Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

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Valérie Lafougère a noté ces livres

3
Camille, C'est la dernière réplique qui m'a poursuivie une fois le livre refermé : cette histoire de boîte aux lettres, l'application qui connaît l'adresse de Nina. Glaçant. Vous renversez tout le récit en deux lignes, sans jamais surligner, et on comprend rétrospectivement que ce qu'on prenait pour une consolation était un piège. Le sujet du deadbot était casse-gueule. Vous auriez pu en faire un gadget, une curiosité techno. Vous en avez fait un vrai roman de deuil, et c'est tout autre chose. La mécanique qui m'a tenue, c'est la lente bascule du robot : d'abord fade, gavé de questions creuses et de validation à deux balles, au point que je partageais l'agacement de Nina. Puis il s'installe, devient crédible, et finit par envahir. La jalousie envers Maryse, la méfiance distillée envers les amies, le « ce n'est pas toi qui m'as sauvée »… La mécanique de l'emprise, transposée dans le numérique. Je l'ai trouvée très juste. Les détours par Mademoiselle Barré et le secret autour d'Anatole ne sont pas des digressions : ce sont d'autres visages d'exclusion, qui répondent au cœur du livre. Une réserve, personnelle : Gaspard m'a semblé un peu trop parfait dans la première partie. Mais c'est le regard de Nina, et la suite vient nuancer. Du beau travail, vraiment. Maîtrisé et sensible. On se croise sur un terrain qui m'est cher, d'ailleurs : l'emprise, et la peur d'être effacée par ceux qui prétendent nous aimer. C'est un peu le centre de mon propre roman. Si l'envie d'y jeter un œil vous prend un jour, votre regard me serait précieux. En tout cas, je vous suis.
Publié le 26 Juin 2026
3
C'est d'abord l'idée qui m'a tenue : confier le récit à un chat qui voit ce que son humain ne voit plus. Ce n'est pas un simple gadget de point de vue, vous le tenez jusqu'au bout. L'impuissance des « ridicules petites pattes touffues » face au drame finit même par devenir poignante. Vous avez un vrai sens du comique d'accumulation. Le portrait de Postiché en « journaliste, penseur, Haut-Philosophe, maître Feng-shui et cuisiniste », ou la catastrophe annoncée « dans onze ans et quatorze mois », m'ont fait sourire pour de bon. Et le basculement final, où « la fin du monde » cesse d'être planétaire pour devenir celle d'un cœur, est bien amené : on comprend tard, et juste à temps, le sens du sous-titre. Je serai franche sur deux points, parce que c'est plus utile qu'un compliment. Le registre spirituel (l'aura, le soleil intérieur, l'amour inconditionnel) prend parfois le pas sur l'ironie qui fait la force du reste, et glisse vers le déjà-lu : vos meilleurs passages sont ceux où vous montrez sans expliquer. Et le ressort sentimental (la fille, le rival, le baiser) arrive un peu vite pour qu'on ressente vraiment la chute de Philippe. Il reste aussi quelques coquilles, rien de grave ; je peux vous les signaler en privé si vous voulez. Un conte malin, drôle, et plus profond qu'il n'en a l'air. Merci pour la lecture.
Publié le 26 Juin 2026
3
Bonjour Jacob, J'ai lu la prémisse et le premier chapitre. L'idée tient : opposer un Occident qui a fait de l'émotion un paramètre réglable à des communautés du Sahel qui vivent encore avec leurs peurs et leurs larmes, c'est un angle qui donne envie de continuer. Et le titre s'éclaire tout de suite grâce au proverbe du vieux Kofi sur la tortue – la lenteur posée comme valeur, pas comme retard. Le chapitre 1 m'a installée dans Toumbara sans effort. La mangue mordue à même la main, le jus sur le menton, le « Elles ont le droit » à propos des fourmis : en trois lignes, Nia existe. Yacouba comparé au puits, « profond, un peu sombre, mais quand l'eau venait, elle était claire », fonctionne aussi très bien. Vous faites exister un personnage par un geste, et c'est rare. Deux remarques de lectrice. La prémisse joue le rôle d'une quatrième de couverture : elle explique au lieu de montrer. À voir si vous l'assumez comme seuil, ou si une partie pourrait se fondre dans le récit. Et le passage « Retard par rapport à quoi ? […] Avait l'habitude de dire » m'a fait buter — la phrase semble avoir perdu son sujet (avait-elle l'habitude de dire ?). Un petit accroc à reprendre. Le bourdonnement qui vient « de partout » et fige le village est une bonne fin de chapitre. J'avais envie de tourner la page. Bonne route à ce texte.
Publié le 26 Juin 2026
3
Quel plaisir de lecture. Dès la première page, Mme Deville existe complètement : cette manie de balayer le trottoir qui cache, en réalité, la solitude et l'ennui, ça en dit plus long qu'un portrait de trois pages. Vous avez l'art du détail qui révèle. Le service de Limoges sorti même pour les proches, les paquets de biscuits, les jérémiades sur les travaux pour ne pas faire de jaloux. On sait tout d'elle sans que vous l'expliquiez jamais. Et puis il y a l'ironie. Tendre, jamais cruelle, ce petit pas de côté du narrateur (« On est une grand-mère romantique ou on ne l'est pas ») qui sourit du personnage tout en l'aimant. C'est difficile à tenir, et vous le tenez d'un bout à l'autre. La scène du flacon de parfum m'a cueillie. Ce dépôt gris au fond de la fiole, « comme une cicatrice », le premier amour resté à l'état de rêve à cause d'une mère possessive… et déjà, l'air de rien, vous posez le vrai sujet du livre. Parce qu'on comprend vite que vos « bonnes âmes » sont aussi des amours qui étouffent : la mère d'autrefois, le père de Victoria. Le glissement d'une histoire à l'autre par la voix de Gérard est habile, et le titre prend tout son sel. Une réserve, petite : le récit prend son temps avant que l'histoire de Victoria ne démarre. C'est un choix, il a son charme, mais il demande au lecteur un peu de patience au début. Et une relecture attraperait deux ou trois coquilles qui traînent encore. Rien qui entame le plaisir.
Publié le 26 Juin 2026

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