Valérie Lafougère

Biographie

Valérie Lafougère, ancienne DRH, signe son premier roman. Elle y décrit de l’intérieur le milieu du rétablissement qu’elle connaît intimement.

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Valérie Lafougère a noté ces livres

2.01
Ce qui frappe d'emblée, c'est la voix. On entend Max parler avant de le lire : ce débit de comptoir, ce phrasé qui attrape le lecteur par la manche et ne le lâche plus. Vous avez choisi la forme du conte, presque du monologue de bistrot, pour porter une matière très dure, et cette énergie-là est bien à vous. Je vais être franche sur un point, parce que je crois que votre texte mérite qu'on le soit. La ponctuation et la mise en page, en l'état, freinent la lecture. Les points d'exclamation en rafale, les espaces irréguliers, les phrases qui s'enchaînent sans toujours respirer — tout cela fatigue l'œil et, paradoxalement, affaiblit la force de ce que vous racontez. Votre colère n'a pas besoin de tous ces points d'exclamation pour se faire entendre ; elle est déjà dans les mots. Une passe de mise au net — un point d'exclamation gardé là où il compte vraiment, des paragraphes aérés — donnerait à la voix de Max toute sa portée. Ce n'est pas un défaut de fond, c'est une question d'outillage, et c'est précisément le genre de chose qui se règle. Car il y a un vrai cœur, là-dessous. Là où vous m'avez le plus tenue, c'est quand le récit quitte le système pour revenir à l'homme. L'enfant perdu en 2003, les couloirs blancs et froids de l'hôpital, le fils et sa pompe à insuline, la mère qui vieillit et cesse d'y croire. Ces pages-là sont les plus nues, et de loin les plus justes. Le deuil de 2003 plane sur tout le reste ; c'est lui, je crois, le centre secret du livre, et il gagnerait à affleurer plus souvent sous la colère, car c'est là que l'émotion vous échappe vraiment des mains. Si le cœur vous en dit, j'ai moi aussi un manuscrit en ligne, Les gants blancs. Il tourne autour d'une blessure que votre Max connaît dans sa chair : celle d'être tenu à l'écart du cercle, de rester l'étranger qu'on n'invite pas. Vos retours de lecteur me seraient précieux, et je serais curieuse de savoir ce qu'un homme comme Max penserait de mon héroïne, elle qui finit par choisir de partir plutôt que de mendier sa place.
Publié le 30 Juin 2026
3
Ce qui frappe d'emblée, c'est la facilité avec laquelle on s'installe dans la vallée de l'Aurde : pas de longues pages d'explication, le monde est là, on y croit tout de suite. Fenrhyll aurait pu rester un héros un peu trop parfait, mais sa tirade au banquet du baron Tornvale, sur ce que « protéger ses gens » veut dire vraiment, lui donne une colonne vertébrale morale qui tient jusqu'au bout. C'est Jenna qui m'a le plus accrochée. Faire entrer une tueuse de l'Ombre par la porte de service, sous le prétexte d'une tisane du soir, et la laisser glisser peu à peu vers celui qu'elle est censée éliminer : la bascule est très joliment amenée. Et puis il y a cette leçon de magie sur les esprits élémentaires, posée presque l'air de rien au tout début, qui vient éclairer toute la fin. J'ai refermé l'épilogue en mesurant à quel point la graine avait été semée tôt. Que Jenna, elle qui redoutait justement les esprits errants, finisse par en devenir un pour continuer à le protéger, c'est de ces retournements qui restent. Une seule chose, en lectrice un peu gourmande : leur complicité grandit parfois plus vite dans le récit que dans les scènes, et j'aurais volontiers passé quelques moments de plus à les voir simplement ensemble. C'est dire si on s'attache. Le fil ombre/lumière qui court d'un titre de chapitre à l'autre, et cette fin mélancolique plutôt que triomphale, m'ont beaucoup touchée. De mon côté, je travaille sur un roman, Les gants blancs, où un objet tout simple, une tasse justement, circule lui aussi d'un bout à l'autre, et où l'on se demande pareillement si un lien né d'une manipulation peut être vrai. Si le cœur vous en dit, votre regard de conteur sur ce texte me ferait vraiment plaisir.
Publié le 30 Juin 2026
3
Quel plaisir de s'asseoir dans cet aéroport d'Alger un après-midi de mai. C'est d'abord l'atmosphère qui m'a tenue : la lumière sur le sol poli, les valises qui roulent, les langues qui se mêlent en une rumeur continue. On prend place sur le banc avec votre narratrice et on attend avec elle, sans jamais s'ennuyer. J'ai aimé que vous laissiez la rencontre en suspens. Tout passe par de petits gestes – le café qu'il rapporte, les doigts qui se frôlent, les places qu'on s'échange pour laisser filer une valise – plutôt que par de grandes déclarations. Le silence « qui se suffisait à lui-même » sonne juste, et la réplique du médecin sur la qualité de la présence plutôt que la vitesse du trajet m'est restée bien après la lecture. Le « Au revoir… Ma belle Nesrine » referme la scène avec la bonne dose de retenue. Votre titre m'a fait sourire, parce que je tourne moi aussi autour de ce moment précis dans mon roman, Les gants blancs : une femme qui choisit de partir à l'aube en laissant quelque chose derrière elle. Nous partageons peut-être ce goût des seuils, de l'entre-deux – et même une tasse de café qui circule d'une main à l'autre. Si l'envie vous en vient, j'aurais beaucoup de plaisir à vous lire à mon tour.
Publié le 30 Juin 2026
3
Bonjour Eliona, Le réveil de Lionel sur cette plage, sans téléphone, devant une cabane bien trop approvisionnée pour être rassurante, m'a tout de suite mise en alerte. On comprend vite qu'on ne va pas vers une banale histoire de naufragé, et c'est cette bascule qui m'a tenue. La construction en deux fils est très habile. D'un côté l'île et cette femme au masque Nô qui démonte une à une les certitudes de Lionel (« Ça impressionne. Ce n'est pas la même chose. »). De l'autre, la lente fabrication du projet, de la rencontre d'aéroport avec Charlie jusqu'au chalet suisse. Le moment où l'on découvre que personne ne cherche Lionel, que son épouse respire enfin et que ses filles ne s'étonnent même pas, est sans doute celui qui m'a le plus saisie : c'est là que le vertige s'installe vraiment. L'arrivée de Jeff et la découverte des quatre cabanes referment la partie sur une vraie promesse. J'avais simplement envie de continuer. Si je devais pointer une chose, ce serait une question de tempo : les chapitres qui présentent Suzanne prennent le temps de poser longuement le personnage, là où ceux de l'île avancent plus resserrés. C'est davantage affaire de goût qu'un reproche. J'écris de mon côté. Mon roman, Les gants blancs, tourne autour d'une question voisine de la vôtre, prise par l'autre bout : comment continuer d'aimer et d'appartenir sans risquer d'être effacé une fois de plus. Vos personnages de femmes qui refusent de disparaître m'ont parlé. Si le cœur vous en dit, j'aurais plaisir à vous lire en retour. Au plaisir de vous lire,
Publié le 30 Juin 2026
3
« Charles est arrivé à Marseille les mains nues. » C'est la phrase qui m'est restée, parce qu'elle contient tout le livre. Vous faites avancer côte à côte deux enfances que tout oppose : Charles, élevé dans le vacarme d'un bar de routiers de la Nationale 7, et Hélène, enfermée dans le silence trop parfait des Sonatines. La misère d'un côté, la cage dorée de l'autre, et au bout du compte la même désolation, la même solitude qui se transmet d'une génération à l'autre. Ce parallèle m'a paru très juste, et vous le tenez jusqu'à la dernière page sans le relâcher. Plusieurs scènes m'ont saisi. La naissance de Gabriel, où la panique du père dans le couloir se mêle à la venue au monde de l'enfant vue de l'intérieur. Le panier sur le canal, ce Moïse à l'envers que l'eau refuse d'emporter. Le monologue de la sœur sur la tombe du père, qui dit l'absence mieux que n'importe quel cri. La terrasse du Vieux-Port où Charles observe Hélène sans oser bouger, avec les ombres de Pagnol qui rôdent autour. L'écriture est dense, très imagée, portée par un présent qui ne lâche jamais. Il faut accepter de s'y enfoncer, mais on est récompensé. Et puis il y a le vertige de la fin, quand on comprend que le livre que Gabriel fabrique pour se donner un passé est celui qu'on tient entre les mains. La question « Qui est Gabriel ? » se referme sur elle-même. C'est ambitieux, et ça tient debout. Un roman exigeant, sombre, mais d'une vraie cohérence, et qui ne triche jamais avec ses personnages. Bravo pour ce travail. De mon côté, j'écris aussi un roman polyphonique, Les gants blancs, où il est justement question de mains, ou plutôt de gants, et de la place qu'on occupe ou qu'on perd dans un petit groupe. Vos « mains nues » ont fait écho à mes gants blancs, et votre manière de faire circuler la parole d'un personnage à l'autre n'est pas si loin de ce que j'ai cherché. Si vous trouvez un moment, votre regard de lecteur me serait précieux.
Publié le 29 Juin 2026

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