Actualité
Le 06 oct 2018

L’affaire Koskas : quelles retombées pour l’autoédition ?

La menace, proférée par certains libraires, de boycotter les livres en lice pour le Prix Renaudot fait grand bruit. La raison de ce coup de sang ? La présence, parmi les présélectionnés, d'un roman de Marco Koskas autoédité via KDP.

Son roman auto-édité "Bande de Français" raconte l'installation de juifs français à Tel-Aviv. Sélectionné parmi les 17 ouvrages cités pour le prix Renaudot. Son roman auto-édité "Bande de Français" raconte l'installation de juifs français à Tel-Aviv. Sélectionné parmi les 17 ouvrages cités pour le prix Renaudot.

Accepter qu'il figure parmi les postulants à un prix littéraire reconnu, ce serait soutenir le grand méchant Amazon… « On ne va pas payer le concurrent qui veut notre mort. » En clair : acheter à Amazon le livre lauréat (surtout s'il advenait que le prix soit décerné à Koskas) pour répondre à la demande de leurs clients, boostée par le retentissement médiatique du Renaudot. Oui, ça leur ferait mal ! Parce qu'en l'occurrence, et c'est là que le bât blesse, l'éditeur est aussi libraire en ligne…

Cette histoire a déjà fait couler beaucoup d'encre numérique dans les médias et sur Facebook, et presque tout le monde s'est déjà fait une opinion, j'imagine ! Mais je ne pouvais pas laisser passer certains commentaires sans vous proposer un petit billet récapitulatif et rappeler que, là encore, les choses ne sont pas aussi binaires que l'on pourrait le croire. 

Des polémiques en tiroir

L'affaire Koskas a suscité aussi quelques polémiques annexes.

• Je n'aborderai pas la question du boycott d'un écrivain israélien par la grande édition, phénomène qui aurait amené Marco Koskas à s'autoéditer.

• En revanche, il est important d'évoquer ci-après une question surgie dans le fil des discussions : le livre de Koskas, tel que proposé sur Amazon, serait entaché de coquilles et d'erreurs de mise en page. Je n'ai pas eu le temps de vérifier ; toutefois, je fais confiance aux auteurs qui en ont témoigné.

De toute évidence, seul le fait que Marco Koskas est habituellement un auteur édité et reconnu a permis à son livre auto-publié d'en arriver là. On a un peu les boules en pensant à tous les indés qui publient des livres d'une qualité professionnelle optimale, au moins en termes de présentation, et qui n'auront jamais cette chance…

Une première : un livre autoédité en lice pour un grand prix littéraire

N'empêche : pour la première fois, un livre autoédité se retrouve en lice pour un grand prix littéraire. On aimerait qu'il soit impeccable, afin de mieux contribuer à revaloriser l'image déplorable de l'autoédition. Si ce n'est pas le cas, quel dommage !

Cela dit, la chose ne m'a pas étonnée. Dans la grande édition, un auteur se contente de faire le job : écrire. Les correcteurs et l'équipe éditoriale s'occupent de mettre le livre au propre et dans sa forme finale ; c'est d'ailleurs une partie de ce qui fait rêver les indés… 
À mes débuts en autoédition, j'ai moi-même publié des manuscrits mal mis en page (il en reste sûrement des traces). Il m'a fallu acquérir par la suite des compétences que je ne m'étais jamais souciée de posséder.

Tôt ou tard, les indés auront leur chance de sortir de l'ombre

L'aspect qu'il faut retenir – vous le trouverez sûrement intéressant, vous aussi –, c'est qu'à l'heure où le budget correction des maisons d'édition fond comme neige au soleil, où beaucoup publient à tour de bras de la daube mal rédigée ET mal présentée, l'indésphère aurait une occasion en or de se faire remarquer du grand public et des amateurs de littérature en mettant un point d'honneur à peaufiner sa production sur tous les plans. Parce que : non, la situation n'est pas immuable ; tôt ou tard, les indés auront leur chance de sortir de l'ombre si, dès à présent, ils se décident à jouer le jeu de la qualité.

 

Elen Brig Koridwen

@Michel TAILLANT
Entièrement d'accord avec vous. Merci pour votre commentaire !
Bien cordialement,
Elen

Publié le 03 Octobre 2018

Peut-on parler de suicide pour un moribond, @abdesselam bougedrawi ? Libraires, éditeurs traditionnels et autres marchands de papier sont morts mais ils ne le savent pas. J’en veux pour preuve ce qui se passe dans l’édition scientifique. Comités de lecture, comités de rédaction censuraient la diffusion des idées avec une arrogance folle (combien de scientifiques reconnus ont vu leur manuscrit retoqué par des censeurs qui ne les valaient pas, combien d’éditeurs exigeaient que le laboratoire auquel appartenait l’auteur paie l’essentiel de l’édition). Maintenant, malgré quelques combats d’arrière-garde, parfois hélas menés par des organismes français, on publie de plus en plus d’études de valeur sur le net, les éditeurs scientifiques sont de moins en moins nombreux et le mouvement est irréversible. Le même destin attend l’édition classique. On ne pourrait le regretter que si la race des grands éditeurs s’était perpétuée, mais hélas !… Les néanderthaliens qui ont lancé l’affaire Koskas auraient sans doute continué à publier des manuscrits longtemps après l’invention de Gutenberg !

Publié le 28 Septembre 2018

@Elen Brig Koridwen
bonjour
Donner un prix Renaudot ou autre à un écrivain autoédité est suicidaire pour les maisons d’édition. Le jury de ces prix est en règle générale composé d’écrivains rattachés à un éditeur galligraseuil.
Ce prix est un tremplin pour eux pour vendre le livre primé. Primer un autoédité kdp c’est donner le magot à Amazon. KDF fonctionne comme une maison d’édition avec contrat de trois mois. Aussi si monsieur Koskas a le prix Renaudot, c’est conforter Amazon dans un rôle de maison d’Édition et de distribution a part entière. Maison édition et libraire y laissent des plumes.
Ma sympathie sans limite pour cet auteur pour les propos désobligeants dont il a fait l’objet.

Bon courage pour vos écrits

Publié le 27 Septembre 2018

@abdesselam bougedrawi
Bonjour Abdesselam,
Je suis d'accord, aussi bien sur la particularité du cas de Koskas que pour ce qui est des indés (mais "indés" est un terme approprié, et aux USA ils sont reconnus en tant qu'auteurs indépendants). C'est ce que j'ai formulé sur mon blog dans l'article d'origine, qui sera publié ici en deux parties – et qui visait, entre autres, à décomplexer les auteurs autoédités.
Bien cordialement

Publié le 27 Septembre 2018

@Elen Brig Koridwen
Merci pour votre article.
Honnêtement il s’agit d’un cas très particulier et qui n’est pas du tout représentatif de l’auto-édition. Cet écrivain est déjà connu, possède une page Wikipédia. Son parcours est celui d’un écrivain édité classique, ce qui est différent du parcours de l’auto-édition. Son recours à l’auto-édition est lié à des circonstances particulières. En tout cas cela n’a rien à voir avec l’auto-édition telle que je la conçois personnellement.
Les écrivains auto édités ne doivent pas se fixer ni le Renaudot ni un autre prix comme but.
L’auto édiction doit être repensée comme une autre manière d’écrire et de faire parvenir des écrits.
Mais une manière d’écrire rigoureuse comme vous le dites
Une première étape consiste a nous plus nous décrire comme de inde même en dérision ou en ironie. Et ne pas nous comparer aux écrivains dits édités. Beaucoup sont mauvais. Essayer de leur ressembler est une grave erreur et un manque de personnalité.
abdesselam Bougedrawi
Il est peut être temps de faire un premier bilan de l’impact des auteurs auto édités sur les lecteurs, de connaitre le volume de vente, avoir un classement mensuel des auteurs, etc. Pas pour faire comme autres, mais pour prendre notre destin d’écrivains tout court en main de façon indépendante et libre .

Publié le 27 Septembre 2018