Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

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3
Lumière et ombre est resté avec moi un bon moment après la dernière page de l'extrait, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Vous tenez ensemble deux choses difficiles à concilier : une histoire d'éveil intérieur et une vraie tension romanesque, sans que l'une étouffe l'autre. La scène d'ouverture m'a happée d'emblée. Takeshi qui se met soudain à voir au travers de la fête, les visages qui se déforment, les petites traînées blanches sur les nez, ce vertige du « je suis eux »… c'est fort, et c'est filmé de l'intérieur. Lillie Beth m'a touchée plus encore : sa résilience n'a rien de mièvre, elle se gagne pied à pied. Le héron blanc, le chat Yuuki qui boude, le vieux chêne foudroyé d'où jaillit ce bleu impossible, tout ce petit monde respire. Ce que j'ai aimé par-dessus tout, c'est le parti pris du regard neuf, « regarder chaque chose comme si c'était la première fois ». Le roman le porte sans jamais le sermonner. Et la construction en miroir, un chapitre pour elle, un pour lui, donne une belle respiration à la lecture. Le basculement final, les aquarelles, les comptes anonymes maladroits, m'a donné envie de lire la suite sans attendre. Une seule remarque, amicale : quelques coquilles traînent encore par endroits, rien qu'une relecture tranquille ne lisse. Le fond, lui, est bien là, et il est sincère. Je publie aussi sur le site, un roman polyphonique à cinq voix, Les gants blancs. Si le cœur vous en dit, votre regard de lectrice sensible me serait précieux. Au plaisir de vous relire.
Publié le 26 Juin 2026
3
Ce qui m'a saisie en premier, c'est le sens de la marche. On sait dès les premières pages qu'Émilie est morte ; le récit, lui, remonte le temps, jour après jour, du cercueil jusqu'aux crêpes promises et au cheval blanc du carrousel. Du coup, on ne lit pas pour savoir ce qui va arriver. On lit pour comprendre comment tout un entourage a pu voir et laisser faire. C'est terrible, et c'est d'une grande justesse. Le regard de Timéo porte le livre. Il observe sans comprendre, et c'est cette innocence qui rend l'horreur à la fois supportable et plus coupante : la chasse aux fantômes improvisée pendant la marche blanche, le chat de Schrödinger transposé dans l'enveloppe du certificat de décès qu'on n'ose pas ouvrir, les histoires de saintes que lui glisse Colette, Philomène en tête, la petite qui dit non et qu'on n'arrive pas à briser. Et ce dessin, ce ventre rond avec l'œuf au creux du corps, qui déclenche le pire. J'ai mis du temps à m'en défaire. La comptine du petit cordonnier m'a glacée. Faire monter la violence conjugale dans une berceuse, vers après vers, jusqu'à « sa petite femme il battait », c'est d'une cruauté parfaitement maîtrisée. Et puis il y a le vrai sujet, celui que dit le titre. Les affaires des autres. Tous savaient, à la sortie de l'école, au commissariat, autour d'un café. On a murmuré, jaugé, jugé, et personne n'a bougé. Le procès, à la fin, ne juge pas que Joachim : il renvoie chacun à sa propre question, qu'aurait-il fallu faire ? Vous ne tranchez pas à notre place, et c'est précisément ce qui reste. Par moments, l'écriture est si dense en images que j'aurais aimé un peu plus d'air entre deux scènes. Question de tempo, pas de talent : la matière est ample et tenue d'un bout à l'autre. Merci pour ce texte, qui m'habite encore. Il touche à quelque chose que je creuse de mon côté : l'amour qui surveille, qui pose ses conditions, ces « si » dont on ne se défait jamais tout à fait. J'ai moi aussi déposé un roman ici, Les gants blancs, où une femme finit par quitter cette économie-là. Si le cœur vous en dit, j'y serais sensible.
Publié le 26 Juin 2026
3
Le détail qui m'a arrêtée, c'est la salle de bain chauffée avant même qu'on sonne, chez Tatie. Vous y posez en une image ce que d'autres mettraient un chapitre à dire : on prépare la chaleur pour quelqu'un qu'on attendait vraiment. C'est exactement le geste que fait votre écriture, sans le souligner, tout du long. J'ai aimé cette manière qu'a Suzanne de lire les gens et les lieux comme on lit un livre. Le 37 traité en personnage à part entière, les manteaux accrochés « comme des vies suspendues », le mur de portraits où une seule femme est en rouge. Et puis le motif des seuils, qui revient et tient : la main posée sur la rampe puis retirée, l'escalier qu'on pourrait redescendre sans que personne le sache, ce dernier instant « où le livre n'existait pas encore ». Vous faites tenir une vraie tension sur presque rien, un repas, une porte à pousser. C'est le pari du texte, et il fonctionne. Une chose, en lectrice : les fragments sont parfois si pleins qu'on aimerait respirer une ligne avant d'attaquer le suivant. Rien de grave, c'est la rançon d'une écriture qui ne triche pas. Les boutons remplacés par des cœurs rouges, eux, je les garde. On dirait qu'on travaille des terres voisines, la transmission entre femmes et ce qui s'écrit la nuit. J'ai laissé Les gants blancs de mon côté, si l'envie vous prend d'y faire un tour.
Publié le 26 Juin 2026
3
On entre dans cette nouvelle par une porte qu'on n'aurait pas choisie, celle d'un vieillard « sans intérêt », et c'est précisément là que se loge tout l'art du texte : faire surgir l'immense du dérisoire. Le dispositif est d'une justesse rare. En prenant Joachim pour Christophe, Jean ne raconte pas seulement, il s'adresse enfin, soixante-dix ans trop tard, à celui qu'il n'a jamais osé nommer. Le « tu » en devient bouleversant. La montée est maîtrisée. L'Histoire, l'Algérie, les douars, le gamin abattu « comme un lapin », les SAS, ne sert jamais de décor : elle resserre peu à peu l'étau autour de l'intime. Et c'est par la retenue que le récit frappe le plus fort. L'amour qui ne se dit pas, les cartouches jetées pour ne pas trahir, la main prise discrètement dans le camion : tout se joue dans le geste, jamais dans l'aveu. Quand l'horreur finale arrive, elle est insoutenable parce que tout ce qui précède l'a rendue inévitable. J'ai aimé que la tendresse résiste à la barbarie sans jamais verser dans le pathos, et que la dernière phrase, « Il ne reste que ces mots », fasse du lecteur le dépositaire d'un témoignage. On repose ce texte autre que celui qui l'a ouvert. Une lecture qui m'a d'autant plus touchée qu'elle interroge ce que coûte un amour qu'on n'a pas le droit de vivre au grand jour, cette peur de n'avoir compté pour personne, d'être effacé une fois de trop. C'est un fil que j'ai tenté de suivre, autrement, dans Les gants blancs ; si vous y passiez, votre lecture et votre regard me toucheraient.
Publié le 26 Juin 2026
3
Le pari de départ est culotté : projeter une petite université californienne — des théoriciens, pas un chasseur ni un soldat dans le lot — vingt mille ans en arrière, et observer leurs savoirs se révéler tantôt précieux, tantôt parfaitement inutiles. C'est de là que vient le sel du livre, plus que des bêtes du Pléistocène : le feu allumé avec une paire de lunettes, la première chasse au mammouth qui tourne au fiasco, Kai le technicien qui sait lire les marées parce qu'il a grandi dans un village de pêcheurs. J'ai été sensible aussi à ce qui affleure sous l'aventure : l'idée que survivre ne suffit pas, qu'il faut transmettre, et cette grotte qui se mue peu à peu en bibliothèque. C'est là que le roman dépasse le pur récit d'action. Une réserve, amicale : l'irruption de Lilith et de son passé m'a semblé un peu dense d'un seul tenant ; je l'aurais préférée distillée plus lentement. Mais le tome 2, j'ai envie de l'ouvrir, et c'est l'essentiel. Si les récits à plusieurs voix vous parlent, j'ai moi aussi déposé un roman ici, Les gants blancs, à mille lieues du vôtre. Votre œil de conteur sur ce texte m'intéresserait.
Publié le 26 Juin 2026

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