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Le 19 fév 2019

La peur du rejet, ou comment rebooster son désir d’écrire

Thalia Remmil philosophe sur la difficulté du passage à l'acte en écriture. Mais son propos est plus généraliste : c'est une leçon de vie
Je suis reconnaissant envers ceux qui m'ont dit non, car c'est grâce à eux que je l'ai fait par moi même. EinsteinJe suis reconnaissant envers ceux qui m'ont dit non, car c'est grâce à eux que je l'ai fait par moi même. Einstein

 La peur d’écrire. A vaincre par le courage.

Sur le parcours du combattant que nous menons - tous, je pense, peu importe le combat-, il va sans dire qu’il nous arrive de baisser les bras, d’avoir envie de tout plaquer, et de passer à autre chose parce que soudain tout nous apparait – quel serait le bon mot ?  insensé ? fou ? déraisonnable ? pas dans nos cordes ? Alors on se retrouve en panique totale face à nos peurs, nos incertitudes, face à NOUS…fragiles que nous sommes, si vulnérables. Certains me diront « quoi, moi ? même pas peur ! », « Moi, impuissant ? Que nenni » (oui je sais expression désuète, j’aime bien). Ceux-là se sentent vraiment si forts, armés d’un incroyable bouclier de défense ? ou portent-ils un masque, plusieurs selon le contexte ? Personnellement, je pense que nous avons tous nos failles, et que de temps en temps le vernis craque…

Nelson Mandela- quel homme incroyable -, écrivait « J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre », et c’est bien là où l’on trouve aussi notre capacité à devenir plus fort qu’elle, cette peur qui nous cloue au pilori - non pas à être accabler de mépris en public mais bien à faire peu cas de soi-même…

La défiance et l'inquiétude face au commentaire, à la critique 

Je suis heureuse, j’ai un nouveau commentaire ! Oui mais…et si ce n’était pas vrai ? En qui puis-je avoir confiance ? j’admire les gens assurés de leur valeur intrinsèque, quel gain de temps et d’énergie ! J’ai beau connaitre les accords toltèques, la mise en application de certains principes de vie est compliquée !  

« Fais de ton mieux, que ta parole soit juste ».  J’essaie. 
« Ne fais pas de supposition, n’en fais pas une affaire personnelle ». Je m’exerce.

L’âge n’apporte pas que le revers de la médaille, « je suis sceptique mais j’ai appris à écouter », c’est le 5ème accord. En route vers la construction de nos rêves, si nous voulons créer notre vie, nous devons modifier nos croyances, entrer en interaction avec les autres sans pour cela avoir la même réalité, entrer en lien, partager.

S’aimer pour écrire. Ecrire pour aimer.

Longtemps – ce n’est pas grave, il n’est jamais trop tard -, j’ai pensé que cela était bien égoïste de s’aimer avant que d’aimer les autres, de s’occuper et de penser à soi avant les autres. Je n’avais pas compris que charité bien ordonnée veut de s’aimer avant d’aimer, et qu’on ne peut correctement donner l’amour sans en ressentir une bonne dose pour soi. Comment charpenter un projet aussi complexe – pour moi, je suis face à un géant -, d’écrire, se faire connaitre, s’auto-éditer voire se faire éditer sans être convaincue de sa valeur et en se clivant sans cesse ? 

Alors, oui, les coups de blues se respectent autant que les tentations d’abandonner devant ce monstre qui n’est somme toute que le reflet de nos angoisses – Mon dieu que vais-je devenir si je n’y arrive pas ? Et si j’y arrive, comment vais-je gérer tout cet amour ? Vais-je réussir à enfin croire en moi ? 

Rebooster sa motivation, son désir d’écrire

Hier – Ô drame, ô désespoir - non je ne dirai pas ô vieillesse ennemie, Le Cid acte 1, scène 4 Corneille –, j’étais comme un vieux mur effrité prêt à s’effondrer.

Ce matin – Ô joie, ô bonheur, la magie de la vie, me voilà reboostée, pourvu que cela dure ! Non, je ne suis pas lunatique, juste humaine…et l’humain a besoin de se sentir - pas toujours mais un peu quand même -, soutenu, aidé, apprécié…aimé ? 

Et bien OUI ! Une parole aimable, une phrase agréable, un sourire chaleureux, un geste bienveillant, et on rebooste un peuple ! Je ne ferai pas de politique, là n’est pas le propos…La confiance en soi ne tient pas à grand-chose parfois, même si j’ai mis un demi-siècle à m’en accorder un peu. Ô vieillesse ennemie. L’avantage lorsqu’on vieillit, c’est cette faculté à prendre du recul sur l’inéluctable. 

Voilà, aide-toi et le ciel t’aidera et après ça, seulement après ça, ton destin fera le reste. 

Hauts les cœurs ! 

Thalia Remmil

 

13 CommentairesAjouter un commentaire

@Thierry Vitteau Oui c'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai dépassé certaines peurs et notamment celle d'exprimer mes sentiments et mes émotions. Je n'ai pas de difficulté à avouer mes faiblesses ; je me suis préparée aussi à affronter les critiques car on ne peut pas plaire à tout le monde, et que "Plaire à tout le monde, c'est plaire à n'importe qui" Sacha Guitry. J'aimerais avoir plus de temps pour lire tous les livres qui m'attirent sur ce site dont le votre car je suis passionnée par les arbres ! (par contre, je déteste lire en numérique). J'aime le livre. J'aime l'objet. Belle journée Thierry. Thalia

Publié le 25 Février 2019

@Thalia Remmil, Votre article m’a beaucoup touché, vous savez exprimer vos émotions avec une grande franchise mais surtout vous osez les afficher à la vue de tous. En cela, vous nous rassurez sur nos propres craintes et vous nous donnez du courage pour oser affronter des critiques toujours possibles. Comme vous le dites si bien, si nous sommes heureux de recevoir un nouveau commentaire, au fond de nous demeure toujours l’appréhension d’être rejeté. Pourtant une chose est certaine, si en écrivant on prend le risque de déplaire, on se donne aussi la chance de progresser ensemble, car le pire de tout pour un auteur reste évidemment le silence des lecteurs.
Où trouver la force de persévérer dans l’écriture sans recevoir de temps en temps quelques paroles de soutien ?
Encore merci de vous être lancée dans l’arène et bon courage pour la suite, Thierry.

Publié le 25 Février 2019

@lucie pergola j'ai oublié : j'ai moi-même 14 chats, 2 gros chiens (presque tous adoptés) et aussi des poissons d'eau de mer et vous avez raison, les animaux nous sont bien supérieurs en ce qu'ils n'ont pas de vils et sournoises attitudes, ils me consolent tellement de notre humanité ! Thalia

Publié le 21 Février 2019

@lucie pergola Oui c'est vrai que l'écrit de Pierre Corneille est : "ô rage, ô désespoir" mais j'ai eu envie de remplacer le "ô rage" par un "ô drame"... je m'excuse si j'en ai froissé votre culte de l'écrit, veuillez me pardonner. Votre commentaire est richement énoncé alors pourquoi ne pas vous lancer dans cette périlleuse et aventureuse entreprise que l'écriture ? Je vous souhaite une belle et douce journée ! Thalia

Publié le 21 Février 2019

@Hubert LETIERS Merci pour vos encouragements, et merci d'avoir lu ma tribune ! Il y a trop de livres que je voudrais lire, le temps me manque... En plus, je déteste lire si je n'ai pas le livre entre mes mains, je ne sais pas, c'est mon côté tactile. Je suis d'accord avec vous, tant que l'on doute, on avance et croyez-moi, je doute sincèrement de moi très souvent. Il faut avoir une persévérance à toute épreuve pour continuer lorsque l'on a une faible estime de soi. Dans tous les cas, l'écriture a toujours été une bouée ou un parachute, au choix. Je sais qu'il me reste encore beaucoup de travail à accomplir pour donner plus de coffre à mes personnages, et une meilleure structure à mes romans. Je m'y attelle avec la motivation de plaire un jour à mes lecteurs. Avec ma sympathie. Thalia

Publié le 20 Février 2019

@Thalia Remmil
Cette peur du rejet est un sentiment légitime. Elle est ressentie par tous ceux qui écrivent dans le but d’être lus par un lectorat qu’ils ne connaissent pas.
Un lectorat par définition éclectique dans ses goûts, ses sensibilités et ses exigences.
Mais surtout, un lectorat qui va les juger : soit au travers de commentaires plus ou moins explicites, soit par l’indifférence, l’une des pires formes de l’exclusion.
À lui seul, l’acte d’écrire conduit déjà à se croiser soi-même.
Mais écrire en suivant un objectif éditorial y ajoute une prise de risque. Celle de s’exposer à des jugements qui sont parfois très déstabilisants, mais qu’on ne peut chasser d’un revers d’orgueil protecteur.
Pourquoi ? Parce que plutôt que se poser la question « pourquoi écrit-on ? », mieux vaut ne pas perdre de vue celle de savoir pour qui on écrit ?
Je n’ai pas encore lu votre livre - je le ferai - mais je viens de lire votre tribune. Je suis tenté de ne vous dire qu'une seule chose : tant que vous douterez sincèrement de vous-même, vous avancerez, votre écriture se bonifiera et la reconnaissance sera un jour ou l’autre au rendez-vous.
Alors continuez à douter, c’est un puissant moteur de progrès.
Bien amicalement.

Publié le 20 Février 2019

@Victoire Sentenac Oui l'Amour va bien au-delà de l'écriture ! S'il a été mon fils conducteur, il a aussi été ma force. J'ai souvent douté, je me suis effondrée, mais jamais je n'ai abandonné ; mon fil dAriane pour retrouver le chemin de mon retour et la sortie de mon labyrinthe a toujours été l'Amour. A travers l'écriture, mon thème principal, l'Amour. Il y a de jolies âmes ici sur mBS et je suis heureuse de les rencontrer. Amicalement. Thalia

Publié le 20 Février 2019

@Thalia Remmil "Une parole aimable, une phrase agréable, un sourire chaleureux, un geste bienveillant"... tellement d'accord avec vous, Thalia... pour moi qui travaille auprès des enfants, mon métier perdrait son âme sans cette humanité-là! Vous abordez des sujets fondamentaux dans cette tribune, qui vont bien au-delà de l'écriture, et qui révèlent une sensibilité en laquelle je me retrouve aussi. Ecrire nous permet forcément de l'exprimer au monde, surtout continuez! Ne prenez pas le risque de manquer toutes les jolies rencontres que vous allez forcément encore faire, qu'importe celles qui n'auront pas lieu après tout? Tant pis pour eux ;-) voilà ce que vieillir m'apporte d'ailleurs, puisque vous l'évoquez aussi, une forme de sérénité et d'acceptation bien plus douces que l'angoisse de ne pas être aimé(e).

Publié le 20 Février 2019

@Christina Leg Je vais vous envoyer mon roman par mail ; merci d'avance de prendre le temps de le lire et de m'en donner votre retour ! Que c'est agréable cet état d'esprit chaleureux, empreint de bienveillance, d'indulgence, de retours constructifs ! Je serai heureuse de faire plus ample connaissance avec vous ! Mes amitiés. Thalia

Publié le 20 Février 2019

Bonjour @Thalia Remmil, comme je vous comprends ! Très juste et beau ce que vous dites dans cette tribune, merci pour ce partage ! Oui l'être humain n'est pas fait de bois, ni de pierre, il vit toutes les émotions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Ensuite il se l'approprie tant bien que mal, mais il est vrai qu'il a aussi ses faiblesses, ses peurs et ses combats... J'ai lu la moitié de "Permission de naître"que j'aurai aimé finir ;-). Je trouve admirable cette idée du bébé qui raconte, mais surtout aussi la façon dont vous amenez le début de l'histoire avec ce petit être qui a déjà bien vécu des vies antérieures... heureuse de vous avoir parmi nous ! Amicalement. Cristina

Publié le 20 Février 2019

@lamish @Michel CANAL S'il y a une chose que je ne regretterai jamais en ayant eu la riche idée de déposer mon roman sur mBS, c'est ma rencontre avec quelques magnifiques âmes dont vous faites tous les deux partie. Sans oublier Kroussar, qui me soutient de son côté aussi, avec la même bonté de coeur démontrée dans son superbe livre. Michel, merci pour votre aide de relecture et correction de mon roman Permission de naître ! Lamish, merci de ton soutien régulier par mail ! Vous m'aidez tous les trois, dans mes périodes de doutes à continuer à faire ce que j'aime le plus, écrire. Avec ma chaleureuse sympathie. Thalia

Publié le 20 Février 2019

Chère @Thalia Remmil, le titre de cette tribune "La peur du rejet, ou comment rebooster son désir d’écrire" résume à lui seul quelles sont vos inquiétudes, quels doutes vous hantent, vous effraient, mais aussi vos moments de résilience.
Je vous comprends certainement assez bien puisqu'en ce moment, bêta-lecteur attentif, je suis penché sur votre écrit que les circonstances — probablement cause de cette tribune — vous ont fait retirer. Qui ne serait pas sensible aux critiques intentionnellement malfaisantes qui ont semé le doute sur vos capacités ?
Et pourtant, comme l'exprime la joie de notre amie commune @lamish de vous savoir toujours parmi nous, au moins un fait de taille devrait vous rassurer : le classement de votre roman "Tendresse aveugle" qui se maintient dans le TOP 10 à la... quatrième place ! Classement envié et très honorable qui démontre un talent certain pour l'écriture, avec une audience de 57 lectures/jour sur les 30 derniers jours.
Ne doutez pas, donnez libre cours à votre besoin ou à votre envie d'écrire. Faites le tri dans les commentaires s'il y a lieu. Tout auteur novice qui se publie passe par tous les stades de ce que vous évoquez. Et c'est tant mieux ! L'absence de doute, reflet d'une assurance exagérée, serait inquiétante.
Ayez toujours à l'esprit la règle suivante : "Ce qui se conçoit bien s'annonce clairement". Tout rédacteur, tout auteur doit la faire sienne.
"Et bien OUI ! Une parole aimable, une phrase agréable, un sourire chaleureux, un geste bienveillant, et on rebooste un peuple !... La confiance en soi ne tient pas à grand-chose..."
Si j'ai pu, par ce commentaire, chère Thalia, vous redonner confiance, je n'en dormirai que mieux.
Avec un peu plus d'ancienneté sur mBS, vous aurez l'occasion de constater qu'il existe une solidarité entre auteurs. Bon courage pour la suite après cet excellent début !
Avec toute ma sympathie. MC

Publié le 20 Février 2019

Une très belle tribune, Thalia, merci ! Elle tend à prouver que l'on peut assumer ses sensibilités sans que cela n'altère notre détermination et notre courage. Celui qui prétend ne pas avoir le cœur qui bat lorsqu'il reçoit un avis, après le striptease que suppose l'écriture et le passage sous les projecteurs de ses lecteurs, est soit inhumain de par l'épaisseur de son blindage, soit menteur comme un arracheur de dents, soit mort mais en vie, son cœur n'assurant plus que ses fonctions vitales. Je profite de ce com' pour te dire ma joie de te voir toujours parmi nous, d'avoir su passer outre cette toute récente période de doutes, et surtout, pour te dire de continuer à écrire, pour notre plus grand plaisir.Amicalement. Michèle

Publié le 19 Février 2019