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Le 08 jui 2019

L'inspiration serait-elle à l'adulte, ce que l'imagination est à l'enfant ?

L'inspiration : Delphine Robin la cherche, elle en cherche les sources. Dieu que cette réflexion est délicate...
L'inspiration vient de notre âme d'enfantL'inspiration vient de notre âme d'enfant

Le passé source de création

Pour dire vrai, je ne m’étais jamais vraiment posé la question alors… là, tout de suite, maintenant, mon cerveau a préféré renvoyer la balle au principal intéressé : mon subconscient ! Bah oui, parce que toi là-haut, brave hébergeur du lobe occipital et du préconçu, c’est bien à toi que revient cette lourde tâche de nous donner une explication convaincante. Mais bien loin des grandes théories scientifiques et du brin d’humour dans la plume, quelques minutes de réflexion ont suffi à se rendre à l’évidence.

Incontestablement, la lecture et l’écriture ouvrent bien des portes, autant sur l’avenir que sur le passé. Pour mon compte, c’est donc vers le passé que se tourne ma théorie personnelle de la source de création. 

L'âme des enfants que nous avons été deviendrait-elle inspiration avec le temps ?

J’ai longtemps cru comme beaucoup d’adultes que j’avais perdu mon âme d’enfant. Au quotidien, j’ai un besoin vital de pratiquer des activités intellectuelles, d’apposer une étiquette cérébrale sur ce que je mets en œuvre. Force est de constater qu’aussi concentré que l’on puisse l’être, on peut toujours passer à côté d’une évidence, car en effet, mon imagination n’a d’autre source que mon âme d’enfant.

Celle que je croyais tari a juste muri. Les histoires de loup sont devenues polars, les princesses se sont reconverti en aventurières ou en femmes de loi, les méchants voleurs ont endossé le rôle d’élément perturbateur, tandis que le quotidien se décline en péripéties. L’histoire n’est plus Conte mais Littérature. 

Alors finalement, rien a vraiment changé, quand le crépuscule assombrit l’Humanité, et que crépite le feu dans les cheminées, l’Imagination se hisse sur l’oreiller, dans l’horizon de la fiction, ouvrant les portes sacrées de mondes imaginaires où tout prend vie ! Chaque nuit, telle une fontaine de jouvence, l’âme d’enfant qui vit toujours en moi invente et bâtit mes futurs écrits. 

Delphine Robin

 

 

 

 

@Delphine ROBIN Merci pour votre réponse, Delphine. Il est vrai que quand nous n'avons pas la possibilité de nous isoler, nous sommes souvent absents pour nos proches dans les période de gestation. Je vous ai réécrit à l'adresse commençant par "crd". ;-).@Gastounas, garder son âme d'enfant est trop facilement assimilé à "garder une forme d'innocence". Cela met en confiance dans une grande abstraction qui suppose que tous les enfants sont gentils et animés de bonnes intentions, ce qui est loin d'être le cas. Ce qui est intéressant est de débusquer la teneur de cette âme en lisant un auteur qui donne libre cours à son imagination. On y retrouve toutes les nuances, de la plus blanche à la plus noire. Bon week-end. Amicalement, Michèle

Publié le 14 Juillet 2019

@Colette Bacro, cette métaphore est la bonne, un terreau formidable en effet ! Pour ma part je suis vraiment persuadée que tout vient de l'enfance.
@Catarina Viti, qu'elle est jolie cette phrase : Adulte ? Jamais. Et si bien suffisante. Merci à vous, pour ces quelques vers si justement posés.
@lamish, c'est toujours un plaisir de vous lire, je n'ai pas eu votre mail en effet, il me faudra regarder à nouveau, je suis sans doute passée à côté, la faute à toutes ces pubs qui envahissent nos boîtes mails... Votre sœur avait raison, Rêver les yeux ouverts, ça existe et ceux qui connaissent cette échappée savent combien elle est magique. L'expression a fait naître un sourire en vous lisant car bien souvent ma fille me dit : houhou Maman, tu es partie où là ? Et mon mari de lui répondre : elle rêve, Maman. En effet, quand j'essaie de créer la suite d'un roman, je rêve très souvent les yeux ouverts.

Merci à tous, pour vos commentaires, les échanges sont une richesse vivante !

Publié le 12 Juillet 2019

Bonjour,
Pour moi l’imagination reste à l’adulte s’il a su garder son âme d’enfant. Ensuite l’inspiration fera le reste pour mieux happer le lecteur. Pour preuve des auteurs dont on parle moins comme Marcel Aymé qui s’est illustré avec ses contes du chat perché. Jonathan Swift avec les voyages fantastiques de Gulliver. Enfin, plus récemment, Claude Ponti auteur mais aussi dessinateur qui excelle dans l’univers imaginaire. Il a écrit aussi pour adulte, je me souviens de sa pièce de théâtre « la table » où son style haut en couleurs mélange l’étrange, le burlesque, avec des envolées d’une grande dimension poétique.

Publié le 12 Juillet 2019

Bonjour Delphine, heureuse de vous retrouver à l'occasion de ce nouveau billet. J'ai essayé de vous écrire lors de la parution du précédent, mais visiblement, vous avez dû changer d'adresse de courriel. Faites-moi un petit signe à l'occasion.
Pour avoir lu Marty, je vous rassure, votre âme d'enfant est toujours bien présente. Le réalisme poignant de la scène du placard témoigne de la fraîcheur du souvenir de vos émotions.
J'associe beaucoup l'inspiration à la capacité de rêver, de créer des vies au travers de scenarios débridés. Ma sœur appelait cela "rêver les yeux ouverts", ce qui était faux, puisqu'elle rêvait les yeux fermés, même si elle était consciente. Cette merveilleuse capacité n'a pas de limites jusqu'à ce que les contingences de nos vies ordinaires la rattrapent, nous en éloignent et l'étouffent, peu à peu. L'écriture comme la lecture sont autant de portes ouvertes pour réactiver cette merveilleuse donne dont nous sommes tous enrichis, enfant.
A bientôt, j'espère, pour la lecture de votre nouveau roman évoqué dans votre précédent billet.
Amicalement,
Michèle

Publié le 09 Juillet 2019

Bonjour Delphine, je crois en effet que mBS nous a fait un très beau cadeau en nous proposant cette réflexion sur les sources de notre inspiration.
Comme vous, je ne m'étais encore jamais posée la question, et comme vous, j'ai demandé à cette part non-consciente, "non adulte" de me donner quelques pistes. Comme par hasard, je suis tombée sur ces vers de Pasolini qui croyait au génie de l'enfance
Adulte ? Jamais. Jamais : comme l'existence
Qui ne mûrit jamais, qui reste toujours verte
De jour splendide en jour splendide
Je ne peux que rester fidèle
A la merveilleuse monotonie du mystère. (...)

Comme vous, je vois dans l'enfance le creuset de l'imaginaire : une période magique où le cerveau se fait sculpteur et découpe, et tranche dans le réel avec une inventivité phénoménale. Je suis également persuadée que créer revient à se reconnecter à cette fusion intérieure. Merci pour ce billet !

Publié le 09 Juillet 2019

@Delphine Robin. Je crois aussi que les enfants étant très impressionnables, ils emmagasinent plein de petits souvenirs très sensibles quelque part dans leur tête et que ça ressort plus tard, selon un mode inconnu pour l'instant ! Parfois, ils sont travestis ou ils mutent. Mais c'est sûr, les souvenirs d'enfance sont un terreau formidable et quasi inépuisable où pousse notre inspiration !

Publié le 09 Juillet 2019