Actualité
Le 05 mar 2019

La blogosphère peut-elle faire autorité en matière de critique littéraire ?

Les acteurs traditionnels du monde de l’édition : éditeurs, écrivains, libraires, foires ne prennent pas encore tout à fait au serieux le rôle de la prescription des livres par les blogs de lecteurs. Mais attention les choses changent, progressivement, ces blogs font partie des leurs stratégies de promotion. Et il faut bien reconnaître à certains blogueurs un niveau d’expertise, de qualité, de liberté qui défie largement la qualité de certains critiques littéraires de grands media.
Un réseau de blogueurs organisé peut il soutenir les ventes d'un livre ?Un réseau de blogueurs organisé peut il soutenir les ventes d'un livre ?

Ces critiques littéraires « amateurs » ont aujourd’hui la véritable ambition de jouer un rôle dans la prescription et la reconnaissance des livres.

Depuis le début des années 2000, les blogs de critiques littéraires « amateurs" se sont multipliés sur Internet. Véritables acteurs de la critique, Ils concurrencent la presse littéraire et culturelle, ébranlent les jurys de prix littéraires (jurys souvent composés de lecteurs).
Babelio, initiateur de groupe de lecteurs amateurs "professionnalisants", jouit d’une grande reconnaissance professionnelle : «C'est le verdict des lecteurs ». Belle initiative, encouragée par les éditeurs dont on entrevoit naturellement les limites. Rares sont les livres dont on parle qui ne soient pas peu ou prou dans les listes d’ouvrages promus par les éditeurs.

Ces blogs, et on peut y inclure Babelio beneficient d’un nombre de visiteurs importants. Ils participent à la visibilité et au travail par lesquels les auteurs accèdent à une parole publique, auparavant consacrée à la tour d’ivoire de la critique littéraire professionnelle de la presse ou des médias audiovisuels.

Le pouvoir de prescription de la blogosphère littéraire.

Selon une étude, menée avec une dizaine d'écrivains, des editeurs et des libraires en 2017, les professionnels attribuent un pouvoir relatif de consécration et de prescription aux blogs littéraires, excepté dans des secteurs spécialisés : littérature étrangère ou littérature de « genre » . 
Dans ce domaine, les amateurs spécialistes concurrencent voire dépassent les professionnels en qualité de critique. Leurs compétences de références, d’arguments deviennent souvent un point de repère sur des types d’ouvrages, auxquels des milliers de lecteurs se réfèrent.

Mais les blogueurs veulent-ils se professionnaliser ? Leurs vocations n’est elle pas de donner régulièrement un coup de pied dans l’ordre établi ; Et surtout, grâce à Internet de souffler un air de liberté, de franchise. Se professionnaliser, c’est afficher, voire prouver ses compétences et sa culture : la fin d’un parler libre, l’impossibilité de faire des erreurs, s’exposer à une critique d’experts, se faire accuser de "favoritisme".

Les Maisons d’édition soignent-elles les blogueurs littéraires ?

Pour les maisons d’édition, le recours aux blogueurs permet de profiter d’un nouveau media, et d’occuper cet espace à bon compte : budget financier et temps consacré.
Les internautes sont nombreux ; ils choisissent sciemment les sites et blogs auxquels ils s’abonnent. La valeur d’intérêt et d’attention qu’ils portent à ces articles, est, on peut le supposer, plus importante qu’un spectateur lambda à une émission littéraire de grande écoute sur une chaine nationale. Preuve en est la nomination de responsables numériques dans les grandes Maisons d’édition.

La crédibilité d'un blog est immense, il n'est pas empêtré dans un faisceau d'intérêt, mis à part un Service de presse (condition minimale à son fonctionnement). Et sa liberté de communiquer est sans limite, le prix du "parler libre", de l'honnêteté.
Les blogs ne sont pas la stratégie de l’ultime défense pour les éditeurs. Ils les intègrent dores et déjà dans la batterie de promotion d’un livre. C’est après tout la parole du « consommateur », face aux « experts ». Et l’on sait la résonnance presque politique de ce type d'adage.

Quand le Prix Goncourt des Lycéens talonne voire dépasse régulièrement le Prix Goncourt en terme de ventes ; on décèle la force du lectorat « amateur » en matière de prescription. Et quand Katherin Pancol surveille comme le lait sur le feu son blog, on sent la sensibilité et l'indispensabilité d'un lectorat de proximité, rempart ultime et coeur de cible.
Cerise sur le gâteau, un blog est permanent. Les critiques archivées sont accessibles à tout moment par l’ensemble des internautes. Des traces permanentes qui font vivre une vie presque éternelle à un ouvrage. Une référence permanente. Resultat : des ventes residuelles, une ésperance de vie de l'ouvrage bien plus pérenne.

Si les éditeurs ciblent encore les médias traditionnels et accordent moins d’energie à la communication et l'’envoi de services de presse à la blogosphère, on sent un renversement de tendance. Un renversement de tendance non pas lié aux choix des éditeurs, mais à l’imposition naturelle de ces blogs comme une autorité naturelle.

Melissa da Costa, un florilège d’articles sur le net.

Melissa da Costa, Prix Concours monBestSeller, élue par les éditions Carnets Nord, a démarré une carrière sur les chapeaux de roue sur la blogosphère. La tonalité des articles des blogueurs sonne vrai. Et leurs descriptions, leurs conseils, leurs sensibilités en font les conseils avisés qu’on pourrait écouter au cours d’une soirée auprès d’amis cultivés et chaleureux. Transparence et honnêteté. Sans nécessairement être aveuglément d’accord.

Découvrez ci dessous, une série d'articles issus de blogs littéraires leaders sur l'ouvrage de Melissa da Costa : "Tout le bleu du ciel"

 

Toujours plus d'autoédités, toujours plus de blogs, ce qui rend le jugement impartial impossible. Il y a sûrement de tout, le problème principal étant toujours d'arriver à émerger de la masse par la qualité et non par le buzz virtuel. Les quelques blogs que j'ai suivis m'ont vite saturée, soit par leurs débordements égotiques, soit par le jeu de relai de coups de pouce que l'on retrouve ici, d'ailleurs. Trop peu d'avis éclairés et objectifs. Mais je ne suis pas blogueuse, vous l'aurez compris. Non seulement cette activité ne m'attire pas, mais je la trouve excessivement chronophage. Il me semble cependant que la fugacité de l'engouement fait la différence entre blog et critique littéraire, quel que soit le degré de pertinence. Merci pour cette tribune, Mélissa. Amicalement, Michèle

Publié le 16 Mars 2019

J'allais justement rajouter mon grain de sel pour souligner que chroniquer est un sacré exercice.
Et comme j'ai rencontré sur ce site une chroniqueuse talentueuse, j'ai envie de lui rendre hommage et la présenter (avec sa permission) à ceux qui ne la connaîtraient pas.
Il s'agit de Mélanie Talcott
https://www.lombreduregard.com/category/les-auteurs-indes

Publié le 06 Mars 2019

Il m'arrive de fréquenter quelques blogs littéraires, et j'ai tendance à penser que dans cette blogosphère le problème est le même que sur mBS, à savoir qu'on y trouve à boire et à manger, et plus souvent à boire qu'à manger. L'enthousiasme et l'amour de l'écriture et des livres sont très vraisemblablement nécessaires, mais ils ne suffisent pas. Car c'est bien beau de se déclarer critique (ou auteur), mais il reste à le prouver par ses oeuvres. Et ce n'est pas parce qu'on poste une critique sur son blog ou un autre qu'on acquiert automatiquement une légitimité. Critique est un métier, un métier qui requiert à tout le moins une vaste culture (et pas seulement dans le domaine considéré) et, par expérience, j'ai pu constater qu'il n'était pas rare qu'on encense un bouquin qui, à mon sens, ne valait pas le papier sur quoi il était imprimé. Alors, de quoi parle-t-on ? D'une blogosphère réellement critique, ou d'idiots utiles qui, sans même s'en rendre compte parce qu'ils croient jouir d'une belle liberté, jouent le jeu de l'édition traditionnelle dans ce qu'elle a de plus mercantile ? Car si l'impératif final est de vendre, de vendre et encore de vendre, si chacun peut se déclarer critique sans sacrifier à une solide exigence, qu'est-ce qu'il devient de la littérature (et je parle de la littérature dans son sens le plus large) ? Mais peut-être que je suis à côté de la plaque, peut-être qu'au fond la littérature tout le monde s'en fout, peut-être que ce qui intéresse seulement les auteurs c'est d'obtenir à peu de frais une sorte de reconnaissance qui passe par le nombre de bouquins vendus - et qu'importe le reste - vae victis, comme dit le chef gaulois Brennos quand il vainquit Rome.

Publié le 06 Mars 2019

En littérature tous genres et modes d’édition confondus, comme dans le commerce, le numérique a depuis peu favorisé l’inflation des blogs.
Certains se focalisent sur un genre littéraire précis, d’autres se déclarent, voire s’improvisent plus ou moins semi-généralistes, etc…
Bref, la plupart se cherchent encore une vraie identité : celle qui leur vaudra à terme une certaine légitimité, tant auprès des lecteurs que d’éditeurs professionnels qui y verront une opportunité d’externaliser à moindre coût une partie de leur communication.
Aujourd’hui, dans cette blogosphère de critiques littéraires, le tout et n’importe quoi cohabite avec la compétence. J’entends par compétence, celle qui produit des avis signifiants, que ceux-ci soient élogieux ou bien très critiques, mais aussi des avis dénués de tout clientélisme ou esprit tribal.
Le tri finira par se faire parce qu’il ne faut pas prendre les lecteurs pour des cons.
Un lecteur sérieux et prêt à payer un livre restera souvent sans indulgence. La plupart des lecteurs ont certes une perspicacité immédiate et un enthousiasme partial, mais ils ne s’y trompent pas.
Cela dit, je trouve cet article plutôt bien fait, mais l’un de ses paragraphes me choque un peu :
« … les blogueurs veulent-ils se professionnaliser ? Leurs vocations n’est-elle pas de donner régulièrement un coup de pied dans l’ordre établi ; Et surtout, grâce à Internet de souffler un air de liberté, de franchise. Se professionnaliser, c’est afficher, voire prouver ses compétences et sa culture : la fin d’un parler libre, l’impossibilité de faire des erreurs, s’exposer à une critique d’experts, se faire accuser de "favoritisme" »…
Opposer Liberté et compétence au prétexte de bousculer un ordre établi pour faire souffler un air de franchise ? Pas sûr que ce soit le principe à suivre à la lettre pour légitimer les blogueurs.
Quant à « s’exposer à la critique d’experts ». Ça me semble là faire partie de la règle du jeu pour gagner ses galons de blogueur littéraire, vous ne trouvez pas ?
Merci pour cet article.

Publié le 06 Mars 2019

La blogosphère, c'est un monde que je découvre doucement, à petits pas... Il est toujours difficile de toquer aux portes pour promouvoir ce que l'on crée, et pour moi la démarche de faire appel aux blogueurs fait partie des obligations de l'auteur autoédité. Obligation, un terme que je n'aime pas beaucoup car il rejoint la contrainte, et en matière d'écriture, j'aime la liberté. Quoi qu'il en soit, je me suis inscrite sur le site SP, pour voir, et j'ai proposé mes livres aux chroniqueurs. Un joli retour pour l'instant, et plusieurs en attente. Je participe aussi à quelques groupes de lecture sur FB. C'est une expérience pour le moment plutôt agréable, et je me surprends aussi à partager mon avis sur d'autres livres, avec autant de plaisir que de promouvoir les miens. C'est cette notion de partage et d'échange entre auteurs et lecteurs qui est plaisante, au-delà de l'aspect promotionnel qui à notre niveau sera toujours aléatoire. Parce qu'on a beau dire, on ne touche pas non plus les mêmes blogueurs que ceux "dragués" par les grandes maisons d'édition et qui eux, ont une réelle influence sur les courbes de vente des livres, j'en suis convaincue.

Publié le 05 Mars 2019