Interview
Le 01 oct 2021

"La complexité des choses simples" Sélection de septembre du Prix Concours

La complexité des choses simples est la Sélection de septembre du Prix Concours monBestSeller. Interview d’un auteur généreux qui rend compte à travers des réponses précises de la richesse ambigüe d'un roman apparemment simple.
Damian Jade, chez lui, à MarseilleDamian Jade, devant ses calanques où il se ressource
Question: 

 

Damian Jade, vous êtes arrivé il y a quelques mois sur monBestSeller et depuis avez publié une douzaine de livres et nouvelles et avez beaucoup participé à l’animation du site : commentaires sur d’autres livres et tribunes, appels à l’écriture… Comment êtes-vous arrivé ? Et que diriez-vous de vos premières impressions sur monBestSeller ?

 

Réponse: 

Damian Jade. Déjà, je vous remercie pour cette démarche qui me touche beaucoup.
Je suis arrivé par hasard. Un jeune ami, qui sortait d’un séjour en hôpital psychiatrique et qui m’avait parlé de son envie d’écrire des nouvelles, a ressenti le besoin d’extérioriser une partie de son expérience et a souhaité que je l’accompagne dans sa démarche. De là, nous nous sommes mis à écrire à quatre mains (oui, nous sommes tous les deux ambidextres !). Cela a donné une petite nouvelle (Service Zen) que j’ai souhaité prolonger en un court roman (Service Zen B qui sera édité très prochainement). Nous ne savions pas du tout ce que cela pouvait valoir et je me suis mis en quête d’un site de lecteurs connu pour faire des retours.

monBestSeller, c’est, pour moi, le moyen d’être commenté, analysé, conseillé, évalué. Très rapidement, j’ai découvert la mine d’or : une multitude d’écrits en tout genre.

Le plaisir d’avoir co-écrit avec cet ami s’est rapidement transformé en envie de tenter à nouveau, puis en besoin de poursuivre, pour finalement devenir mon activité favorite. Mes impressions sont diverses, faites de plaisir, d’interrogations, de frustrations, de surprises, de sourires, d’émotions et de critiques. Le site mérite d’être traité comme un être vivant, avec respect et bienveillance ; avec franchise aussi.

 

monBestSeller, c’est, pour moi, le moyen d’être commenté, analysé, conseillé, évalué.

 

Question: 

Quels sont vos goûts en matière de lecture, comment sélectionnez-vous les livres que vous lisez et commentez ? D’univers proches des vôtres, ou au contraire ?

Réponse: 

En matière de lecture comme en matière de tout art, mes goûts sont d’un éclectisme insolent... Ça frise l’irrespect, tant je me délecte avec un Fournier posé sur un Reiser, tellement je dévore un Tom Spanbauer avec, en entrée, un St-Ex et en dessert, un Gide.

Je ne sélectionne pas vraiment (peut-être devrais-je), je clique ! Je vois un titre (pas une couverture, un titre) et je clique sur « Lire le livre », parfois sans lire le synopsis, et toujours avant de lire les commentaires (trop de lecteurs, pensant bien faire, livrent des éléments clés de l’histoire et spoilent ainsi l’ouvrage).

Je commente le plus simplement du monde : sur l’instant, juste après avoir lu la dernière ligne, avec le ressenti du moment, sans intellectualiser. Quand j’aime, j’essaie de dire pourquoi et comment. Quand j’aime moins, soit je m’abstiens de commenter, soit je commente en me souvenant que je suis peut-être tout simplement passé à côté.

Ce que je lis est d’univers variés, je ne saurais pas dire s’ils sont proches ou loin des miens, car les miens sont faits de ceux des autres. Je ne me sens loin de personne ; au pire, je me sens en désaccord ; mais jamais loin.

 

Je suis un auteur amoureux des gens.

 

Question: 

Vous dites dans votre bio aimer raconter sans trop dévoiler. Est-ce votre "marque de fabrique" ? Quel auteur êtes-vous ?

Réponse: 

Alors, ma marque de fabrique ce serait plutôt une tâche de naissance sur la fesse gauche !

J’aime la pudeur. Je ne suis pas pudibond, ni puritain, certainement pas. J’aime l’érotisme artistique qui s’effeuille lentement.
L’érotisme artistique, c’est une forme de sensualité d’écriture, de composition musicale, de mise en scène, de sculpture ou de peinture, qui commencent par un élan sensuel, fait de sens. Une fois les bases posées, l’artiste peut s’adresser à tout le monde sans avoir d’abord fait fuir les plus timorés, sans les avoir exclus. De là, une forme d’engouement, d’emballement peut naître, et l’érotisme prend le relais. La musique accueille davantage d’instruments, le pinceau apporte de nouvelles couleurs sur celles déjà posées, les comédiens remplissent la scène, et, que ce soit chaotique ou parfaitement maîtrisé, il y a comme un parfum de grand partage (j’ai dit partage !).

Je suis un auteur amoureux des gens. Ceux que je rencontre, ceux que j’imagine, ceux que j’idéalise, et ceux qui me bousculent. Mais s’il fallait rentrer dans des cases, il faudrait d’abord me découper en petits morceaux, et en mettre un peu de partout : dans le réalisme, l’humanisme, la philosophie, l’absurde, le psychologique, le spirituel, le politique, le populaire... je m’arrête là. Peut-être aussi que Nana et L’assommoir m’ont beaucoup marqué, enfant.

 

"La complexité des choses simples" Sélection de septembre du Prix Concours
Question: 

Est-ce également comme cela que vous définiriez le style et le ton de votre roman "La complexité des choses simples" ?

Réponse: 

La question fait, j’imagine, référence à la question précédente. Oui, c’est un peu ainsi qu’on peut voir ce roman, même si tous les ingrédients n’y sont pas (ésotérisme, absurde). On les retrouve davantage dans le roman suivant (« La pudeur de l’intime ») ou dans mes nouvelles.

Dans "La complexité", il est question de ne pas se fier aux apparences, surtout quand elles sont simples, car elles cachent une richesse d’une incroyable complexité.
Un jeune homme rêvant d’un moment romantique avec Helena peut finir la nuit bien différemment ; un professeur millionnaire enseignant le commerce peut élever ses étudiants à des considérations bien plus humanistes que financières ; une réfugiée Syrienne peut nous en apprendre sur le polyamour... Et la simplicité d’un style peut, dans le meilleur des cas, toucher tout un panel de lecteurs.

 

Question: 

Votre roman peut se décrire comme un parcours initiatique. Etes-vous d’accord ?

Réponse: 

Il peut se décrire ainsi, oui. Mais ce n’est pas comme cela que je l’ai pensé. Cela s’est fait tout-à-fait inconsciemment, probablement de tenaces (et bienvenues) réminiscences de Voltaire (Candide) et de Fontenelle (La dent d’or). Candide pour le chemin à poursuivre et le jardin à cultiver, et La dent d’or pour la recherche de la vérité derrière l’apparence.

L’initiation est pour moi chose sérieuse et profonde, intime. Je parlerais, pour cet ouvrage, davantage d’un parcours, sur une tranche de vie, qui participe d’une et à une longue construction.

 

Je n’ai pas de passion particulière pour les héros. J’aime les anti-héros.

 

Question: 

Le héros a un parcours simple, plutôt à succès mais sans un destin de véritable héros, ni de anti-héros. En quoi cette situation « courante » est-elle intéressante d’un point de vue romanesque ?

Réponse: 

Je n’ai pas de passion particulière pour les héros en littérature, ni dans les arts. Le David de Michel-Ange, qui est une œuvre absolument magnifique d’ingéniosité, d’esthétisme, d’audace (le bloc de marbre était tellement fragile), représente pourtant la supériorité intellectuelle d’un peuple sur un autre (à l’opposé de tout ce que je peux défendre). Elle n’en reste pas moins une œuvre qui m’émeut toujours autant.

 

J’aime les anti-héros, qu’ils soient bons ou mauvais, et d’ailleurs je ne sais pas qui est bon et qui est mauvais. J’aime cette simplicité, ce naturel qui fait qu’une personne tout-à-fait commune puisse avoir un parcours honorable, presque héroïque.

Les héros existent, et je les aime, et je les respecte, dans la vraie vie. Dans les arts, les héros sont bien souvent une projection de l’idéal de soi-même.

Je ne sais pas si cette situation courante est intéressante, je ne l’ai utilisée que pour illustrer des propos et valoriser les progrès individuels que nous sommes tous en capacité de faire, quelle que soit notre origine, notre situation, notre intellect.

Je ne pense pas que la gentillesse soit de la faiblesse, et avec de la bienveillance, on peut avancer loin et longtemps, et rarement seul. Je l’ai trouvée (la situation courante) utile pour romancer, pour imaginer, pour transmettre.

 

Question: 

La confrontation du même personnage à des épisodes estudiantins, professionnels, sentimentaux, amicaux, dans des espaces variés de travail, de vie quotidienne, de voyages… mais dans une unité de temps, donne une impression de rythme effréné ? Est-ce pour donner une intensité au quotidien ? Est-ce le but que vous recherchiez ?

Réponse: 

Pour l’unité de temps, je vous rejoins en ce qui concerne l’alternance boulot/fac. En revanche, les voyages datent de quelques années auparavant (deux ou trois). L’Adam que l’on découvre est déjà le fruit de ses voyages précédents. Et l’unité arrive alors, hors du temps, dans les réflexions, les sentiments, les décisions, qui, en effet, sont tous liés à ces voyages antérieurs.

Je ne voyais pas tant d’intensité que cela dans ce quotidien décrit ; tant mieux si c’est le cas. J’y voyais davantage une progression lente, limite un peu « barbante » parfois, mais nécessaire, car réaliste. L’idéal doit toujours se nourrir de réalisme, non ?

Le but recherché, je ne le connais toujours pas ! Peut-être était-ce parler du passage délicat entre l’adolescence idéaliste mais un peu immature, et l’âge adulte plus sérieux mais aussi plus ouvert ? (Je dis cela, mais je pourrais parfaitement défendre le contraire !)

 

Question: 

La composition du personnage d’Adam se construit dans un espace naturel d’insouciance de post adolescent. La complexité de la vie ne se pose qu’à l’heure des choix. Est-ce que ce sont ces choix qui font la complexité de la vie ou les épreuves que le héros subit ?

Réponse: 

Oui pour l’espace naturel, il s’agit bien de celui-là.

Les choix sont les seules choses qui comptent. Après avoir réfléchit 30 ans sur une problématique et en avoir fait tout le tour, si on vous marche sur le pied au moment de prendre une décision délicate, vous ferez probablement le mauvais choix.

Il faut alors réfléchir pour choisir, mais aussi se maîtriser au moment du choix.

 

La prise de décision précède l’essentiel : l’action.

Et l’action n’est ni la réaction, ni l’hyperactivité. L’action qui suit la décision est constituée de réflexions, de doutes, d’analyses, de retours d’expériences, et d’une dose d’audace, voire de courage.

La complexité réside dans le fait de choisir ce qui est cohérent avec sa réflexion, plutôt que ce qui est simple à entreprendre.

 

Les épreuves ne complexifient pas la vie, elles la compliquent parfois, la rendent difficile et intéressante, et parfois utile. Au mieux, les épreuves rendent les expériences riches.

C’est rencontrer l’autre qui apporte la complexité, la différence, la nouveauté, la modération, la découverte, l’original, le complémentaire et bien souvent l’authentique.

L’authentique, réduit à son plus simple appareil, est l’une des choses les plus complexes à appréhender quand il diffère de notre propre authenticité.

 

Question: 

La densité des personnages secondaires est réelle, au point que l’on peut se demander si ce ne sont pas eux les véritables héros, Adam n’étant qu’un spectateur de la vie ? Est-ce une impression ou une intention ?

Réponse: 

Adam est spectateur car observateur pensant et doutant. Puis il est aussi acteur. Puis à nouveau dans le doute et la réflexion. Puis de retour dans l’action. Il est le soufflet du feu de sa vie.

Tant mieux si l’impression donnée est qu’il est passif, car je ne le veux pas héroïque, mais en réalité, les rares actions qu’il entreprend sont déterminantes.

Les vrais héros, vous ne les trouverez pas dans mes livres. Vous les trouverez autour de vous. Ces gens simples qui ont une vie d’une terrible complexité, bien plus handicapante qu’enrichissante, et qui pourtant font, chaque jour, un peu de leur mieux.

Dans « La complexité », je ne fais que rendre hommage à ces gens, ces mères, ces femmes seules, ces étudiants, ces professeurs, ces réfugiés... à ces comportements de liberté, d’audace, de courage, de désinhibition, de multiplication des expériences. C’est aussi, dans l’intention, un encouragement à la jeunesse, qui peut durer toute une vie.

 

Emporter un livre sur une île déserte ? Je prendrais quelques milliers de feuilles blanches, et tenterais de les remplir avant que les moustiques n’aient pompé toute ma substantifique sève.

 

Question: 

Vous êtes un auteur très prolifique. Si vous deviez choisir un seul de vos romans pour vivre sur une île, lequel serait-il ?

Réponse: 

Celui qui comporte le plus de pages, pour pouvoir allumer le plus de feux de bois possibles !

Je ne choisirais bien évidemment aucun des miens. Je prendrais quelques milliers de feuilles blanches, et tenterais de les remplir avant que les moustiques n’aient pompé toute ma substantifique sève.

 

Question: 

Le mCL de monBestSeller sélectionne un livre chaque mois qui est ainsi nominé au Prix Concours de l’Auteur Indépendant que nous organisons chaque année. Depuis sa création, 20 auteurs ont ainsi été repérés par les éditeurs membres du jury et édités. Si vous deviez défendre votre livre devant un jury d’éditeurs, que leur diriez-vous en quelques lignes ?

Réponse: 

Qu’il est innocent !! Il n’y est pour rien. J’en assume l’entière responsabilité et je demande la relaxe totale, votre honneur !

Je leur dirais que j’ai commencé doucement, pour ne pas faire fuir trop de monde, et que la suite sera cohérente, mais différente. Pour qu’il y ait une suite, il fallait bien un début. Qu’il est un peu l’enfant de ma nouvelle vocation, et qu’il demeurera à l’intérieur de moi.

 

Interview qui conforte mon sentiment à la lecture du livre.
J'y ai particulièrement apprécié l'ouverture d'esprit, la délicatesse des rapports, la modernité du traitement des personnages féminins et l'engagement du jeune Adam (qu'on prend plaisir à retrouver par la suite).
Bonne chance pour le Prix concours, nomination bien mérité et, évidemment, vous avez mon vote !

Publié le 08 Novembre 2021

@Yvar BREGEANT Mille mercis Yvar. Vos mots me touchent beaucoup. Je prends bonne note de vos sages remarques et tenterai d'être à la hauteur.
@Bernard Marais Content que vous y ayez trouvé tout cela. Merci !

Publié le 03 Octobre 2021

Damian,
J’avoue manquer de recul sur les nombreux auteurs de qualités du site, mais à travers vos écrits comme à travers ce qui émane de la qualité de vos propos de cette tribune et du fruit palpable de votre méditation, il est clair que vous avez devant vous un brillant avenir littéraire, qui va (et doit aller) au-delà de tout prix reçu, ici ou là.
Il est évident que vous avez un don d’écriture mais pas que. Ce serait bien trop réducteur. Il est évident en effet que vous avez une grande sensibilité et intelligence émotionnelle qui en sont les moteurs. Mais en fait, « pas que » non plus. Ce serait trop simplificateur.
Il y aussi et surtout un cheminement personnel, un parcours de vie, un travail sur soi (je ne crois pas au hasard si d’aucuns ne l’avaient pas compris) de sans doute tous les instants nécessairement couplé à de l’humilité, ce qui est d'autant plus rare, pour pouvoir ainsi parvenir à si finement exprimer vos ressentis.
Peu importe que l’on s’accorde avec vous sur tout ou partie des choix de vie de vos personnages, ou pas, le fait est ainsi que vous êtes ce que j’appellerais « une plume ».
Une plume littéraire mais avec surtout ce que cela comporte d’aérien, de léger, de fin, de nuancé, mais aussi de puissant et de fort. Car ne vous y trompez pas, avec votre plume vous allez avoir le pouvoir de soulever et transporter des montagnes bien plus lourdes qu’elle, de faire voyager vite et loin des foules entières bien mieux que notre ex Concorde d'acier tonitruant. C’est un don avec lequel il va vous falloir maintenant continuer de composer pour donner le meilleur. Quel est-il ? Ce sera votre quête. Mais donner le meilleur sera tout le mal que je vous souhaite car comme quelqu’un du premier siècle a dit, je ne sais plus qui (cf votre pamphlet sur les cons) « il y a plus de bonheur à donner que recevoir » ;) Bonne route Damian.
Yvar.

Publié le 03 Octobre 2021

La sélection de cet ouvrage est amplement justifiée. L'entretien confirme ce que l'on ressent à la lecture du livre: de l'humanisme avec une fausse naïveté, beaucoup d'ouverture d'esprit et une profondeur de réflexion. Bravo à l'auteur d'avoir su glisser tout ça dans une jolie histoire à la douce progression.

Publié le 02 Octobre 2021

@monbestseller Un immense merci pour cette démarche, mais surtout à toute l'équipe de mBS. Faire vivre une telle plateforme n'est pas une mince affaire, et les interactions entre l'équipe et les visiteurs (auteurs, lecteurs) sont toujours utiles, efficaces et surtout agréables. Merci aussi aux lecteurs, pour leur curiosité, leurs commentaires, leurs recommandations.

@lamish Chère Michèle, merci pour le soutien, les coups de mains, la bêta-lecture et plus encore. Une telle rencontre ne laisse pas indifférent.

Publié le 01 Octobre 2021