Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

Valérie Lafougère a publié

Valérie Lafougère a noté ces livres

3
Dix-neuf nouvelles, quatre univers - le pari est costaud, et ce qui frappe c'est la variété des voix. On passe d'un vieil horloger enfermé dans sa boucle temporelle à une princesse-sirène qui se dispute un playboy-chat sur les réseaux, d'une jeune femme de Skinny Land qui refuse le pacte du diable de la minceur à une chercheuse qui accouche de son propre double. L'imagination est là - et l'humour aussi, notamment dans « Clash Princess » où la guerre TikTok entre Eaulera et Jane Valérie m'a vraiment fait rire. Ce qui revient d'une nouvelle à l'autre, en filigrane, c'est une même question : que fait-on de nos corps, de nos images, quand les autres veulent en décider à notre place ? Fatma vendue au plus offrant qui finit par dire non. Abdou qui prête son physique et se retrouve piégé. Lala qui refuse Papa Skinny. Ce sont les nouvelles qui m'ont le plus touchée - le moment où les personnages trouvent la force de refuser. Sur l'exécution, quelques passages gagneraient à faire davantage confiance à leurs images. Les présentations frontales - « Je m'appelle X, j'ai Y ans, je fais Z » - cassent parfois l'entrée dans la fiction alors que les situations sont assez fortes pour se raconter d'elles-mêmes. Julien Gomis avec son djinn des toilettes aurait pu tenir sur son dialogue d'ouverture avant tout paragraphe explicatif. Quelques échanges fonctionnels aussi, qui pourraient respirer. Mais la vraie force du recueil est là : cette pluralité de mondes qui se répondent, cette manière de faire cohabiter Dakar, Tokyo, une savane connectée et une réalité binaire où deux modèles d'intelligence artificielle s'aiment mal. Fatma m'a suivie longtemps après la dernière page - sa colère qui devient conscience, son refus d'être exposée comme une gravure. Cette question du refus d'être effacée par le regard des autres revient dans le roman que j'ai publié ici, Les gants blancs - Louise, la cinquantaine, doit choisir entre le confort d'être aimée et le risque de se dissoudre. Si Fatma vous a autant occupé qu'elle m'a occupée, peut-être qu'on se rejoindra là.
Publié le 04 Juillet 2026
3
Harlem m'a embarquée dès son prologue à saigner dans sa cave. Ce narrateur cabossé qui se demande « à quel moment j'ai merdé », on marche avec lui, on rit avec lui, et surtout on croit à sa voix. Le vocabulaire, les expressions, l'apitoiement vite ravalé par une pique – le personnage parle et il tient jusqu'à la dernière page. Les dialogues tiennent aussi. Les engueulades entre Harlem et Walter au comptoir, les proverbes hors sujet de Bert, les questions imbéciles de Taz m'ont fait sourire souvent, rire parfois. Taz qui déchiffre « Redlac » au lieu de « Calder » – j'ai relu deux fois pour être sûre. Et cette phrase du chapitre 1, sur les briquets d'enfance gravés d'un phallus : « Certains portent des bracelets de l'amitié. Nous, on a des briquets avec des bites dessus. » Une amitié virile bancale condensée en une ligne. Quelques passages tirent, notamment autour de Dory qui parle longtemps ; ça respire moins bien que le reste. Rien de rédhibitoire. Ce qui m'a le plus touchée : « On s'était formé une famille à nous quatre, à défaut de trouver une place dans les nôtres. » Sous la vanne, la blessure. La question des familles qu'on se choisit quand celles qu'on a vous ont manqué traverse aussi mon roman Les gants blancs, dans une tonalité différente. Si vous avez le temps d'y jeter un œil, votre regard m'intéresserait.
Publié le 04 Juillet 2026
3
J'ai beaucoup aimé la voix de Blanche, dès le cimetière de Bénodet, le bagad et « Amazing Grace » au-dessus des tombes : en une page vous posez une femme entière, sa carapace et la faille dessous, sans jamais appuyer. Et tout le roman tient cette promesse. Nolée et son lait, ses poules, ses réflexions marmonnées qu'on n'est « pas censé entendre », font un contrepoint très juste à Madeleine, la mère parfumée au 5 qui repart au bout de deux jours. Le titre se comprend lentement, et c'est tout son prix : la buissonnière, c'est elle, celle qui fait l'école buissonnière de sa propre maternité. J'ai aimé l'alternance avec Emile. Le faire entrer par le cabinet du psy, le laisser se trahir tout seul phrase après phrase, c'est un beau choix : on le déteste un peu, puis on s'attache, exactement comme Blanche. Et la porte qui s'ouvre à Locarno sur « son double »… je ne vous dis rien de plus, mais j'ai posé le manuscrit deux minutes pour respirer. Deux choses, en lectrice. Madeleine reste un bloc : même dans sa confession, pas un remords, et par moments j'aurais voulu une fêlure minuscule qui la rende un peu plus qu'une coupable, parce qu'un monstre intégral émeut moins qu'une femme qu'on n'arrive pas tout à fait à condamner. Et Jules Valmont, que j'aime beaucoup comme personnage, formule parfois tout haut ce que vos scènes montraient déjà très bien seules ; quand il nomme le diagnostic, le roman perd un peu de la pudeur qui fait sa force ailleurs. La fin, en revanche, est parfaite de retenue : Blanche qui tend un trousseau de clés au lieu d'un discours, c'est tout dit. Une chose, pour finir : les gants blancs d'Emile enfant, ceux qu'on lui mettait pour lui garder « sa peau de petit prince », ont résonné de façon troublante avec un roman que je viens d'achever, qui s'appelle justement Les gants blancs. On y tourne autour de la même question que la vôtre : comment aimer, quand on a appris qu'aimer, c'est risquer d'être effacé une fois de plus. Si l'envie vous venait d'y jeter un œil, j'aimerais beaucoup votre regard dessus.
Publié le 30 Juin 2026
3
Bonjour Maxence, Ce qui m'a tenue dans votre texte, c'est la voix. On sent un homme qui s'adresse vraiment à quelqu'un, sans la distance froide qu'on trouve souvent dans ce registre. Le vous est constant, presque parlé, et ça crée une proximité rare pour un livre d'idées. Votre fil conducteur est net, aussi : ce « point de non-contradiction » que vous cherchez entre la science et le spirituel donne une colonne vertébrale à l'ensemble. On vous suit du début à la fin. Certaines de vos images font mouche. Le thermomètre qui affiche un chiffre sans rien comprendre à la fièvre, le diapason qui se met à chanter par simple sympathie, le reflet de la lune qu'on prend pour la lune… ce sont des moments où votre intuition trouve sa forme juste. Et le fil de « l'enfant qui savait déjà » revient comme une note tenue ; c'est sans doute ce qui touche le plus, parce que c'est là que vous cessez de démontrer pour simplement faire ressentir. Je vous dis aussi, en lectrice franche, ce qui m'a fait tiquer, parce que je crois que ça peut vous servir. Vous prenez position contre la science « obsédée par les chiffres », et pourtant vous l'appelez sans cesse à la barre pour vous donner raison : Einstein, les cordes, la cymatique, l'eau. Il y a là une tension que vos lecteurs sceptiques repéreront aussitôt — vous voulez la caution de la science tout en refusant sa méthode. L'assumer ouvertement renforcerait votre propos au lieu de l'exposer. Dans le même esprit, certains de vos appuis sont fragiles : les cristaux d'eau du Secret de l'eau n'ont jamais été reproduits sérieusement, et le Nombre d'Or présent jusque dans l'ADN ou le visage relève davantage de la belle légende que de la mesure. Présentés comme des analogies, ils gardent toute leur force poétique ; présentés comme des preuves, ils tendent le bâton pour se faire battre. Un dernier point, plus délicat. Quand vous écrivez que nous attirons ce que nous vibrons, et que toute épreuve cache sa polarité positive, je me suis demandé comment liraient ces lignes une personne en plein deuil ou en pleine maladie. Le risque, c'est qu'elle s'entende dire que sa souffrance est sa propre fréquence mal réglée. Une phrase de nuance, reconnaissant que toute douleur n'est pas choisie, protégerait le lecteur sans rien retirer à votre message. Votre passage sur la densité d'une pièce remplie de présences silencieuses, cette information qu'on capte sans la voir, m'a renvoyée à quelque chose que je travaille dans mon propre roman, Les gants blancs : la manière dont on sent sa place, ou son absence de place, dans un groupe, avant même qu'un mot soit prononcé. Vous parlez de résonance entre les êtres ; mon livre raconte ce qu'il en coûte quand cette résonance se retire d'un coup. Si le cœur vous en dit, j'aimerais beaucoup connaître votre regard dessus. Au plaisir de vous relire,
Publié le 30 Juin 2026
3
Ce qui m'a tenu dans ce recueil, c'est l'idée d'« après » posée dès la préface : ce qui reste quand le bruit retombe et que l'uniforme ne dit plus comment vivre. C'est un fil rare, et vous le tenez sans jamais le surligner. J'ai aimé suivre les motifs qui passent d'un poème à l'autre, la note de piano, l'escalier, la feuille qui « passe la bague ». Ils donnent au livre une colonne vertébrale, une mémoire qui lui est propre. Le Concerto de l'Insurrection m'a saisi : ce chef d'orchestre qui mène le désastre depuis un toit, c'est une image dont on ne se défait pas. Et puis il y a Un jour sans empreinte et Entre pavé et horizon, où vous lâchez la grande lyre pour quelque chose de plus nu, de plus tenu. C'est là, je crois, que votre voix porte le plus loin. Le ciel qui s'installe « dans le coin de la poitrine » dit davantage que bien des envolées. Je serai sincère, puisque vous l'êtes : la langue ornée vous reprend par moments, et certaines images très précieuses (le « diamant ajourné », le « mariage charnel » de l'encre) m'ont moins atteint que vos lignes sèches. L'écriture qui parle d'écriture revient souvent aussi ; j'aurais volontiers pris encore un peu plus de monde et un peu moins de page. Détail qui m'a fait sourire : le passant de Terrasse de février rappelle que « l'orthographe est sacrée », et le livre lui donne raison ici ou là. Rien qui n'entame le fond. La Confiance m'a particulièrement parlé, cette question de savoir s'il vaut encore la peine de s'unir pour se séparer. C'est presque exactement le terrain où vit le roman auquel je travaille en ce moment, Les gants blancs : aimer, quand aimer c'est risquer de s'effacer une fois de plus. Si l'envie vous en prend un jour, votre regard sur ce point précis me rendrait curieuse.
Publié le 30 Juin 2026

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