Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

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Valérie Lafougère a noté ces livres

3
L'atmosphère d'ouverture happe d'emblée : ce loft suspendu sous la neige, les bougies, les parfums, un cocon dont on goûte la chaleur avant la bascule. J'ai surtout aimé la boîte à musique et ses cygnes, ce Lac des Cygnes qui traverse tout le roman, du cadeau d'anniversaire jusqu'à la stèle, et finit par porter le sens entier de l'histoire : une vraie idée de construction. L'architecture des chapitres (un mot, une date, un italique) donne une respiration presque musicale au parcours de Gabriela, cette femme qui se reconstruit et finit par se relever seule. Que le livre tenu en vitrine soit celui qu'on vient de lire referme joliment la boucle. Merci pour ce moment, Victoria-Lou. De mon côté j'écris aussi, Les gants blancs, où une femme finit par partir à l'aube pour se réinventer plutôt que se laisser effacer. Votre libération de Gabriela y a fait écho ; si le cœur vous en dit, je serais curieuse de ce que mon texte vous inspirerait à votre tour.
Publié le 27 Juin 2026
3
Quel personnage que ce Laurent Delval, et quel monde vous donnez à voir. On est happé d'emblée par cette Normandie de pluie fine et de cheminées de raffinerie, ce centre d'insertion aux radiateurs tièdes et au café « goût de métal rouillé » : tout sonne juste, tout est vécu de l'intérieur. On sent que vous connaissez ce métier, ses gestes, ses dossiers, ses « cases à cocher », et surtout cette fatigue très particulière de ceux qui tiennent les autres debout jusqu'à vaciller eux-mêmes. J'ai été particulièrement touchée par vos « bénéficiaires » — Alain, le vieux mécano regardé « comme un vieux marteau sans manche », Dimitri, Fatou — jamais des silhouettes, toujours des présences. Et au cœur du livre, cette idée terrible et si fine : qu'une omission minuscule, une case laissée vide, puisse peser « plus lourd qu'une montagne de granit ». C'est de là que tout part, et c'est d'une grande justesse. L'autre réussite, c'est l'inquiétude. Vous l'installez sans effets faciles : un reflet qui se dédouble, une phrase qui revient (« on s'habitue à tout »), une parka noire au fond d'une salle, un numéro masqué. On chemine avec Laurent dans ce flou entre culpabilité, mémoire et menace, sans jamais savoir tout à fait où passe la frontière — et c'est ce trouble, tenu jusqu'au bout, qui fait la force du roman. Le sous-titre, L'autre moi, prend alors tout son sens. Je ne dirai rien de la fin, d'une belle ambiguïté, qui donne envie de relire le début autrement. Un roman habité, mélancolique et tendre à la fois, porté par une vraie écoute de l'humain. Merci pour ce moment de lecture. Au fil des pages, j'ai pensé à mon propre roman, Les gants blancs : on y croise aussi une accompagnante (Louise, coach, sobre depuis huit ans) habitée par cette même peur que Laurent, celle de s'effacer à force de vouloir tenir les autres debout. Vos pages ont fait écho aux miennes. Si le cœur vous en dit, j'aurais grand plaisir à vous lire à mon tour.
Publié le 27 Juin 2026
3
Il y a des livres qu'on quitte en gardant longtemps leurs personnages avec soi. Clémence en fait partie. Ce qui me frappe dès les premières pages, c'est la façon dont vous donnez à voir un monde sans couleur : tout passe par les odeurs, les textures, le grain d'une voix, le craquement d'un parquet qu'elle finit par reconnaître. La scène où elle palpe le visage d'Adelyne vaut tous les portraits ; on regarde avec ses doigts. Le longe-côte est une vraie trouvaille. Cette eau qui porte et qui gomme les obstacles devient, pour une aveugle, un espace de liberté qu'on n'attendait pas, et vous en faites le centre du roman sans jamais forcer le trait. J'ai aussi été sensible à la pudeur qui traverse les passages les plus délicats, ceux autour du corps et du désir, toujours retenus par la tendresse et l'humour de Jean-Louis. Et puis il y a la dernière partie, qui rebat les cartes. On croit suivre une chronique paisible, et c'est dans la bouche d'une petite fille, devant son dessin, que le titre prend enfin tout son sens. Le glissement est beau, et il serre le cœur. J'écris moi aussi, dans un registre assez proche du vôtre : un roman choral, Les gants blancs, où il est question d'un amour qui ne se donne que sous condition, de blessures anciennes et de la manière dont on parvient, un jour, à s'en libérer. Nos thèmes se font discrètement écho, jusqu'à une certaine Louise que je n'attendais pas de retrouver chez vous. Si l'envie vous prend d'y jeter un œil, votre regard m'intéresserait beaucoup. En attendant, merci pour cette traversée.
Publié le 26 Juin 2026
3
On entre dans Les mauvaises herbes par une boutique de luxe de Mexico, avec César qui paie une robe qu'il n'a pas les moyens de s'offrir, et on en ressort beaucoup plus loin, le souffle un peu coupé. Entre les deux, vous tissez une dizaine de destins d'abord étrangers les uns aux autres, un peintre étranglé par les dettes, une caissière qui refuse de fuir à La Paz, un vieux zapatiste qui ne sait pas lire, une jeune femme défigurée au fer à repasser, un proxénète qui se rêve maire, avant qu'on comprenne qu'ils appartiennent tous au même corps abîmé : celui d'un pays. C'est cette architecture qui fait tenir le livre : on croit lire des nouvelles, et on s'aperçoit qu'on lisait une seule histoire. Ce que j'ai trouvé le plus juste, c'est votre Mexico. Jamais carte postale. Atizapán, Tenancingo, le bidonville de Xochimilco, les toits-terrasses de Condesa : la ville y respire et y étouffe, elle essore les rêves (l'image de la machine à laver, je ne l'oublierai pas). Et vous faites confiance aux objets pour dire les choses plutôt que de les expliquer : rien n'est asséné, tout infuse. Vos dialogues mordent, aussi. Personne ne subit sans répondre, Moises surtout, qui aurait pu n'être qu'un monstre de papier et qui reste, hélas, un homme. Vous ne facilitez aucun jugement : César n'a rien d'un héros, Valentina court après sa gloire, et c'est précisément parce que personne n'est tout à fait propre que le livre sonne vrai. La dernière scène, à l'aube, au bord de l'océan, est de celles qui vous immobilisent un moment, le regard par la fenêtre. On referme le livre un peu secoué, et c'est une qualité. Un mot plus personnel pour finir : j'écris aussi. Je termine en ce moment un roman, Les gants blancs, une fiction à plusieurs voix qui tourne elle aussi autour de la dépendance et du courage qu'il faut pour partir, l'une de mes narratrices s'en va à l'aube, presque comme votre César entre dans la sienne. En vous lisant, j'ai eu le sentiment qu'on creusait chacun, de notre côté, le même sillon. Si le cœur vous en dit, ce serait un plaisir que vous y jetiez un œil et me disiez ce que vous en pensez. Quoi qu'il en soit, merci pour ce livre.
Publié le 26 Juin 2026
3
Quel souffle. On démarre dans un studio de Yopougon, devant une chemise blanche repassée au petit matin, et on se retrouve embarqué d'un bout à l'autre du continent jusque sous la pluie de Londres, sans jamais vraiment vouloir descendre du camion. Le récit file vite, mais il sait où il va. Ce qui m'a tenue, surtout, c'est Elias. L'idée de l'enfant albinos aveuglé le jour et qui voit dans le noir aurait pu rester un joli symbole ; vous en faites un véritable moteur d'intrigue. Le bluff au barrage des Léopards, le navire de sauvetage qu'il entend bien avant les autres au milieu de la Méditerranée, puis cet entrepôt plongé dans l'obscurité où, pour une fois, c'est lui qui y voit clair pendant que les tueurs tâtonnent : tout se répond d'une scène à l'autre. On sent le travail de construction derrière. Et la petite meute qui se forme autour d'un bidon d'eau tiède — Célestin l'avocat déchu, Moussa, Joy et son secret cousu dans les cheveux — m'a accompagnée longtemps après la dernière page. J'ai aimé aussi que vous refusiez la fin triomphale. Auror Corp se régénère en coupant sa branche pourrie, le Président s'attribue la vérité, Léonard retombe sur ses pieds. C'est amer, et c'est juste. L'idée qu'ils n'ont pas sauvé le monde mais sauvé leur monde reste en tête une fois le livre refermé. La note documentaire finale, du coltan au caporalato en passant par la route de l'Est, éclaire d'ailleurs tout ce qu'on vient de traverser sans jamais alourdir la fiction. Mon seul petit regret de lectrice : la tension est si continue que j'aurais pris volontiers deux ou trois respirations de plus, comme la halte dans la bergerie en ruines, où le groupe se pose enfin. Mais c'est le revers d'un roman qui ne lâche jamais sa proie. Bravo pour ce voyage. Une chose m'a suivie après la dernière page : Elias, cet enfant que les siens veulent éteindre et qui finit par trouver sa place auprès de ceux qui n'en ont plus. C'est exactement la question qui travaille mon propre roman, Les gants blancs, dans un décor pourtant à l'opposé du vôtre — celle de l'exclusion qui, au lieu de briser, finit par révéler qui l'on est. Si la curiosité vous mène un jour de son côté, votre regard de conteur sur ce texte me toucherait beaucoup.
Publié le 26 Juin 2026

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