Interview
Le 13 jui 2020

L’avocat du Diable.

Certains avocats craignent leurs clients. Car si toute cause doit être défendue, certaines sont dangereuses. Bien qu'il faille être proche de ses amis, et encore plus proche de ses ennemis, le risque est toujours latent. Une réponse à l'appel à l'écriture monBestSeller : "Dorénavant..."
Quand on défend le diable on se permet de lui ressembler un peu. Quand on défend le diable on se permet de lui ressembler un peu

Mon client est un assassin. Ses victimes hantent mes jours. Il ne mérite aucune indulgence. 

Mais quand on naît dans une mystérieuse soupe de sorcière, sur les étals d’un marché de misère dans une ville à l’atmosphère enfumée. Que dans ce marasme on arrive à grandir. Qu’à force d’acharnement, d’opportunisme, on devient une star mondiale, alors on perd la tête. On est sur tous les écrans de télévisions, dans toutes les conversations. Quand le monde s’arrête pour vous laisser passer, vous comprenez bien que l’on oublie toute rationalité. C’est arrivé à beaucoup. 

Comme eux, il a de l’ambition. 

En plus, sachez qu’il n’a pas l’impression de mal se comporter, il suit les mauvais exemples. Il a été mal élevé.

Il se gave, voyage, n’imagine pas les conséquences de ses actes, profite des plus faibles. Use de son pouvoir. S’enrichit. Colonise. Se nourrit de nous.

Vous en connaissez des organismes qui ont la sagesse de se restreindre ?

Moi ! je n’en connais aucun. Même chez les plus évolués...

Je dirai, quand on défend le diable on se permet tout, qu’il nous ressemble un peu. 

Pas à chacun de nous, mais à l’humanité, à sa partie sombre. 

A celle qui mène le monde. 

Et que pour cela, il est bien difficile de le juger. 

Il profite de nos carences, de notre propension à nous croire le centre du monde, il frappe là où nous sommes les plus faibles. 

Il arrive au printemps, quand on se relâche, que l’on pense déjà à la plage, aux balades, quand on est moins concentré, moins en alerte. 

Il injecte son poison, affaiblit notre empathie, nous confine, nous sépare, nous dresse les uns contre les autres, nous embrouille. 

Il évite les plus jeunes, leur donne le temps de vieillir. Il fait des réserves. Il parie sur l’avenir, s’installe dans le temps. 

Quel que soit le projet, militaire, économique, religieux, notre histoire, même récente, regorge d’exemples de pratiques similaires, dégouline de cynisme, de cruauté. 

Il fait la guerre. C’est une horreur ! Ce n’est pas nouveau.

J’ai des fois l’impression que nous lui servons d’exemples et de victimes.

Qu’il est notre jumeau fratricide.

Il est ébloui par les mêmes étoiles qui sont responsables de notre aveuglement.

Il imagine que sur terre tout est à sa disposition.

Il prospère dans la sagesse évaporée.

Ne serait-il pas à notre image ?

Mon client mériterait la peine capitale ? Impossible, il est immortel. 

Il sera toujours là. Tapi dans le glauque, à nous regarder admirer le futile, mépriser ceux qui nous servent, vénérer nos modèles de pacotille, nous battre pour des pots de Nutella. 

Il a déjà jadis tué des poètes, propulsé des dictateurs. Provoqué des famines, des rivières de larmes. On a invoqué la volonté divine, brûlé quelques sorcières et bossus, on s’est cramponnés à nos caddies, et nous avons continué à lui brosser le tapis pour qu’à son retour les conséquences de son appétit soient encore plus terribles. 

Mon client demande si des circonstances atténuantes ne peuvent pas être ajoutées à son dossier. En effet il a fait taire, temporairement, ceux qui sur la terre font le plus de bruit. Grâce à lui, les autres sont devenus audibles. 

Mon client est un assassin. Il ne mérite aucune indulgence.

Alors, dorénavant, si nous ne pouvons pas tuer ce vampire, faisons en sorte que tout le monde soit à l’abri quand vient la nuit.

Yvan Ollive

Et oui c'est le problème de la société actuelle , on penche vers ce qui nous arrangent pour nous faire pardonner , une sensation de bien faire même si ce n'est pas le cas , cela minimise les mauvaises actions..

Publié le 20 Juillet 2020

Très bien, alors les grenouilles à grande gueule se sont tues !!! (j'aime bien l'expression). C'est sûrement vrai, surtout en Europe, car ici, en Asie elles chantent du matin au soir et la nuit....
/n
Maintenant, c'est l'heure des déceptions pour tous ces imbéciles heureux qui clamaient haut et fort : "Plus rien ne sera comme avant; et dorénavant vous verrez ce que vous verrez". Et on a vu ! Rien ne change, sinon que le pire pointe son nez à notre porte, un nez encore plus menaçant.
/n
Allez, pauvre de vous, allez refaire ce monde incurable. Bien cordialement Kroussar.

Publié le 16 Juillet 2020

Très beau texte, Yvan. Je pensais ne jamais le lire, sur MBS, puisqu'il répond au pénultième appel à écriture, mais peu importe, car il ratisse large, bien au-delà de la responsabilité pénale d'un petit virus qui continue à faire parler de lui après avoir déchaîné les passions les plus massives, les plus basiques, multiplié les déclarations de guerre pour des "pots de Nutella", envahi les réseaux sociaux via les "grenouilles à grande gueule"... Grenouilles que l'on n'entend plus depuis. Elle se sont tues ; toutes en même temps ; comme la nuit, au bord des étangs. Prise de conscience collective ? me suis-je demandée un instant. Ce serait merveilleux ! Que nenni, vieille rêveuse, m'a répondu ton client, mort de rire : peur, mimétisme, atavisme et tutti quanti... Que decepción :-) ! Grand merci pour ce billet et bonne journée. Michèle

Publié le 15 Juillet 2020