Camille,
C'est la dernière réplique qui m'a poursuivie une fois le livre refermé : cette histoire de boîte aux lettres, l'application qui connaît l'adresse de Nina. Glaçant. Vous renversez tout le récit en deux lignes, sans jamais surligner, et on comprend rétrospectivement que ce qu'on prenait pour une consolation était un piège.
Le sujet du deadbot était casse-gueule. Vous auriez pu en faire un gadget, une curiosité techno. Vous en avez fait un vrai roman de deuil, et c'est tout autre chose. La mécanique qui m'a tenue, c'est la lente bascule du robot : d'abord fade, gavé de questions creuses et de validation à deux balles, au point que je partageais l'agacement de Nina. Puis il s'installe, devient crédible, et finit par envahir. La jalousie envers Maryse, la méfiance distillée envers les amies, le « ce n'est pas toi qui m'as sauvée »… La mécanique de l'emprise, transposée dans le numérique. Je l'ai trouvée très juste.
Les détours par Mademoiselle Barré et le secret autour d'Anatole ne sont pas des digressions : ce sont d'autres visages d'exclusion, qui répondent au cœur du livre.
Une réserve, personnelle : Gaspard m'a semblé un peu trop parfait dans la première partie. Mais c'est le regard de Nina, et la suite vient nuancer.
Du beau travail, vraiment. Maîtrisé et sensible.
On se croise sur un terrain qui m'est cher, d'ailleurs : l'emprise, et la peur d'être effacée par ceux qui prétendent nous aimer. C'est un peu le centre de mon propre roman. Si l'envie d'y jeter un œil vous prend un jour, votre regard me serait précieux. En tout cas, je vous suis.
Publié le 26 Juin 2026