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Le 23 mar 2020

« Comment ça, rien ? »

CHIARA CATALINA

Tu es assis sur le rebord de ta fenêtre, à regarder ce monde vidé de tous ses gens. Il t’est devenu étranger. Pas une voiture, pas un passant, rien. Rien d’autre qu’un drôle de silence.

Rien ?

Comment ça, rien ?

Et les oiseaux ?

Le vent ?

Tu ne les entends pas ?

Écoute, écoute encore.

Ce drôle de silence, c’est un souffle, une respiration. Il est sons, ritournelles et mélopées que je donne, moi, la terre, et que tu peux entendre quand les hommes se taisent. Je suis tout sauf silencieuse. Les feuilles de mes arbres bruissent sous la caresse du vent, elles dansent, jouent avec la lumière, mes fleuves glissent sur leur lit. Si tu es attentif, tu les entendras rire aux éclats. Je ne fais pas de bruit, je chante, fredonne, souris quand le soleil paraît. Je suis tout ce que tu n’es pas, toi qui vis sur ma peau. Je suis vivante. Si vivante, et si seule de ton absence.

Les temps n’ont pas changé. Ils se sont, pour quelques jours, semaines, échangés. Celui du bruit permanent qui empêche les véritables pensées de déborder ton quotidien a disparu derrière celui de mon « silence » si expressif.

Écoute-moi.

Entends-moi.

Ce silence obligé, contraint, pesant, souhaite-lui la bienvenue. Il te dit de t’arrêter et d’observer ta façon d’honorer la vie, de t’honorer, toi,  et de m’honorer, moi.

Il te demande de te rencontrer, toi, avant de rencontrer les autres. Alors ces autres, demain, tu les rencontreras vraiment.

Tu es chez toi, confiné,  dans l’espace que tu regagnes avec bonheur chaque jour quand tu quittes ton travail.

Tes amis te manquent ?

Ils sont là.

Tes petits verres en terrasse ?

Ils reviendront avec davantage de plaisir.

Car le plaisir perd toute saveur quand il est trop fréquent. Si tu veux que ton monde change vraiment, pense à ta façon de l’accueillir. Si tu reviens à l’essentiel, si tu apprends à profiter des petits bonheurs qui font les grands, ton monde aura vraiment changé. Laisse-moi caresser ton visage d’un brise soyeuse, laisse-toi aimer par le soleil qui nous rend, toi et moi, vivants. Lève le nez, contemple le ciel, joue à trouver les dessins de ses nuages.

Et pense à tous ces gens partis et qui partiront, emportés par ce chercheur d’hôtes qui frappe au hasard. Remercie-les d’avoir sacrifié leur vie pour que tu puisses goûter la tienne comme il se doit. Prends mon silence, je te le donne, comme une chance, avant que la folie ne s’empare de nouveau de tes jours. Si tu finis par entendre ce qu’il te dit, alors oui, ton monde à toi aura définitivement changé.

Écoute, écoute et entends le silence.

Je te le dis encore, je te le donne, comme une chance…

@Chiara Catalina
/n
Charia, accroché à vos mots je m'étonne que votre roman "Soleil Bleu" ne le soit pas à ce billet.
Un roman que l'on dévore en apnée, tellement votre plume est magique. Notamment, lorsque vous abordée l'idée d'un génocide planétaire, organisé autour d'un vaccin vérolé pour soigner les gens contaminés par un virus; une méthode radicale pour réduire le genre humain et la surpopulation.
Alors; @monBestSeller, un petit oubli !?

Publié le 04 Avril 2020

@Domi MONTESINOS, merci à toi...

Publié le 26 Mars 2020

Merci Chiara pour cette ode au silence qui invite à ouvrir nos sens afin de redécouvrir les plaisirs simples et délicats que la nature nous offre si généreusement.
Puisse cette épreuve conduire notre monde vers un peu plus de sagesse et un peu moins d'agitation.
Jolie texte optimiste

Publié le 25 Mars 2020

@porphyre, oui, oui, vivent les piafs, les vents...

Publié le 23 Mars 2020

@Chiara Catalina
Comme vous avez raison ! Le silence est assourdissant... Et vivent les piafs, et vivent brises, aquilons, zéphyrs et autans ! On respire, non ?

Publié le 23 Mars 2020

@lamish, un peu de "joli", dans ces temps difficiles, me semblait important... ;-)

Publié le 23 Mars 2020

Pourquoi ne suis-je pas étonnée de lire ces mots de toi ;-) ? Superbe billet, Chiara ! Merci :-) !

Publié le 23 Mars 2020