Actualité
Le 16 avr 2018

Comment procéder au remaniement de son roman ?

Au même titre que certains photographes ne vérifient pas leurs premières épreuves avant impression, certains auteurs considèrent le devoir accompli, une fois leur stylo posé. Elen Brig Koridven pense que remaniement et relecture sont fondamentales. Elle en décrit son processus idéal. Pour elle, chaque relecture correspond à une fonction précise. Discerner le « relire trop » du « relire trop peu ».

Remanier un premier jet constitue pour certains auteurs, dont votre humble servante, la partie la plus enthousiasmante de leur travail. Pour d'autres, c'est une corvée, un casse-tête.
 Parmi ces derniers, certains bâclent cette étape pour s'en évader au plus vite et publier enfin.`C'est une erreur : on ne le répétera jamais assez, un peaufinage attentif est indispensable pour soumettre aux éditeurs ou aux lecteurs un ouvrage dans sa forme optimale, ou presque.

S'il est indispensable de laisser courir librement sa créativité au cours de la rédaction du premier jet, il serait suicidaire d'en rester là.

Certains, à l'inverse, vont s'attarder à modifier et remodifier leur manuscrit jusqu'à saturation, avec l'impression tenace qu'il n'est pas assez abouti. C'est également une erreur : à pinailler sans fin sur chaque mot ou chaque virgule, on finit par perdre de vue l'ensemble, voir se faner la fraîcheur de ses émotions et transformer son œuvre en quelque chose d'artificiel et de figé, parfois même plus bancal que la version originelle.
On peut d'ailleurs se rendre compte que, très souvent, plus on corrige et plus on se concentre sur de menus détails, au détriment de ce qui est essentiel.
Il m'a donc paru utile de vous proposer une petite méthodologie du remaniement, sous forme de liste-résumé non exhaustive.

À mon avis, il est difficile pour un débutant en écriture, et même pour un écrivain confirmé, de se relire en cherchant à corriger tout à la fois : l'orthographe, la cohérence, les répétitions, etc.

L'attention ne peut guère se porter que sur un point précis, sous peine de dispersion et de moindre efficacité. On se trouve alors obligé de procéder à d'innombrables relectures, au cours desquels certains détails nous échappent toujours, immanquablement…

En outre, devoir pratiquer toutes sortes de modifications simultanées entraîne un risque de coquilles supplémentaires : qui ne s'est jamais retrouvé avec des bouts de phrases chamboulés par les rajouts, les copier-coller, les changements de dernière minute – dégâts passés inaperçus malgré de multiples relectures ?

Mieux vaut procéder par ordre, en effectuant un nombre limité de relectures qui viseront à résoudre un type de problème à la fois…
Et en respectant cette règle d'or : toujours prendre son temps !
- Pendant, afin de travailler sans bousculade, à tête reposée. 
- Après, afin de s'accorder la réflexion qui s'impose (« Tiens, et si Cunégonde, au lieu de couler dans le béton son Enguerrand infidèle, se contentait de le vendre comme esclave sexuel ? Ce serait plus intéressant… ») ; et aussi, de laisser s'écouler entre deux relectures un intervalle suffisant pour porter un œil nouveau sur votre manuscrit.

PREMIÈRE RELECTURE : « Est-ce que ça tient la route ? »

Étape entièrement vouée à l'intrigue et en particulier à sa cohérence :
-Tout est-il à sa place et bien ficelé ? N'y a-t-il pas d'invraisemblances, d'anachronismes, de contradictions ?
- Est-ce que des personnages supplémentaires apporteraient quelque chose ?…

C'est le moment de corriger d'éventuelles erreurs de narration ; de consolider, si besoin est, la qualité de l'intrigue et les indices donnés au lecteur.

Ainsi, vous vous assurerez de ne pas avoir à réécrire des paragraphes entiers après avoir tout corrigé, ou pire, après avoir recueilli l'avis de vos bêta-lecteurs…
Il ne s'agit pas, bien entendu, de laisser pour plus tard les fautes que l'on pourrait remarquer en passant (ce qui est fait n'est plus à faire), mais de s'obliger à se concentrer sur l'histoire elle-même.
De mon côté, je me contente à ce stade de surligner, pour être sûre de ne pas les oublier, les coquilles et autres scories siurlesquelles je reviendrai ensuite. Cela peut se faire à chaque étape avant celle des corrections proprement dites.

 

● DEUXIÈME RELECTURE : « Est-ce qu'il ne manque rien ? »

(Un auteur expérimenté peut réaliser ce travail dès la première relecture.)

C'est l'occasion de compléter sa documentation si le besoin s'en fait sentir. Parfois, cela conduira l'auteur à enrichir son livre de détails ou de pistes imprévues.
L'on pourra aussi étoffer l'histoire en ajoutant des passages si cela semble utile : explications, descriptions, lignes de dialogue ou tout ce qui pourra ajouter de la vie aux personnages, de la densité à l'ambiance, de la réalité au décor.

Pendant qu'on y est, demandons-nous également si certains paragraphes, tels que des développements inutiles qui égareraient le lecteur, ne devraient pas être supprimés.

 

● TROISIÈME RELECTURE : « Est-ce que les temps sont appropriés ? »

Il est temps de vérifier, en particulier, la concordance des temps.

Je déconseille aux débutants d'examiner cet aspect en même temps qu'ils effectueraient une relecture orthographique, car pour bien évaluer l'adéquation des temps employés, il faut rester concentré sur le récit.

À ce stade, se repèrent des erreurs très fréquentes chez les néophytes qui ne maîtrisent pas bien la conjugaison et/ou la narration :
- Les passages intempestifs du passé au présent ou vice-versa.
- Les passages où une rupture chronologique dans l'intrigue mériterait un changement de temps, ne serait-ce que par souci de clarté : c'est le cas lors des flash-back ou réminiscences (le narrateur, ou un autre personnage, se souvient de quelque chose).

L'emploi d'un temps plutôt qu'un autre à certains moments permet non seulement de clarifier la chronologie du récit, mais aussi d'approfondir et nuancer la narration. Mais ce sujet-là mériterait un billet à lui tout seul, j'y reviendrai donc une autre fois.

● QUATRIÈME RELECTURE : « Est-ce correctement écrit ? »

À présent qu'il n'y a plus d'ajouts ni de gros remaniements à prévoir, que rien de grave ne freinera la lecture courante, il est temps de traquer les fautes d'orthographe et de syntaxe :

Tout est-il correctement rédigé ? N'y a-t-il pas de coquilles, de répétitions, de lourdeurs, de virgules absentes ou mal placées, de formulations maladroites – par exemple, des phrases mal agencées, dont les termes gagneraient à être inversés ? (Un prochain billet listera les malfaçons les plus répandues.)

Je conseille de laisser passer un petit-ou gros-laps de temps avant de passer à cette étape, de façon à l'aborder avec un regard aussi neuf que possible.

Même en vous relisant avec attention selon la procédure fortement recommandée : deux fois minimum, à au moins quelques jours d'intervalle pour ne pas saturer, dans un environnement calme, sans fond sonore ni risques d'interruptions, ne vous faites pas d'illusions : il vous sera impossible de débusquer toutes les scories. Nous en reparlerons plus loin.

● RELECTURE FINALE À VOIX HAUTE : « Est-ce que ça sonne bien ? »

Ce dernier travail s'impose, afin de :
- S'assurer de la musique d'ensemble
- Vérifier l'adéquation des rythmes (voir ce billet)
- Traquer les dernières longueurs
- Éliminer les répétitions passées inaperçues.

●  RELECTURE PAR DES TIERS : « Est-ce que ça plaît ? »

L'étape de vérité !

À ce stade, je vous conseille de recourir à un ou mieux, plusieurs correcteurs qualifiés, qu'ils soient bénévoles ou rémunérés.

Au minimum, sollicitez plusieurs bêta-lecteurs choisis parmi des lecteurs exigeants, aux goûts et domaines de compétence aussi variés que possible.
En effet, une lecture attentive permettra à l'auteur d'éliminer la plupart de ses fautes, mais, connaissant son texte par cœur, il en laissera forcément passer ; sans compter celles qu'il ne pourra pas repérer s'il ignore que ce sont des fautes…

Pourquoi plusieurs intervenants ? Parce que chaque personne porte un regard spécifique sur un manuscrit : les unes seront très sensibles à certains aspects de l'orthographe, d'autres aux répétitions, etc.
Nul n'étant infaillible, plusieurs relecteurs multiplieront les chances qu'aucune coquille ne soit oubliée et que tous les aspects de votre ouvrage soient passés à la loupe.

Cerise sur le gâteau, vous aurez une idée assez complète des réactions des lecteurs dans toute leur diversité.

Voilà, mes amis. J'espère que ce petit mémo vous aidera à mener à bien vos relectures/remaniements jusqu'à parfait achèvement de votre « bébé ».
Et vous, quelle est votre méthode pour corriger votre manuscrit ? N'hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.

Excellente écriture et réécriture à toutes et à tous !

 

@Patrice Dumas
Cher Patrice, merci pour ce judicieux commentaire. En effet, je pense que le principal écueil qui guette les auteurs perfectionnistes, c'est de vouloir tout faire en même temps, et sans laisser reposer la pâte, dans leur impatience de voir leur manuscrit enfin conforme à leurs espérances. Il faut sérier les questions et permettre au temps de faire son œuvre pour nous offrir le recul nécessaire.
Amitiés

Publié le 20 Avril 2018

@Michel CANAL
Merci, cher Michel. La relecture est une étape cruciale, mais je pense que les auteurs habitués à se remettre en question pratiquent déjà plus ou moins comme je le recommande. Pour eux, le conseil est surtout de ne pas se relire cent fois en essayant de tout vérifier à la fois.
Amitiés

Publié le 20 Avril 2018

Oui, il est indispensable de ne pas essayer de tout corriger en une seule relecture, c'est là le meilleur conseil à donner à un auteur. Et de laisser passer du temps, entre les relectures, en est un autre.

Publié le 20 Avril 2018

Chère @Elen Brig Koridwen, si vos billets précédents étaient tous très utiles à notre monde "indé", celui-ci est à classer en tête des priorités à observer par les auteurs souvent inexpérimentés que nous sommes.
Je loue une fois encore votre dévouement et l'intérêt que vous nous manifestez. J'ose espérer que ce nouveau billet tellement important sera lu (et surtout ses conseils appliqués) par un grand nombre d'auteurs publiés sur cette plate-forme.
Avec toute ma considération, chère Elen. Un grand merci pour ces conseils.

Publié le 18 Avril 2018