Interview
Le 23 jui 2020

Viktorine ou un été presque parfait...

Quand la passion vibre trop... Une réponse de Viktorine à l'appel à l'écriture monBestSeller
Elle respirait à peine, ne faisait aucun geste, de peur de laisser ce moment s’échapper.Elle respirait à peine, ne faisait aucun geste, de peur de laisser ce moment s’échapper.

            Son corps nu, immobile, si pâle, étendu sur le tapis rouge et or, comme un rappel à ces femmes peintes par Klimt. Femmes alanguies, dans leur décor mordoré, le regard fuyant les centaines d’yeux venus contempler l’objet du scandale. 

            A ses côtés, il est là, le souffle court de celui qui vient de se donner du plaisir. Sa peau brille, sous l’effet du rayon de lumière qui passe à travers le rideau. Les minuscules gouttelettes de sueur qui recouvrent ses poils sombres, font l’effet d’étoiles recouvrant son corps. Sa main, forte, est posée sur son bas ventre, elle monte et descend au rythme de sa respiration qui commence à s’apaiser lentement. Il ressent encore sous ses doigts la chaleur de son corps à elle, sa langue qui passe lentement sur ses lèvres retrouve le goût du sel de sa peau, encore une fois.

            Ce goût qu’il avait découvert quelques mois plus tôt était devenu plus puissant que n’importe quelle dope. Une seule prise et aujourd’hui il ne pouvait plus s’en passer. Il était devenu accro tellement rapidement qu’il ne se reconnaissait pas. Il avait suffi d’un regard pour qu’il succombe. Il avait plongé dans l’abîme de ses yeux verts, depuis il se refusait à remonter à la surface. 

            Elle, allongée sur le dos, sentait refouler la vague qui venait de la submerger. Les décharges électriques, au creux de ses reins baissaient en intensité, laissant un répit à son rythme cardiaque. Elle respirait à peine, ne faisait aucun geste, de peur de laisser ce moment s’échapper.

            Aucun d’eux ne bougeait, comme si le moindre mouvement aurait pu faire disparaître l’autre, transformer l’instant en mirage.

            C’était devenu une peur panique, qu’il ne soit qu’un fantôme, issu de son imagination.

            Alors ils savouraient chaque instant, dans leur chair, dans leur sang, comme un shoot qui ne durait jamais suffisamment. Et la descente leur faisait toujours aussi mal. Une douleur qui leur déchirait les chairs, et qui les laissait engourdis de longues heures. Pour ceux qui s’en inquiétaient, ils avaient pris l’habitude des histoires inventées pour retrouver la paix. Une douleur lancinante qui les fatiguait, un travail épuisant, un dossier qui empêchait toute distraction. Et les histoires passaient comme les jours et les heures éloignés l’un de l’autre.

            Chaque matin qui se levait devenait un nouvel espoir de se retrouver, de voler des moments rien qu’à eux, pour eux. Et chaque soirée qui avait vu leur espoir s’envoler, avait le goût amer de la solitude, du manque qui les privait de leur oxygène, de leur dose. 

            Ces deux-là avaient succombé au premier regard, sans états d’âme, sans retenue. Une folle passion qui les entraînait dès le départ, sur des chemins qu’ils pensaient ne jamais emprunter, des plaisirs interdits et coupables. 

            Chaque séparation devenait toujours plus dure, leurs respirations devenaient plus difficiles durant ces instants. Et ces derniers mois de confinement avaient sérieusement entamé leur volonté. Chacun dans leur quotidien, ils avaient vécu le manque, les jours sans nouvelles, les heures sans plaisir, les minutes d’absence. Les jours avaient coulé sur eux, comme un liquide brûlant, ravivant leurs plaies inexorablement. Alors ces retrouvailles de cet après midi, devaient les laisser amers une fois de plus ou les convaincre que leur secret ne devait plus en être un. Tous ces morts autour d’eux, ces vies en suspens qu’ils avaient côtoyés ces dernières semaines dans les couloirs de l’hôpital où ils travaillaient les hantaient, leur rappelaient que la vie est une loterie, un passage qui pouvait être trop rapide.

             Ils avaient pris leur décision après cette ultime étreinte, il était temps de mettre un terme à ses jours mensongers, cette vie en suspens. Chacun dans leur voiture, ils se séparaient, une dernière fois. Sur le chemin il ne résista pas à cet appel, celui du courage, de leur nouvelle vie :

- Oui ?

- Ma chérie, je t’aime. On va être ensemble, toujours.

- Moi aussi je t’...

Cri

 

Merci beaucoup Mr Loiseul

Publié le 28 Juillet 2020

@Viktorine Une nouvelle de bonne qualité qui respecte les codes de la nouvelle avec une chute qui coupe le souffle

Publié le 27 Juillet 2020

Merci beaucoup. j'ai publié un autre texte, mais dans un autre style.. que vous aimerez peut être moins..
Je suis très touchée par vos mots. J'écris depuis de nombreuses années mais jusqu'à récemment je détruisais mes textes. Une amie m'a convaincue de me lancer et votre commentaire, me laisse les larmes au bord des yeux... Merci à vous

Publié le 26 Juillet 2020

@Viktorine,
Un texte magnifique, puissant, tout en finesse, empreint de poésie comme je les aime. On se laisse transporter par ces mots d'amour, de retrouvailles pour deux amants encore marqués par les contraintes de la crise sanitaire, leur confrontation aux personnes atteintes, la mort pour certaines d'entre elles.
Un été presque parfait... tout est dans le dernier mot qui suggère le pire.
Cet appel à l'écriture est l'expression d'un talent que je vais avoir plaisir à lire.
Merci pour ce partage. MC

Publié le 26 Juillet 2020