Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

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3
Ce qui saisit dès les premières pages, c'est l'odeur. La sueur des cuisses maternelles sur le canapé du salon, l'aigre-doux de mademoiselle Rousset, la levure des culottes remontées de la corbeille à linge. Vous écrivez d'abord avec le nez, et cette matière ne s'invente pas. Votre narrateur ne s'excuse de rien, ne s'explique de rien. Ni le fils repenti ni la victime en quête d'un thérapeute — un homme qui regarde son enfance et rend compte de ce qu'il a vu, senti, désiré, avec une honnêteté rare. Le roman-photo Satanik ramassé dans un box de grenier, la nuit à Belgrade où la main s'arrête in extremis, le matelas éventré à coups de ciseaux avec deux épluchures de banane — tout cela est écrit avec un sérieux qui ne cède ni à la provocation ni à la gêne. La phrase est longue, tendue, elle épouse le tempo obsessionnel du désir. Cela demande un lecteur qui accepte de respirer avec elle. Il m'est arrivé de me perdre en cours de phrase, avant qu'un détail concret ne me remette dedans — un bol de chocolat, une odeur de fond de teint un peu rance, un ronflement doux à côté de soi. La dernière page m'a laissée sans réponse, exactement là où vous vouliez me laisser. Le « à présent, je savais » du narrateur allongé près de sa mère avenue des Ternes, puis le matin, les croissants, le train pour l'Allemagne. Ce silence est courageux. On aurait pu attendre la scène ; vous nous la refusez, et l'absence pèse davantage. Si le cœur vous en dit, je serais curieuse d'avoir votre regard sur mon propre roman, Les gants blancs. Le style n'a rien à voir avec le vôtre — plusieurs voix, une écriture plus resserrée — mais nous remuons peut-être une matière proche : ce qui, dans une famille, se transmet sans se dire et finit par tout occuper.
Publié le 22 août 2026
3
Ce roman se lit avec une émotion qui monte doucement, presque à contretemps. J'ai été prise par la voix de Kahina, cette adolescente qu'on découvre au bord de la révolte, cognée dès la première scène par ceux qui devraient la protéger, et qui va pourtant tenir debout, chapitre après chapitre, jusqu'à faire de sa parole une arme. La grande réussite du livre, c'est peut-être Numidia. La tante berbère aux origines mêlées, qui ne prêche jamais, qui accueille, qui reprend les mots au bon moment, qui laisse Kahina se relever plutôt que de la relever à sa place – ce personnage m'a bouleversée. On rêve tous d'une Numidia dans sa vie. L'écriture prend des risques. Elle n'a pas peur du mot rare, des images charnues, des expressions berbères glissées dans le français comme des cailloux dans une poche. Parfois ça bouscule, parfois ça déroute, mais ça donne au récit une couleur bien à lui – rien de tiède, rien de convenu. Ce qu'on suit chez Kahina, c'est une jeune femme qui refuse d'être ce qu'on veut faire d'elle. Ce qui touche, c'est qu'elle ne se venge pas en devenant à son tour brutale : elle prend le droit. Elle apprend, elle plaide, elle écrit. Elle transforme sa colère en instrument. Merci pour cette lecture. Ce combat d'une femme qui reprend son souffle et ses droits m'a touchée – j'ai moi-même écrit sur une femme qui, un jour, comprend qu'elle a toujours été aimée sous condition et choisit de partir en silence. C'est très différent d'écriture, plus feutré, polyphonique ; ça s'appelle Les gants blancs. Si le fil vous parle, je serais heureuse d'avoir votre regard.
Publié le 22 août 2026
3
Voilà un témoignage qui donne à entendre une voix particulière, celle d'un homme qui a traversé un monde en train de s'effacer – les tickets de rationnement, les tramways lyonnais, les porte-avions dans le port de Casablanca, les pistes de tôle ondulée du Sahara – et qui a choisi de le déposer sur la page avant qu'il ne disparaisse tout à fait. Le fil du récit tient à un jeu de mots qui n'a rien d'anecdotique : marcottage. L'enfant déplanté onze fois, planté ailleurs, encore ailleurs, finit par faire de cette instabilité sa matière. C'est là que le livre m'a le plus touchée : quand l'auteur cesse d'énumérer les adresses pour laisser monter ce qui manquait vraiment. La parole du père qui n'est jamais venue. Ce « Tu seras un homme mon fils » resté suspendu. La tendresse qui devait passer par autre chose que par les mots. Ces pages-là, celles où l'homme presque octogénaire regarde le petit garçon qu'il a été, sont les plus justes du livre. J'ai aimé aussi la manière dont vous entrez dans le Sahara. Ce désert a été un vrai maître de silence, on le sent. Le moment sur la dune, seul, à faire un tour complet sur soi-même pour contempler cet océan solide, appartient à ce que la littérature de voyage a de meilleur. Le récit est généreux, foisonnant même – on passe de Casablanca à Camerone, de Bossuet à Franklin, de la ferronnerie d'art à la voyance de Chalon-sur-Saône. Cette abondance est votre signature. Un lecteur curieux s'y retrouve, et se laisse emmener. Si le cœur vous en dit, je serais très curieuse de savoir ce que vous penseriez de mon propre roman, Les gants blancs. C'est une fiction à plusieurs voix, dans un registre assez éloigné du vôtre. Mais je crois que nos deux livres se rejoignent sur un point : cette question des non-dits, de l'affection qui ne se dit pas ou qui se donne « avec des si », et de ce qu'on met une vie à comprendre de ce qu'on n'a pas reçu. Peut-être y trouverez-vous un écho que je n'y ai pas mis moi-même.
Publié le 22 août 2026
3
Voilà un texte qui prend au dépourvu. On croit ouvrir une comédie urbaine – la scène liminaire, où une inconnue à Vespa apostrophe un milliardaire en costume trois-pièces sous les yeux médusés de son entourage, a du rythme et un vrai sens du dialogue –, et l'on se retrouve emporté vers quelque chose de plus grave, de plus rêveur aussi. La figure de Summer, ou plutôt de Wendy, tient le récit debout. Sa façon de défier le riche Ferguson par le rire, l'insolence et ce goût du don qu'elle porte jusqu'à la mise en péril de sa santé lui donne une présence qui reste en mémoire. Le surnom « Summer même en hiver » fonctionne comme un talisman tout au long du livre, et c'est joliment trouvé. L'idée maîtresse – ce rêve de Victor qui recoupe exactement le coma réel de Wendy, jusqu'à la chambre 516C que l'hôpital jure ne pas exister – donne au livre une dimension presque mystique et le distingue d'une simple romance. La rencontre du parc, un an plus tôt, où deux inconnus se touchent l'épaule et où leurs âmes se rejoignent sans se connaître, en forme le cœur émotionnel. Le récit a le ton d'une fable moderne. On y accepte les coïncidences et les métamorphoses foudroyantes parce qu'elles servent une même idée : ce qui sauve, c'est l'attention à l'autre, et la richesse ne vaut rien face à une main posée sur une épaule au bon moment. La double histoire d'amour, celle des aînés et celle des cadets, referme le livre avec douceur, et le clin d'œil final aux deux assistants au tailleur strict m'a fait sourire. Merci pour cette lecture. J'écris moi aussi, sous le nom de Valérie Lafougère, un roman polyphonique intitulé Les gants blancs. Nos écritures sont éloignées, mais on y retrouve cette même interrogation qui traverse votre récit : ce qui, chez quelqu'un, échappe à ce que les vêtements et les fonctions donnent à voir. Si le cœur vous en dit, je serais heureuse d'un regard réciproque.
Publié le 22 août 2026
3
L'ouverture m'a happée tout de suite. Cette petite fille de huit ans, la joue contre la vitre froide, la voiture qui traverse la nuit – on est avec elle sans qu'on ait besoin de nous expliquer quoi que ce soit. La scène du garde à la barrière fonctionne particulièrement bien : sa lampe qui glisse sur chaque visage, ce silence trop long, et surtout la phrase qui lâche tout : « Si on vous trouve après cette barrière, personne ne vous couvrira. » Le monde s'installe en une réplique. J'ai aimé le détail du panneau à moitié effacé – « L'Union vous protège, croyez et obéissez » – qui dit d'un coup la nature du régime sans passer par une leçon d'histoire. Même chose pour la Cérémonie du Souffle : un petit rituel très juste, qui donne de l'épaisseur aux Peuples des Lumières sans en rajouter. Et cette phrase de la vieille dame – « libérer le poids de la gorge » – reste en tête. Rava et sa réplique sur les plantes qui écoutent mieux que les gens apporte une respiration bienvenue. Éloïse porte bien tout ça : cette impression d'être « protégée et prisonnière à la fois », ce vide qu'elle ne sait pas nommer. La bascule finale enchaîne peut-être un peu vite – lettre, coup de fil, intrus, saut par la fenêtre, sauveur inconnu – mais on sent l'envie de lancer le lecteur dans la suite, et ça marche. Ce qui m'a le plus touchée, c'est cette idée d'un passé enfoui qui refuse de lâcher prise, d'une pièce manquante dans un puzzle dont on ignore l'image. Un motif qui traverse aussi mon propre roman, Les gants blancs, même si le registre est très différent – un roman polyphonique, cinq voix contemporaines qui racontent une femme dont personne ne connaît vraiment l'histoire. Si le cœur vous en dit, votre regard sur ce texte m'intéresserait beaucoup. Bonne continuation à Éloïse et à vous.
Publié le 22 août 2026

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