Actualité
Le 05 oct 2015

Evaluer une lecture pour savoir apprécier un livre.

« Les goûts et les couleurs, on ne peut discuter ». Laissons cet adage stupide à ceux qui veulent clôre les débats avant de les avoir ouverts.
Comprendre, interpréter, évaluer une lectureComprendre, interpréter, évaluer une lecture

A t’on le droit de détester une œuvre littéraire considérée comme majeure ?

Concrètement, lire et évaluer des œuvres littéraires, c’est développer sa culture, sa connaissance littéraire. C’est un outil pour se forger ses propres goûts. A t’on le droit de dire qu’on déteste Picasso, que Proust vous est tombé des mains. Bien sûr, mais après ? Tout le monde s’en fiche, et les passionnés de Proust se délecteront dans leur lecture, vous isolant plus encore d’un processus de plaisir, en vous ôtant simplement le droit de critique "intelligent".
Vous détestez, bien sûr mais à vos dépens. Et surtout, avez-vous les moyens de détester ? Vous risquez de passer pour un imbécile (peu importe) mais surtout de passer à côté d’œuvres fondamentales, faute d’avoir les outils clés pour les apprécier.

Respecter, comprendre, voire même admirer un livre ou un auteur que l’on n’aime pas, c’est important.

Découvrir comment un auteur écrit un livre, pourquoi il a choisi un thème particulier, quelle résonnance ce thème a, en considérant son époque, son public. Comment tient-il son lecteur ? Pourquoi certains lecteurs sont passionnés, d’autres pas, et ce, pour le même livre ? Y-a t’il un germe de nouvelle école, d’un nouveau style ? Et peut-on affirmer qu’un auteur ou un livre apporte sa pierre à la littérature, même si l’on ne prend pas de plaisir à sa lecture ? Ce sont a minima les questions que l'on doit se poser, face à une œuvre considérée comme majeure.

Qu’est ce que signifie « savoir lire » ?

Etre compétent en lecture littéraire, c’est développer sa capacité à juger une œuvre à l’aide de critères d’appréciation développés par la connaissance des éléments propres à la littérature. C’est pouvoir justifier pourquoi on apprécie une oeuvre, une histoire ; s’impliquer dans la recherche de sens.
Une réaction personnelle n’est pas intéressante, quand elle est émotive. Développer son jugement critique grâce à ses connaissances littéraires accumulées dans les différentes activités de lecture est essentiel : comprendre, interpréter, réagir sont les chemins qui conduisent à l’appréciation, à l’évaluation intelligente.

Développer son sens de la critique littéraire.

C’est par l’accumulation d’expérience de lecture qu’on y parvient et que l’on comprend ou appréhende les choix et partis pris d’écriture effectués par un auteur. Comprendre d’abord, le lecteur s’engage dans la lecture et perçoit objectivement son contenu, soit à partir de ses propres connaissances, soit à partir des éléments repérés dans le texte. Il travaille la compréhension lorsqu’il cherche à donner un sens à sa lecture implicitement ou explicitement.

Interpréter, c’est commencer à émettre des hypothèses, c’est à dire confronter son intelligence à l’œuvre de l’auteur.

Des nuances ou différences pourront apparaître dans la façon d’interpréter le récit.
La compréhension d’un texte renvoie à ses éléments explicites alors que l’interprétation renvoie davantage à ses éléments implicites. La compréhension et l’interprétation sont deux éléments indissociables de la lecture littéraire. Donc, tout en attribuant un sens, le lecteur interprètera l’écrit en se forgeant sa propre opinion sur cet écrit, en le rendant plus ou moins riche, inexact ou visionnaire, chef d’œuvre ou quelconque.

Apprécier un livre

L’appréciation exige du lecteur de «sortir du texte», de prendre une distance dans le but de juger. Qualifier l’originalité de l’intrigue, juger une description convaincante ou détailler le style d’écriture... La culture et les références jouent ici un rôle essentiel. Ne pas aimer est un engagement que l’on se doit de justifier ! Il faut expliquer les raisons de sa déception, mais surtout dire ce qu'il nous manque pour que ce soit meilleur. Car la critique personnelle vaut dans la construction. C’est elle qui valorise votre jugement. Attention, quand on aime, il faut aussi savoir pourquoi !
Curiosité, passion, et éveil. Tout comme pour le bon vin, il faut essayer, goûter et analyser. Il faut savoir développer son sens pour la lecture. 
Alors vient le droit de dire "J'aime ou j'aime pas".

Christophe Lucius

Article intéressant. Je rejoins en grande partie Colette et Marguerite. Apprécier (ou non) un livre et l'évaluer sont pour moi deux choses très distinctes. Ainsi, je me suis surpris à aimer le style d'un livre sans en aimer le contenu, et vice-versa, comme j'ai adoré certains livres dont la lecture répétée et l'étude approfondie allant parfois jusqu'au par coeur de certains passages dans le cadre de mes études m'en ont ensuite dégoûté. Développer son sens critique sans modifier son appréciation n'est pas forcément évident. Les personnes qui se risquent à livrer une critique, qu'elle soit positive ou négative, ont bien raison de le faire, du moment que celle-ci c'est argumentée, car je pense que c'est à la fois enrichissant pour celui qui fait la critique et pour celui qui la reçoit. Mais là bien sûr, il appartient de se forger sa propre opinion en faisant abstraction des "on dit". Là encore ce n'est pas facile. Ce livre est merveilleux, il a été vendu à 1000000 d'exemplaire à travers le monde. Comment pourrais-je ne pas l'aimer si j'en fais l'acquisition? Eh bien justement... ce n'est aucunement une garantie, et il en va de même d'un livre tombé dans l'oubli ou sujet à une critique méprisable et misérable le reléguant à la catégorie des rebuts de la littérature. Et s'il s'agissait, pour vous, d'une véritable pépite? Il n'y a pas de secret, il faut savoir se montrer curieux, ouvert d'esprit, et s'affranchir suffisamment des "ondes" des autres avis pour garder le sien intact et honnête. Comme le dit Christophe Lucius : il faut savoir développer son sens pour la lecture. Je suis tout à fait d'accord avec cette phrase :-)
Publié le 13 Octobre 2015
Excellent article qui respecte la notion de lecture et de lectorat au sens noble du terme. Ce qui est intéressant dans le partage de lecture, c'est que l'autre explique les pourquoi de son attachement ou de son rejet d'un livre ou d'un auteur. Dans un groupe de lecture, c'est lorsqu'il y a polémique qu'on échange vraiment et qu'on repousse jugements hâtifs. Perso, je déteste qu'on me présente un opus comme un "chef d'œuvre" ou "une daube", parce que c'est l'avis du moment qu'il est de bon ton d'avoir. Il en reste qu'il y a des livres, des émotions quelles qu'elles soient et de l'échange, non figé.
Publié le 08 Octobre 2015
Ouvrir un livre c’est aller à la rencontre d’un auteur. Dans notre vie quotidienne avons-nous des atomes crochus avec toutes les personnes que nous côtoyons (connaissances, voisins, collègues, voire famille) ? Je pense qu’il en est de même avec un bouquin. On accroche ou pas. Je n’aime pas les figues, certains les adorent. J’aime la couleur verte d’autres le rouge. Parfois, un coup de foudre nous fait chavirer, le mien c’est Steinbeck (prix Nobel). « A l’Est d’Eden » est une œuvre qui m’a transportée et fait grandir et que dire de ses « Raisins de la colère » œuvre ô combien toujours d’actualité. Dernièrement, je lui ai fait une petite infidélité en lisant « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu publié en 2007. J’aimerais avoir ne serait-ce qu’un millième de son talent. Pour ne pas mourir idiote, comme on dit, je me suis lancée dans la lecture de « Alice aux pays des merveilles » et bien figurerez-vous que je me suis littéralement forcée pour terminer ce soi-disant chef d’œuvre que j’ai trouvé fort dérangeant, qui me semblait être écrit par un homme tourmenté pour ne pas dire détraqué. Ensuite j’ai lu sa biographie et j’ai compris le pourquoi de mon malaise. Si au bout d’une dizaine de pages je ne rentre pas dans l’univers d’un auteur, je ne me force pas à avaler sa prose même s’il s’agit d’un auteur renommé. Je rejoins Marguerite dont je viens juste de lire le commentaire. Cordialement. Fanny
Publié le 07 Octobre 2015
"Evaluer une lecture pour savoir apprécier un livre." Possible, si l'on veut s'orienter vers un job de critique littéraire. La littérature est d'abord un espace de liberté, d'évasion (je parle du roman en général) essais, biographies, etc. étant des domaines à part. Envisager une lecture en l'abordant sous l'angle de l'analyse, c'est se gâcher un pur plaisir. Ça serait un peu comme quelqu'un qui se retrouverait devant un beau gâteau, merveilleusement parfumé et donc appétissant, qui tout à coup, avant de croquer dedans, demanderait : la recette, les ingrédients, le temps de préparation, etc. etc. etc. Sans rire, ça serait à pleurer...
Publié le 07 Octobre 2015
@colette Très heureux que vous maitrisiez si bien Lagarde et Michard, c'est rare... Contribuez chère Colette, c'est le principe de ce site. Pour vous qu'est ce qu'apprécier une lecture ?
Publié le 07 Octobre 2015
Certes ! Et a-t-on aussi le droit (ou le devoir) de juger (en bien ou en mal) une oeuvre considérée comme mineure avant qu'elle ne devienne beaucoup plus par la suite ? Mon "problème" est justement une espèce d'incompréhension de mes lecteurs pour des textes qu'ils trouvent (du moins au début) aussi alambiqués qu'un tableau de Picasso. D'ailleurs, le cubisme polardeux existe-t-il où suis-je un précurseur en ce curieux domaine ? "On a tué la mère Michel" est en quelque sorte mon Gernica à moi... Comprenne qui pourra et pourvu qu'ils soient toujours plus nombreux à le pouvoir. CC
Publié le 06 Octobre 2015
Intéressant, en effet. L'important n'est pas de critiquer pour critiquer parce qu'un genre littéraire ne plaît pas (je vise notamment la fantasy ou la bitlit, que certains associent immédiatement à gros pavés tolkienistes ou triangles amoureux vampiriques pour pré-pubères et critiquent, sans lire). Le plus important est de réellement lire l'oeuvre et de savoir la critiquer convenablement et avec impartialité et savoir aussi reconnaître ses points forts...
Publié le 06 Octobre 2015
Très intéressant cet article ! Il est vrai que rédiger une critique littéraire n'est pas un exercice évident. En plus, si on a détesté un livre, on s'expose aux foudres des adorateurs. Alors, il faut savoir argumenter et défendre son point de vue...
Publié le 05 Octobre 2015