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Le 14 avr 2020

Qu'est-ce que l'argot ? Où et comment l'utiliser ?

Peut être que cette période difficile va nous y faire recourir plus souvent ? C’est comme une musique imagée qui évoque plus qu'elle ne dit, qui évolue sans cesse : pas de frein à l’imagination, pas de frein à la création, et pourtant bien codée.
"Tu t'incrustes, tu t'incrustes, ça va finir par faire du vilain""Tu t'incrustes, tu t'incrustes, ça va finir par faire du vilain"

Quand on voit Arletty dans Hôtel du Nord, on aime les phrases, on aime l'accent. Mais on apprécie aussi le "ressenti" de ceux qui  parlent l'argot, ils vivent plus intensément leurs mots "lâchés" comme des bêtes sauvages. La vérité brute serait-elle dans l'argot.

L’argot est un langage

Attention, l’argot, ce ne sont pas des gros mots ou des injures, c’est tout un art, une convention qui ne s’apprend pas, une convention qui se vit, un apprentissage de la rue, de la profession, de son milieu social ou sa communauté par les mots, les expressions et même une langue.

Saviez vous que l’argot était la langue des voleurs ?

Ce sont les hors la loi, les vagabonds, les escrocs qui jadis la pratiquaient… Tout simplement pour ne pas être compris, pour masquer leurs propos et échapper à la compréhension des « honnêtes gens ».

L’argot est né de la langue française, de simples créations, de néologismes

Soit simplement créé, soit né de vulgarisation de la langue l'argot la fait vivre et vibrer. L'appellation argot est relativement récente puisqu’il ne date que du XVII ème siècle. Certains prétendent qu'étymologiquement, il vient du mot « jargon » et de « ragot ».
Dans le Littré, on propose comme origine , le mot « argu » qui signifie en vieux français « querelle », par le biais d’ « argutie »

L’argot passe en littérature

En 1755, Grandval crée un dictionnaire de l’argot qui fait référence ; et c’est ainsi que l’argot passe de la langue parlée à une langue institutionnalisée, que Victor Hugo, entre autres, utilise abondamment dans « Les Misérables ». Plus tard à d'autres fins des auteurs policiers comme Frederic Dard.

L’argot est vivant : de la rue à la littérature au cinéma

L’argot évolue : D’Eugène Sue à Vidocq, en passant par Audiard. Certains de ses dialogues donnent des saveurs particulières à la langue française. 
Fréderic Dard, Alphonse Boudard, Pierre Perret, le verlan, les lycéens, les cités le font vivre.

 A l’inverse de l’injure ou d’une langue plate de lieux communs et d’expressions types, l’argot génère des images, des reliefs.  
Bizarres, détournées, ces images ont un parfum spécial et donnent un sens renouvelé aux expressions de la langue française. Pour appuyer le réalisme, pour dramatiser le sens, mais aussi pour le dédramatiser en leur donnant une violence exagérée. Le symbolisme et l’analogie sont parmi les recettes.

L’argot se crée tous les jours 

Que ce soit des abréviations, des rallonges, il emprunte beaucoup au Français qu’il déguise ; mais il est capable de créer des expressions, des locutions, des mots. Et si l’on écoute Victor Hugo, l’argot a sa syntaxe, sa grammaire et même sa littérature.

L’argot est multiple

Il n'existe pas un, mais des argots par milieux, par régions, par thèmes : sexualité, drogue, profession… Il utilise le richesses de la langue française pour jouer d’un pouvoir d’évocation.

On peut avoir le sentiment qu’il s’appauvrit car le français d’aujourd’hui a moins besoin de masquer son message que de signifier l'appartenance à son groupe et plus précisément son rejet de la société d’aujourd’hui. Par le langage de la cité par exemple.

Quoiqu'il en soit, l'argot est souvent une musique, un art de la rue et des métiers, à savourer avec un peu de gêne parfois. Car il n'y a pas de plaisir sans gêne. N'est-ce pas ?

 

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