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Le 07 aoû 2019

L'inspiration : la chercher ou l'attendre

Inspirez... expirez... Autant de souffles contraires et complémentaires, centripètes et centrifuges, qui rythment la vie physique, intellectuelle et spirituelle. La création ne serait donc que la manifestation de l'inspiration.
"Quant à l'inspiration, cette recluse rebelle, je suis une paresseuse. J'attends qu'elle vienne d'elle-même, qu'elle me déloge de moi-même""Quant à l'inspiration, cette recluse rebelle, je suis une paresseuse. J'attends qu'elle vienne d'elle-même, qu'elle me déloge de moi-même"

Inspirez... expirez... invite le pneumologue en tendant l'embout du spiromètre au patient. 
Inspirez...expirez... scande le professeur de gymnastique pour stimuler l'oxydation des corps. 
Inspirez... expirez... susurre le coach en méditation, espérant que la sagesse vienne de ce souffle rythmé. 
Inspirez...expirez... poussez... ordonne la sage-femme à la parturiente au moment de l'expulsion du nouveau- né.
Autant de souffles contraires et complémentaires, centripètes et centrifuges, qui rythment la vie physique, intellectuelle et spirituelle. La création ne serait donc que la manifestation de l'inspiration.

Mais si l'on ne s'interroge pas sur cette dernière lorsque l'on respire machinalement, bien que l'on meure de ne plus inspirer et que curieusement la mort soit signée d'une ultime expiration, la question se pose quand la création se meut en créativité. D'où vient-elle ?

L'inspiration a ses outils

Je dirais pour ma part qu'elle a ses outils - le rêve, l'imagination, les émotions, voire les obsessions, la souffrance aussi  – et ses manies et rituels. Salinger ne pouvait écrire que nu, Balzac vêtu d'une bure de moine et chaussé de babouches marocaines, Philippe Roth marchait, même entre deux phrases. Simenon se shootait au café, Fitzgerald et Hemingway à l'alcool, Agathe Christie aux pommes. Colette ne pouvait écrire que sur du papier bleu, Edmonde Charles Roux les pieds fourrés dans des chaussettes, toujours du même modèle et trop petites pour elle et Walter Scott, à cheval ! Quant à moi, les cigarettes me sont indispensables, tout comme une généreuse bibliothèque autour, les livres étant des témoins silencieux fort bavards.

Ecrire : pour gagner du temps, il faut savoir en perdre

Quant à l'inspiration, cette recluse rebelle, je suis une paresseuse. J'attends qu'elle vienne d'elle-même, qu'elle me déloge de moi-même, fidèle en cela à Henry Miller qui prophétisait que pour gagner du temps, il fallait savoir en perdre. Même à son insu. 

Je ne rêve pas ou plutôt, je ne m'en souviens pas. Mais certains matins, je me réveille avec l'impression d'avoir appris quelque chose que je suis incapable d'expliquer. C'est là et c'est tout. Il m'arrive alors de rédiger en quelques minutes ce que, à tête reposée, me demanderait des heures besogneuses. La colère également, toute comme la mélancolie, sont sœurs de cette inspiration expéditive.

Je m'échappe aussi toute éveillée. Où ? Je l'ignore. « Tu étais partie où, là ? » est la phrase qui m'ancre de nouveau en terre. 

Je parle peu. Je n'en éprouve pas le besoin, trouvant que souvent, l'on n'a pas grand chose de bien neuf à exprimer. Taiseuse oui. Mais j'écoute et observe. Et là, je suis en mode panoramique. J'absorbe tout. Les couleurs, les odeurs, les goûts, les paysages ou les décors, les mouvements des uns et des autres, leurs vêtements, leurs expressions, leurs paroles et leurs silences. Une façon peut-être de pallier à mon manque d'imagination, le futur n'existant pas pour moi et ne se résumant qu'à une projection truquée de ce que nous aimerionsqu'il soit ou répondant à une angoisse diffuse de l'inconnu, voire du pire possible. La science-fiction pure ne me transporte pas, d'autant plus que souvent, elle repose sur des codes qui ne se projettent pas dans une distorsion de la réalité. 

L'inspiration : une nomade de l'inconscient

Mon inspiration est une nomade de l'inconscient, mais toujours en prise avec la réalité, celle que j'ai vécu, que je vis ou dont je suis spectatrice. Somme toute, l'inspiration est la synthèse de ce que l'on est. Elle est constituée de nos grandeurs et de nos misères. De notre lumière et de notre obscurité. Il s'agit de relier les êtres et les choses entre eux. Une intuition qui va au-delà de l'intelligence analytique.

Ecrire, du moins est-ce ainsi que je le perçois, est d'abord un exercice dichotomique. « Je » s'abstrait et devient réellement « un autre ». Tous les autres. La vie est un vivier inépuisable. Pourquoi diable allez chercher ailleurs ce que l'on a sous la main, ou plus exactement sous la plume ? 

Mais ne nous prenons pas au sérieux. Comme le remarquait fort justement Dali : « Ne craignez rien, la perfection vous ne l'atteindrez jamais. ».

 

Mélanie Talcott – 5 juin 2019

 

 

 

 

 

10 CommentairesAjouter un commentaire

@Filippo Fuchs,@Colette Bacro,@Fe.ankh,@lamish,@MURIEL LAROQUE,@Catarina Viti,@Delphine ROBIN,@Hubert LETIERS
Bonjour,
J'espère que vous ne m'en voudrez pas de ce tir groupé en réponse à vos sympathiques commentaires. Je viens de prendre connaissance de la publication de "T'as de beaux yeux, tu sais..."... Ma foi,fort inspirant. Amicalement, Mélanie.

Publié le 20 Août 2019

Inspirez… Expirez oui. On peut y ajouter :
Aspirer… Exprimer
Aspirer à d'autres mondes, plus joyeux. Exprimer ses joies, ses peines, ses souffrances, ses espoirs…
L'inspiration est l'expression du moi intime.

Publié le 14 Août 2019

@Fe.ankh. Moi aussi, j'ai besoin de musique, selon ce que j'écris. Cela me permet de m'extraire du monde et me met dans un état d'esprit adéquat. Pour mon roman, ce fut Pink Floyd pour la première mouture puis Muse pour la seconde. Muse, un nom parfait pour taquiner la muse ! Ceci dit, une fois concentrée sur l'écriture, je n'écoute plus la musique... mais peut-être continue-t-elle a m'inspirer à mon insu ?

Publié le 14 Août 2019

L'inspiration vient de ce que l'on vit et voit, oui... De la curiosité aussi... Mais surtout du moment où l'on arrive à lâcher prise avec notre esprit. L'inspiration, c'est le subconscient qui s'exprime sans barrière.
En tout cas, c'est comme ça que je fonctionne. Écrire sans penser.
Un bon rituel : une musique adaptée à ce que l'on souhaite écrire.

Publié le 13 Août 2019

Merci, Mélanie, de faire profiter MBS de votre pertinence. Je crois que le plus dur, dans le contexte actuel de l'édition, est d'arriver à suffisamment lâcher prise pour favoriser l'émergence de notre inspiration et s'y abandonner sans la moindre hésitation, en confiance. J'entends par là de ne pas commencer à se demander si ce qu'elle nous souffle est dans l'air du temps, ou ne répond pas à des standards suggérés telles des recettes magiques finalement coupeuses d'élan. Quant aux rêves, je fais vraiment le distinguo entre les rêves, qui se produisent lors de notre sommeil paradoxal, et ceux que nous alimentons, éveillés. Même si leur délestage libère et favorise la créativité, les premiers sont là pour préserver notre équilibre psychique. Les seconds pour imaginer au-delà du canevas de nos quotidiens et de ce que renvoie notre monde. Pour ce qui est des rituels, nous en parlons beaucoup concernant l'écriture, mais il me semble que les gens qui les cultivent à l'extrême ou qui ne peuvent créer que dans un cadre bien défini le font pour calmer leur anxiété. Une anxiété réputée pour être un des pires ennemis de l'imaginaire. Cela peut aller jusqu'à la superstition, aux troubles obsessionnels compulsifs, les accompagner au quotidien, quelle que soit l'activité... Ceux que vous décrivez, pour certains, ne manquent pas d'originalité. Pour ma part, et tout comme vous, je ne peux écrire sans cigarettes... chacun ses manies ;-). Merci pour ce billet. Amicalement, Michèle

Publié le 09 Août 2019

@Mélanie Talcott
Bravo pour cet article sur l'inspiration, la chercher ou l'attendre ? Je dirai plutôt la suggérer, l'aider.
Relire des phrases d'auteur qui m'inspirent, notées sur mon carnet, ou des expressions diverses : jaillir du gosier, être faussement docile, avoir quatre fers aux feux, etc ...
Parfois ( trop rarement ) je me réveille entre 5 h et 6 h du matin , mon cerveau reposé se met en marche tout seul et me dicte ce que mon personnage doit faire. Mais je le concède ce n'est pas toujours réussi .
Merci aussi de nous avoir fait redécouvrir les rituels des écrivains.

Publié le 09 Août 2019

Salut, Mélanie.
Comm' d'hab, tu n'écris pas pour rien dire. La vache !
Je vais faire chorus sur deux des thèmes que tu abordes :
L'absorption, d'abord. Je ressens cela aussi. Un créatif est un papier buvard. Il absorbe la réalité comme un miroir absorbe l'image qui s'y reflète. Et c'est bien là le hic : une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Et comme le papier buvard, au final, le créatif se tamponne de la réalité puisqu'il l'invente.
Les émotions ensuite, outil de l'inspiration. Le premier bouquin que j'ai écrit et qui a été édité (donc abouti à 100%) m'a été dicté par la colère. Une colère de derrière les fagots, tellement énorme que je n'aurais pu la contenir sans abîmer ma santé.
Saint-Cloud Ménilmuche, Mélanie, pour ce joli billet.

Publié le 09 Août 2019

Bonjour Mélanie,
j'ai beaucoup aimé votre phrase "les livres sont des témoins silencieux fort bavards." Elle a donné une image à un sentiment que je connaissais sans jamais avoir pu le caractériser réellement.
Je retiendrai une autre phrase "pour gagner du temps, il faut savoir en perdre". Tout auteur s'y retrouve. L'imagination est là, l'inspiration la rattrape mais il faut encore bien souvent du temps pour que le tout s'imbrique et que nos doigts se dirigent vers le clavier avec une vision nécessaire de l'histoire jusqu'à sa finalité. J'ai commencé votre roman, je pense passer un excellent week-end grâce à vous ! Merci pour vos textes. Bien amicalement, Delphine

Publié le 09 Août 2019

J’aime les articles qui me parlent ! celui-ci en fait partie.
Perdre mon temps à inspirer la réalité, j’adore. Surtout en « mode panoramique » comme l’écrit Mélanie.
Imaginer ensuite comment je vais pouvoir contredire cette réalité… là, je kiffe avant même d’avoir expiré le moindre mot.
L’inspiration à l’état pure, abstraite et déconnectée de toute réalité, je n’y crois pas.
Je suis probablement incapable d'imaginer à quoi cela pourrait bien ressembler, même en braconnant l’inconscient aux confins de la folie.
C’est toujours dans l’inopiné du réel que mes mots respireront pour lui donner une autre vie, pour l’interpeller différemment de ce qui a déjà été fait. Pour lui désobéir, le contredire, brocarder ses consensus les plus iniques.

Publié le 08 Août 2019

Voilà une belle chronique, porteuse de pistes de réflexion passionnantes ! La dualité y est partout présente, il me semble. J'adore l' expression de Mélanie "l'inspiration, une nomade de l'inconscient". Elle n'arrive que quand on est mûr pour la recevoir. C'est vrai que le sommeil est propice, peut-être parce qu'on est hors du monde, recentré, et qu'on baisse assez la garde pour la reconnaître et l'accueillir. Je suis d'accord, pas besoin d'avoir une imagination délirante, il suffit de bien observer le monde autour de soi… une mine inépuisable ! J'ai aussi beaucoup aimé les rituels de ces auteurs célèbres...

Publié le 08 Août 2019