Pangram m'a tuer

8 pages de Michel Laurent
Pangram m'a tuer Michel Laurent
Synopsis

Une IA peut désormais décider, en quelques secondes, qui est écrivain… et qui est une machine. Avec Pangram, l’oracle algorithmique distribue ses verdicts sans jamais expliquer ses calculs et avec une assurance déconcertante.

Un petit test, quelques IA concurrentes et un peu d’ironie plus tard, une question demeure : sommes-nous vraiment prêts à confier notre jugement à la première boîte noire venue ?

1 Octobre : petite note ajoutée (qui n'a rien à voir avec le sujet - encore que...)

Publié le 29 septembre 2026

Les statistiques du livre

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16 commentaires , 4 notes
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@gaspard-off
À force de voir des robots partout, je commence à me demander si ma mère n’en était pas un elle-même. Autonomie, mémoire intégrée, capacité à détecter mes conneries à 200 mètres… -)

Je plaisante : un robot, au moins, on peut le redémarrer. Hélas, pour ma mère, c'est définitivement impossible.

Publié le 02 octobre 2026

La démonstration est faite @Michel Laurent, que vous écrivez comme un robot ! En témoigne votre analyse stylistiquement mécanique de huit extraits du roman incriminé. On ne peut pas atteindre un tel degré de sophistication sans posséder un outillage rhétorique hors de portée de l'humain actuel. Je soupçonne d'ailleurs que l'ensemble de votre existence ne soit qu'un montage élaboré de rouages algorithmiques.
Votre réflexion est honnête et franche, et elle révèle avec envol le cynisme infini du capitalisme qui transforme tout en argent comptant, même les pires crises. "C'était ça ou mourir" se vend comme jamais, Pangram a acquis une renommée inespérée, et sur les forums les lecteurs se déchaînent et se déchirent. Un auteur de thriller machiavélique aurait pu imaginer tout cela comme un montage. À mon avis, les plus avilis par le procédé restent les éditeurs, et les plus menacés, tous les travailleurs de la culture, de l'intelligence et de la création.
Merci pour cette démonstration édifiante.

Publié le 02 octobre 2026

@Jean Noel Romancier
Je suis effectivement un « habitué » des lieux, au sens où quelques années d’ancienneté me permettent de prétendre au statut enviable de vieux meuble du salon. Cela ne me confère évidemment aucune qualification pour délivrer ici le moindre avis « autorisé » (je dois avouer que je suis ravi que personne ne m’ait jamais donné le droit d’être autorisé à quoi que ce soit !)

Pour les commentaires et les notes, ton constat est malheureusement juste. Depuis de longs mois, les avis de lecteurs se font de plus en plus rares. Manque d’intérêt ? Paresse ? Crainte du débat et de la polémique (il y en a eu ici de particulièrement gratinées) ? Je n’en sais rien. Mais je le déplore comme toi.

La moins mauvaise méthode, semble-t-il, pour susciter l’intérêt des autres sur ses propres écrits est de soi-même commenter nombre d’autres écrits sur ce site. Le résultat est évidemment loin d’être garanti, mais, comme le proclament les oracles publicito-statisticiennes : « Tous les gagnants ont tenté leur chance. » Ce qui est une façon élégante de dire que les perdants aussi.

Autre difficulté : un certain nombre de lecteurs potentiels ne veulent pas lire d’extraits. Va savoir pourquoi. Peut-être ont-ils peur d’y prendre goût.

Quant aux compteurs, je serais assez prudent. Ils ne comptabilisent pas de véritables lectures, mais de simples clics sur la page du livre. Il existerait même diverses méthodes pour faire grimper artificiellement ces chiffres. Dans quel but ? Le mystère reste entier. Peut-être existe-t-il quelque part un grand maître des compteurs qui remet des médailles aux livres les plus cliqués.

Bref, je suis désolé de ne pouvoir t’apporter une réponse efficace à ton interrogation. J’espère avec toi que le vrai lecteur, espèce en voie de disparition, pourra bientôt accéder au rang d’espèce protégée.

Publié le 02 octobre 2026

@Michel Laurent Merci pour le "mea culpa". Autant ne pas être aussi catégoriques que ces machines-machins...
Pour le reste, certes, quelques uns ou unes résisteront. Les autres iront vers le moindre effort. Hélas.

Publié le 01 octobre 2026

@Michel Laurent
Merci pour ta réponse
Je crois en effet que personne n'a pensé à cet angle et pourtant je te garantis que nous sommes en bonne voie pour une privatisation de notre langue et donc une interdiction (par le droit ou la diffamation) d'écrire
J'écris un manifeste sur le sujet ... si tu es intéressé je veux bien partager...

ps : toi qui semble habitué de ces lieux que je découvre ... mon extrait de livres accumule les lectures mais aucun commentaires ni notes ... normal ? à qui m'adresser ?

Publié le 01 octobre 2026

@Clarisse Balsamo
Je vous fais mes plus rampantes et néanmoins himalayennes excuses, m’dame : vous ne prétendez pas en effet savoir, vous dites simplement ce que vous avez ressenti à la lecture. Et cela n’a rien à voir avec l’avis d’un Alfred Pangram transformé en détecteur de mensonges homologué par le Vatican.

Sur le reste, je vous suis assez volontiers, même si je freine un peu avant le grand plongeon apocalyptique. Que l’IA pille, corrige, écrive, lise et finisse peut-être par commenter nos commentaires ne signifie pas forcément que nous allons tous rendre notre cerveau aux Tech Bros.
L’humanité a certes une belle aptitude à déléguer ce qui l’ennuie, mais aussi une fâcheuse tendance à contester et à vouloir donner son avis quand personne ne le lui demande.

Pour le « sentir », en revanche, je vous accorde volontiers que nous avons encore quelques longueurs d’avance. Enfin… pour l’instant. L’IA saura probablement bientôt nous expliquer en trois points pourquoi nous avions tort de le croire, avec un emoji à la fin.

Publié le 30 septembre 2026

@Michel Laurent S'cusez moi, m'sieur, mais je n'ai jamais écrit que la prose de Thélyson Orélien était indubitablement de l'IA. Je n'en *sais* fichtre rien. Ce que je *sens*, c'est qu'elle m'a semblé très proche d'un verbiage creux façon LinkedIn, et hélas ! très éloignée des dithyrambes qui ont accompagné sa publication française. Si ce n'est pas de l'IA (ce qui est à mon avis improuvable à coup sûr, les Pangram et consorts n'ayant rien de fiable par leur essence même), ce texte ressemble à ces récits pauvres de style, formatés pour un lectorat de 2026. Et très proche de "machins" dont on m'a assuré que c'était de l'IA.

Plus généralement, le serpent se mord déjà la queue : l'IA pille (rageons !), l'IA juge (ignorons !), l'IA corrige (rions jaune !) et l'IA lit et lira... et les humains, bernique ! puisque l'IA fait/fera tout. Opération "débranchez les cerveaux" parfaitement réussie par les "Tech Bros" qui pourront vendre d'autant plus rapidement leur daube puisque plus personne ne sera capable de réfléchir et d'analyser. De sentir, aussi ?

Sur ce, je retourne à mon Giono ("Le moulin de Pologne", si vous voulez tout savoir.)

Publié le 30 septembre 2026

@jézabel niel
Vous avez raison : l’affaire devient franchement inquiétante. L’IA écrit, lit, juge… Il ne lui manque plus qu’un tribunal, une robe noire et un petit verre de pastis à l’audience.

Mais votre conclusion me rassure : si l’avenir de l’humanité se joue entre les poules de Mme Viti et une daube provençale mijotant sur un coin de poêle, je veux bien continuer à croire au progrès. À condition, bien sûr, que l’IA reste à distance respectable de la cocotte. On ne sait jamais : elle serait capable d’en analyser la recette, d’en corriger la cuisson et, dans la foulée, de nous expliquer que la daube n’a jamais existé.

Publié le 30 septembre 2026

@Lilischuman
Merci beaucoup pour ce commentaire. Vous mettez le doigt sur un aspect essentiel de ce débat : à force de prêter à l’IA des pouvoirs presque surnaturels, nous finissons parfois par nous méfier davantage les uns des autres. Si mon texte pouvait contribuer, à sa mesure, à remettre de la nuance et de bon sens dans tout cela, j’en serais ravi.

Publié le 30 septembre 2026

@Jean Noel Romancier

Tu mets effectivement le doigt sur quelque chose d’assez vertigineux et auquel, je l’avoue, je n’avais pas pensé.

Si je comprends bien la logique de Pangram, il ne suffirait donc plus qu’une IA écrive un texte pour qu’on le lui attribue : il lui suffirait de déclarer qu’elle l’a écrit. Et nous voilà priés de ne plus réutiliser ses phrases, ses tournures, voire ses mots, puisqu’ils seraient devenus sa propriété !

On en arrive à une conception assez étonnante du droit d’auteur : « Je n’ai pas écrit votre texte, mais je le reconnais comme mien, donc vous l’avez plagié. »

À ce rythme-là, l’IA finira par déposer la langue française tout entière. La prochaine étape est toute trouvée : Pangram lira Madame Bovary, déclarera que c’est d’elle, et nous aurons enfin la preuve que Flaubert écrivait avec ChatGPT.

Publié le 30 septembre 2026

@Michel CANAL

Merci, Michel, pour votre commentaire.

Ce serait aujourd’hui un combat d’arrière-garde que de se déclarer, en bloc, « pour » ou « contre » l’IA. Elle est là, et nous ne remonterons pas dans le train pour repartir dans l’autre sens. Reste à chaque domaine d’activité à inventer les usages qui pourront en être faits, de manière positive, intelligente et créative.

Je suis toujours un peu effaré de voir certains enseignants - ou plutôt ceux qui leur dictent les règles pédagogiques à suivre - consacrer autant d’énergie à mettre au point les outils les plus performants pour débusquer l’usage « frauduleux » de l’IA dans les devoirs. Ne serait-il pas plus fécond de se demander comment cet outil pourrait conduire à inventer une autre pédagogie, voire à repenser ce que signifie apprendre ?

Dans le domaine de l’écriture, il me semblerait en revanche assez sain que chaque auteur indique, en tête de son texte, dans quelle mesure il a eu - ou non - recours à l’IA. Si certains lecteurs trouvent une vraie satisfaction à lire un texte qu’ils savent écrit par une machine, pourquoi les en priver ? La transparence me paraît plus intéressante que la chasse aux sorcières. Après tout, y a-t-il une différence ontologique entre un Pierre Lemaitre remerciant les dix ou vingt personnes qui l’ont aidé à réunir la documentation de son roman, et un Lucien Tartempion reconnaissant avoir consulté ChatGPT pour établir la chronologie des rois de France et se rappeler si Clovis avait bien pensé à faire baptiser tout le monde avant le déjeuner ?

Dans un cas, on appelle cela de la documentation. Dans l’autre, il faudrait donc aujourd’hui parler de tricherie. Ce n’est pas très sérieux.

Publié le 30 septembre 2026

L'IA écrit, l'IA lit, l'IA juge et décide : la boucle est bouclée. Et vous trouvez qu'il n'y a pas là de quoi rire ? L'Homme (celui avec un grand h) court depuis toujours à sa perte. C'est même son sport favori. On a d'ailleurs écrit mille jolies choses là-dessus, et la mythologie n'a pas été en reste. Mais il demeure peut-être un espoir, tout petit : caresser avec elle les poules de Mme Viti, être invité par elle à partager une daube provençale mijotée sur le coin de son poêle.

Publié le 30 septembre 2026
3
J ai apprécié votre analyse sur une actualité qui impacte tout le monde en ce moment, qui rend malheureusement les gens suspicieux et élève au rang de divinité des logiciels d'IA.
Publié le 30 septembre 2026
3
@Michel Laurent, j'avais oublié qu'un commentaire n'attribue pas de ❤️, je répare cette erreur. Il faut se dire qu'on n'est qu'au début d'une nouvelle révolution. L'IA est (déjà) et sera encore plus le pire et le meilleur, tant ses capacités sont immenses, avec hélas une capacité de nuisances qui a de quoi effrayer, admise déjà — à raison — par ses créateurs. Pour nous auteurs, résistons à la tentation de l'utiliser pour rédiger à notre place, ce qui serait tricher et susceptible de porter un tort aux écrivains, comme le fait divers impactant Thélyson Orélien, à tort ou à raison. Merci pour avoir posé le problème, qui fera débat. MC
Publié le 29 septembre 2026
3
Parfait !!! un tout petit détail à ajouter à ce texte magistral : C'est pire que ce tu crois ! En effet en décrétant que ton texte, celui d'orelien, le mien etc sont 100 % IA, pangram déclare que ni toi, ni moi, ni aucun écrivain ne doit plus jamais utiliser les phrases, les constructions et peut-être même les mots de ces textes (en gros NOS textes) puisqu'ils sont LA propriété d'une IA que nous ne connaissons pas ! Et que tous auteur qui tenterait de les utiliser serait un plagiaire ! En résumé l'IA (ici notre ami commun Pangram) n'a pas besoin d'écrire pour être l'auteur d'un texte, il lui suffit de lire TON texte et de déclarer (sans preuves !) que c'est le SIEN ! Merveilleux et étonnant ... moi qui pensait avoir tout vu !!!!
Publié le 29 septembre 2026

@Michel Laurent, il faut se dire qu'on n'est qu'au début d'une nouvelle révolution.
L'IA est (déjà) et sera encore plus le pire et le meilleur, tant ses capacités sont immenses.
Internet était une première étape, on a vu ce qu'elle pouvait générer avec les réseaux sociaux et les hackers. L'intelligence artificielle a une capacité de nuisances qui a de quoi effrayer, admise déjà — à raison — par ses créateurs.
Pour nous auteurs, acceptons son utilité sidérante d'analyse et de synthèse (ce que j'ai fait), mais résistons à la tentation de l'utiliser pour rédiger à notre place, ce qui serait tricher et susceptible de porter un tort aux écrivains, comme le fait divers impactant Thélyson Orélien, à tort ou à raison.
Merci pour avoir posé le problème, qui fera débat.
Au passage, bonne fête. MC

Publié le 29 septembre 2026

Merci @Alain Lamoliatte pour ce message et ces voeux ! Votre histoire m’a fait sourire. Votre professeur avait inventé le détecteur d’IA avant tout le monde… sauf qu’à l’époque, l’algorithme s’appelait simplement « méfiance envers un élève trop brillant » !

Et je vous rejoins sur cette idée du moule : il y a toujours eu quelque chose d’un peu suspect, aux yeux de certains, chez ceux qui ne rentrent pas tout à fait dedans. Aujourd’hui, le moule est peut-être plus petit, mais heureusement, il reste encore quelques récalcitrants pour l’agrandir un peu !
Je compte en effet continuer à scribouiller avec plaisir, tout en gardant précieusement quelques « modestes manuels de la scribouille » à portée de main.

Amitié.

Publié le 29 septembre 2026

Merci @Catarina Viti pour ta bonne fête ! Quant à ton fameux DI, il ferait peut-être aussi merveille dans les bois, à condition qu’il sache distinguer une truffe d’un étouffe-chrétien ! -)

Publié le 29 septembre 2026
3
Bonne fête Michel. Quand j'étais au lycée en 5° (et oui à l'époque on pouvais entre au lycée en 6°), j'ai été collé par mon professeur de français sous le motif que ma rédaction était trop "parfaite" pour un enfant de 11 ans. Pendant cette colle, il m'a fait rédiger une autre rédaction in situ (en live diraient les djeuns). Au résultat j'ai eu un 20/20. Qu'aurait-on dit aujourd'hui ? IA, bien sur. De tout temps, ceux qui sortent du moule sont pontés du doigt. Et Dieu sait qu'aujourd'hui le moule est de plus en plus petit. Je ne juge pas le livre incriminé, ne l'ayant pas lu, je ne juge pas votre réflexion, je juge les juges (donc je). Je fais des essais avec l'IA et il faut avouer que c'est quand même bien foutu. Continuez à écrire et à lire les modestes manuels de la scribouille comme moi. Amitié, Alain ( de la tribu des Alanus).
Publié le 29 septembre 2026

Salut à toi, Michel.
J'ai balancé ton morceau de texte à mon DI (détecteur intuitif).
Son verdict est sans appel : 100% estouffe-gari .
Je rigole bien entendu, c'était juste l'occasion de te souhaiter bonne fête.

Publié le 29 septembre 2026