alentours. Ils ne peuvent connaître le bonheur que dans cette ferme et en se mettant en retrait.
Merci pour votre commentaire très réconfortant.
@Catarina Viti
Je comprends votre désarroi, mais par définition la compréhension est postérieure, surtout quand l'histoire s'accélère.
Par exemple, personne n'a vraiment compris la chute du communisme et même maintenant l'événement reste en partie incompréhensible.
Que faire ?
Se changer soi et rester méfiant face aux fariboles de la tech !!
@Alain T. Brunner
J’aurais tant voulu avoir des commentaires sur le fond. C’est-à-dire sur des personnes qui se sentent désorientées par une époque qu’ils ne comprennent plus.
*
En ce qui me concerne, je n’ai jamais, pas une seule seconde, « compris » le monde dans lequel je vis. (Cela m’a toujours rassurée, car comprendre le chaos et la démence n'est pas le meilleur signe.) J'ai essayé de m'y déplacer en évitant la casse, les tuiles, et maintenant, avec l'âge, je ne m'en préoccupe plus. Je suis devenue "regardeur". Comme Candide, je cultive mon jardin en m'efforçant de réduire au maximum mon empreinte carbone.
Mais bien entendu, je dis là mon sentiment non sur le « monde », mais sur la société humaine.
Je lui préfère, et de loin, la vie. Contrairement aux élucubrations humaines, la vie est une magnifique musique dont la mélodie n’a pas varié d’une note depuis le départ. C’est une musique répétitive, lancinante, relaxante, une berceuse rassurante.
Je laisse volontiers le "monde" à tous ceux qui pensent avoir quelque chose à faire, à dire, à prouver.
Merci pour votre article.
Sur la thématique du temps, @Alain T. Brunner, je vous propose d'ajouter à votre contenu " Goupi Mains Rouges ", à la fois roman de Pierre Véry (1937) et film de Jacques Becker (1943). Drame familial et policier dans les Charentes et dans la campagne " profonde " - Un des éléments importants de l'histoire / l'intrigue tient dans la recherche d'un trésor caché, appartenant à cette famille paysanne (les Goupi), dont seul l'ancêtre, (le patriarche, dit " L'Empereur ") connaît la cachette. Personne ne sait où est ce trésor, et pourtant tout le monde l'a sous les yeux tous les jours ... et même l'entend en fait. Je ne divulgâche pas la réponse (mais nombreux doivent connaître ce dont je parle) - mais nous sommes bien dans cette thématique du temps, à la fois un poids "inexorable", à la fois une richesse "infinie", un moteur ou un frein, une liberté ou un asservissement, tout dépend du prisme avec lequel on se l'approprie.
Bonsoir,
Quel vaste sujet !
Vous écrivez : « Si les humains demeurent les mêmes dans leurs apparences, ils changent dans leurs esprits. »
C’est étrange, parce que j’ai toujours eu l’impression exactement inverse : celle que les technologies évoluent, les apparences se transforment (notamment par les modes), mais que les esprits demeurent strictement identiques. L’homme n’évolue pas tellement, si ? Un exemple : les guerres.
La plupart des citations évoqueraient plutôt le cycle de la vie ; le poids du temps qui passe...
Peut-être manque-t-il un angle important ? Par-delà ce qui disparaît (je travaille sur ce thème), il y a ce qui apparaît : les changements qui sont pour certains surprenants, pour d’autres, bouleversants, enthousiasmants, angoissants…
Les mondes qui meurent s’enfuient peu à peu et sont remplacés « progressivement ».
Chaque homme aborde la passerelle du changement à sa manière, certains courent vers l'avenir ; d'autres prennent leur temps ; d'autres reculent franchement. On peut le constater avec l’I.A. : utilisateurs occasionnels ; frénétiques ; récalcitrants…
(...)
(...)
Merci pour cet article @Alain T. Brunner.
Bien cordialement.
@Alain T. Brunner
Désolée, je ne lis plus les articles, rubriques et autres saperlottes : ça me fait mal aux gencives. Je préfère lire les commentaires, c'est souvent plus marrant. Maintenant, je n'ai aucun avis sur le monde qui s'en va (nombreux sont ceux qui ont noté assez justement que j'avais la cervelle d'une moule) ; en revanche, je trouve que le monde qui vient ferait bien de repeindre d'avance ses toilettes. En effet, tout laisse à penser que ça va chier.
Encore une fois, désolée.
@Jézabel Foutredieu
Voici un commentaire sarcastique mais sans méchanceté. Si vous lisez mon article, vous observerez qu’il n’est certainement pas question de Lao Tseu. Malgré moi, la conversation a pris une direction vers cette personne.
J’aurais tant voulu avoir des commentaires sur le fond. C’est-à-dire sur des personnes qui se sentent désorientés par une époque qu’ils ne comprennent plus.
Parmi mes interrogations, ce sentiment existe-t-il réellement ? Ne l’ai-je pas inventé alors qu’il n’existe pas ? J’aurais tellement voulu avoir de réponse sur ce sujet. Cela m’aurait aidé énormément.
J'ai oublié : c'est une traduction de Raoul de la Guêpière, l'inventeur du mouche-bébé.
Moi, ce que j'aime bien chez Lao Tseu, c'est cette forte pensée : "L'homme est un ludion sur une plaque de verglas. De quelque côté qu'il dirige ses pas, il glisse et rentre en pleurnichant chez sa mère".
@Alain T. Brunner (je ne me permets ces interventions que pour Lao Tseu — mdr)
Je pense comprendre d’où vient le problème : de la traduction. Selon toute vraisemblance, Stanislas Julien n’avait aucune formation lui permettant de traduire ces textes. Il a dû en baver, mais il est passé à côté — très loin — du texte (que je ne prétends pas comprendre).
Je vous suggère, si cette œuvre vous intéresse, de vous référer à des traductions plus proches de l’idée chinoise. Léon Wieger sait de quoi il parle. François Houang et Pierre Leyris ont faire un remarquable travail. Claude Larre, bien entendu (des décennies passées en Chine, à tel point qu’il avait fini par en avoir les yeux bridés, un éminent chercheur en Symbolique : sa version est incontournable et de plus, son édition montre le texte en chinois, car, même si je n’y comprends rien, même quand il nous lisait reMDR, une chose est certaine : il existe plusieurs manuscrits et ils ne disent pas tous exactement la même chose). Aussi surprenant que cela puisse paraître le petit Folio avec un citron sur la couverture, traduit par Kia-hway Liou, est excellent
@Alain T. Brunner
Oh je ne prétends pas être un maître du tao, personne ne l'est !
Simplement le concept du détachement est présent dès le chapitre 7 et est la condition même du non-agir et de l'identification aux êtres :
Le Maître reste en retrait ;
c’est pourquoi il est en avance.
Il est détaché de toutes choses ;
c’est pourquoi il est un avec elles.
Parce qu’il s’est libéré de lui-même,
il est parfaitement accompli.
Pour le stoïcisme c'est différent ; j'ai longuement étudié Épictète et il ne faut pas confondre vertu et acceptation du destin et détachement.
On ne se détache pas du monde, on ne fait qu'un avec lui et on comprend et accepte son cours.
@Phil Lechat
Honnêtement, je ne connais pas le Taoïsme. Toutefois, je me méfie des adeptes d’un sage qui pourraient transformer sa pensée en un dogme sectaire. Ceci arrive fréquemment. Mais, je peux me tromper.
Le non agir est un détachement actif qui provoque une réaction. Un problème est le sens des mots dont la signification change au décours des temps.
@Catarina Viti
Il est vrai que c’est une lecture subjective de ma part. Je base mes sentiments sur ce passage :
« Les dix mille êtres naissent ensemble ; ensuite je les vois s’en retourner.
Après avoir été dans un état florissant, chacun d’eux revient à son origine. »
J’imagine mal Lo Tseu insensible à ce départ et à ce retour. Si eux partent, lui reste.
Mon propos concerne un état d’âme possible chez ce sage. Personnellement, je le vois. Mon article n’est pas une réflexion sur le Tao te King mais plutôt une certaine émotion à l’idée d’un sage qui regarde les gens partir et revenir.
@Alain T. Brunner
En dehors de Lao-tseu, tout le taoïsme est une école du détachement.
Pratiquer le non-agir c'est se détacher de tout ce qui importe aux hommes et surtout ne jamais sombrer dans la mélancolie.
Pour Épictète ce qui importe n'est pas le détachement mais l'acceptation de la volonté de Zeus,(même si elle aboutit à la mort de mon enfant) en règle générale le philosophe stoïcien se retire et affermit sa vertu, pour lui le monde est réel et il ne veut faire qu'un avec lui jamais s'en détacher.
@Fiorina Salerno
À dire vrai, le temps en soi ne possède aucune existence. En dehors des poètes !
Dans mon article, il est question de personnes qui n’appartiennent plus à une époque. Parce que, justement, ils n’ont pas changé. Inversement, la société, elle, a évolué. Ce qui est important, ce n’est pas le rejet par une société, mais le fait que cette communauté ne veut plus de ce modèle nouveau. Lorsqu’ils arrivent à cette condition, tout devient dérisoire. Cela est exprimé de façon magistrale dans le dernier chapitre de la nouvelle, les gens de Dublin de James Joyce.
En rédigeant ce texte, je ne pensais qu’il déclencherait des réactions de nostalgie. Cette belle nostalgie.
Éventuellement, voici un lien pour télécharger l’article complet il y a des références intéressantes. Particulièrement le texte intégral de ce beau dernier chapitre. Ainsi que des explications concernant la chanson citée. Les références ne sont pas de moi.
https://alaintbrunnerecrivain.wordpress.com/wp-content/uploads/2026/01/etats-dames-et-litterature-a5-2.pdf
@Phil Lechat
Merci infiniment.
En fait, c’est un article que j’ai rédigé à plusieurs reprises. La dernière version contenait 9 pages. Je devais le raccourcir en retirant, éventuellement, la citation de Lao Tseu.
À ma connaissance, Lao Tseu n’est pas un sage du détachement, mais plutôt du non-agir. Le détachement se retrouve chez Épictète qui dit que, à chaque fois que tu embrasses ton enfant, dis-toi qu’il peut mourir à tout instant. Personnellement, je trouve cela horrible.
Comme je le dis, les deux premiers exemples ne sont que pour induire cette idée d’amertume et ne représentent pas la philosophie de Marc-Aurèle ou encore celle de Lao Tseu.
Merci, votre remarque m’a permis d’éclaircir ce point. Ou du moins je le pense.
Si ce sujet vous intéresse voici un lien pour télécharger mon article complet
https://alaintbrunnerecrivain.wordpress.com/wp-content/uploads/2026/01/etats-dames-et-litterature-a5-2.pdf
Voici déjà une traduction de ce poème si triste.
LA FILLE D’AUGHRIM, JAMES JOYCE
Si tu es bien la fille d’Aughrim
Comme tu prétends l’être
Viens me dire quel fut le dernier gage
Qui fut échangé entre toi et moi.
Oh Gregory, ne te souviens-tu pas
De cette nuit là-bas sur la maigre colline ?
Quand nous nous rencontrâmes,
Souvenir dont le rappel m’attriste.
La pluie tombe sur mes mèches blondes
Et la rosée, elle mouille ma peau.
Mon bébé dans mes bras est glacé.
Lord Gregory fais-moi entrer
Traduction : Jacques Aubert
Et si le temps, plutôt que passer, nous traversait. Il s’écoulerait en nous, creusant lentement d’invisibles galeries. L’accumulation des instants déposés dessinerait une architecture secrète dont nos souvenirs seraient les fondations. Le temps nous façonne, patiemment, sans bruit. Rien ne lui résiste, sauf l’intensité d’un instant pleinement vécu, capable, un bref moment, de suspendre sa marche.
Le sens qu'on peut attribuer au chapitre 16 :
Le Sage est celui qui a atteint le Vide Médian (la Vacuité). Pendant que la vie agite la Création (les dix mille êtres), seul celui qui se tient dans le Vide Médian peut à la fois contempler leur venue et leur retour, c'est-à-dire contempler l'interpénétration du Yin-Yang. Autrement dit encore : l'être accompli fait un avec le mouvement universel.
Seuls sont à prendre en compte les premiers vers, la suite n'est que commentaires tardifs.
Article très intéressant.
J'aurai juste quelques réserves pour le Tao.
Amertume et mélancolie sont des formes d'attachement au monde.
Or Lao-Tseu prône le parfait et absolu détachement !