Interview
Le 29 oct 2019

Sélection octobre Prix Concours monBestSeller "Une dernière cigarette" de Sylvaine Allié

Sélection octobre Prix Concours monBestSeller, "Une dernière cigarette" est un dialogue vibrant et surréaliste entre un père disparu brutalement et sa fille. Sylvaine Allié nous raconte son histoire.
Sylvaine AlliéSylvaine Allié, chez elle
Question: 

Sylvaine Allié, mi-fiction, mi-récit, votre roman dîtes-vous est inspiré de votre propre vécu. Vous voulez en dire un peu plus à vos lecteurs, ce qui est du vécu et ce qui est de la fiction ?

Réponse: 

Sylvaine Allié. Dans la vraie vie, j'ai voulu retoucher mon père, mort et enterré. C'est une démarche très personnelle qu'un grand monsieur de l'art avait qualifiée d'artistique. Autant vous dire qu'il était prêt à tout pour m'accompagner dans cette quête. Compte tenu de mon goût prononcé pour les mots, leur juste place et leur son, il m'a cependant encouragée à raconter mon histoire. Un papa pour Noël est alors né. Il est devenu Une dernière cigarette sans doute plus abouti, je l'espère. Il n’y a rien dans ce texte qui n'ait pas été ressenti. Pour les faits, si on s'en tient aux deux morts brutales qui ouvre le livre pour l'une et le clôt pour l'autre, elles ont ponctué ma vie dans les circonstances décrites, au souffle près ! Il est donc aisé de comprendre que Marie et la narratrice que je suis ne fassent qu'une.

Question: 

Dans votre bio, vous dites que votre livre "Un papa pour Noël" a été adapté au théâtre. Est-ce en fait deux récits proches, l’un écrit pour le théâtre, l’autre en roman ?

Réponse: 

Oui. "Un papa pour Noël" a été adapté en scène pour le théâtre avec la collaboration de Grégoire Aubert, auteur de plus de vingt pièces jouées et éditées. Le texte, rebaptisé pour l’occasion Au bal des pourris, Marie danse, n'a pas encore été mis en scène mais fut néanmoins reçu dans le cadre d'une lecture époustouflante au festival off d'Avignon 2014. Avis aux professionnels !

Je me suis prêtée à l'exercice de la réponse aux commentaires avec beaucoup de sincérité et une impression "d'y être".
Question: 

Vous avez reçu des commentaires assez dithyrambiques : « A chaque page, j'ai noté une phrase qui sort de l'ordinaire », « Votre écriture donne le vertige… vos lettres sont taillées au scalpel de l'âme » « Vous avez un équilibre subtile entre la légèreté et la densité »… « Il y a tant de phrases qu’on a envie de retenir… ». Garde t-on la tête froide avec de tels commentaires ?

Réponse: 

Je vous rappelle que je bénéficie d'un succès très confidentiel ☺ ! J'admets que je savoure ces commentaires comme des bonbons. Je me suis d'ailleurs permis de les poster sur les réseaux sociaux avec renvoi vers votre plateforme. Mais vous savez, il n'a pas été rare que je doive redescendre de mon nuage après que des éditeurs, certes sincères dans les éloges dont ils ne tarissaient pas, ne donnent finalement pas de suite à un texte spécialement remanié pour eux. J'ai la tête gelée depuis  ! Je me suis néanmoins prêtée à l'exercice de la réponse aux commentaires avec beaucoup de sincérité et une impression "d'y être" tout en restant humble !

Question: 

Le dialogue avec l’être disparu est un sujet assez largement traité en littérature, ou au cinéma. Comment définiriez-vous la manière dont vous avez voulu aborder cette relation entre père et fille pour que votre roman soit néanmoins particulier ?

Réponse: 

Un jour un grand éditeur m'avait dit au sujet d’Un papa pour Noël : « Vous avez réussi l'exploit de ne pas paraître ridicule ! « Sous-entendu, j’étais le énième auteur qui s’emparait de ce sujet pour en faire matière littéraire mais je n’avais miraculeusement pas versé dans le pathos. Oui, le sujet a été maintes fois traité. Ici, le ton est osé, l'ambiance surréaliste, cela donne un genre qui est difficile à classer. Certains sentiments sont sous-jacents. Vous aurez compris que si le sort n'avait pas placé Marie et son père chacun dans une génération, ils se seraient peut-être aimés comme deux amoureux. Cet amour est impossible, mais la mort du père le rend accessible et lève l'interdit. Il n'y a plus de danger. C’est un cri d'une fille à son père disparu, mille fois entendu, à rendre sourd même. Marie a des allures de tragédienne dans un monde contemporain, c’est l'art de l'enfance ! Je crois que ce n’est pas tant la manière dont j'ai abordé le dialogue qui peut dépasser le lecteur, c’est cette mort que j’ai charpentée de vie qui marque. Pour reprendre les mots d'une lectrice sur monbestseller.com, mon héroïne «  fait double bang ». Elle perd ce qu'on peut appeler les deux référents d'une vie pour une femme : le père et l'amoureux, mais elle garde une foi inébranlable. Il y a le thème de la répétition qui achève… en tout ça, le roman est particulier. Un célèbre écrivain m'avait d'ailleurs confié que mon livre était un ovni !

Question: 

C’est un roman très court. Saviez-vous dès les premières lignes que vous en feriez un texte court ? Comment sait-on que son livre est terminé ?

Réponse: 

Non. Je savais néanmoins que je voulais regarder défiler les saisons et leur donner un caractère presque sacré pour ne pas dire religieux. Quand j’écris, je vis mon histoire et la plupart du temps, je ne sais pas ce qu’il va vraiment advenir de mes personnages. Mais ici,  c'est un cas rédactionnel très particulier. Une première mouture a vu le jour sans les deux derniers chapitres. C’est au vol, en pleine explosion de ma vie que j'ai écrit le passage où le  Conquérant met fin à ses jours. La route de mon héroïne a alors rejoint la mienne. Quelques années plus tard, le temps a « ordonné »  que je termine ENFIN l'histoire rocambolesque de Marie. Je voulais qu'elle danse, mieux, qu'elle exécute une pirouette et que ça finisse bien pour elle. 

Pour mes autres romans, il arrive à un moment de mon écriture que je sois pressée de connaître la fin. Le sentiment d'être au cinéma n'est jamais loin. Je suis littéralement guidée vers l'issue du texte. Je l’aperçois légitime et imminente. C est de l'ordre d'une sensation. Reste à trouver les mots évidemment pour taire l'impatience. S'ensuivent des semaines de relecture. 

Je nourris des sentiments presque charnels avec ce texte. Il m'a fait me lever la nuit, hantée par le jeu de mes mots.

Question: 

Vous avez écrit plusieurs romans et vous dîtes que vous croyez en celui-ci plus encore pour apparaître au grand jour ? Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? C’est le dernier né ? ! Le plus abouti ? Le sujet ?

Réponse: 

Je nourris, fibre autobiographique oblige, des sentiments presque charnels avec ce texte. Il m'a fait me lever la nuit, hantée par le jeu de mes mots. Je voulais toujours aller plus loin dans la métaphore, plus fort, plus haut dans ce que je pouvais suggérer, avec l’excuse inconditionnelle de cet amour fou pour ce père disparu brutalement. Je voulais de l’incisif, que mon phrasé tranche dans la chair. L'ironie de cette recherche est que, nous les endeuillés de « papa », on a beaucoup de mots et de maux en commun. Ensuite on crée la différence avec un texte qui tient la route… ou pas !

Question: 

Pouvez-vous dire un mot des autres textes que vous avez écrit ? Comptez-vous les publier également sur monBestSeller ?

Réponse: 

Ils sont tous à caractère psychologique et mes héroïnes ont souvent enterré un être cher. J'aime bien écrire ce que je connais personnellement. Mon dernier texte n'a pourtant rien à voir avec la mort. Il met en scène deux femmes que 25 années séparent. L'une qui descend la pente, l'autre qui la gravit. S'ensuivra  un face à face entre la femme mûre et la novice. Toutes deux en proie à leurs envies et névroses respectives. Il y a Le miracle d'Ormesson que je me ferai un plaisir d'e-publier sur monbestseller. Il y a Corde sensible. Oui,  j'ai quelques romans en magasin qui attendent le jour…

Mes livres sont très abîmés, je leur fais vivre l'impossible.  

Question: 

On dit qu’on écrit ce qu’on aime lire. Quelle lectrice êtes-vous ?

Réponse: 

Assidue. Je suis une grande consommatrice. Je ne peux pas lire sans être armée d’un stylo ou d’un fluorescent. Je me sentirais presque nue ! J’ai besoin de souligner, d’entourer, de mettre des petites croix un peu partout où ça griffe, dérange ou renoue avec quelque chose que je connais émotionnellement. Pouvoir retrouver les phrases qui m’ont marquée au point de les relire dix fois est essentiel. J'aime beaucoup le luxe et la sensualité du papier. Mes livres sont très abîmés, je leur fais vivre l'impossible. Mais je conçois pleinement, la preuve, l'e-publication, même si en tant que lectrice je n’ai pas encore pris l’habitude de la liseuse.

Question: 

Vous avez répondu avec enthousiasme aux commentaires que vous avez reçus. Mais n’avez pas encore commenté d’autres livres. …?

Réponse: 

Pas encore. Pardon !

Question: 

Vous êtes nouvellement arrivée sur le site. Comment êtes-vous venue ? Avec quelles motivations ? On imagine que vos premières semaines sur monBestSeller ont dépassé vos attentes ?

Réponse: 

Je voulais que mon livre reste gratuit. Et Amazon après les périodes de promotion gratuite oblige à passer en payant. Je leur ai écrit sans succès pour qu’ils s'alignent sur la gratuité… À force de googliser, j’étais heureusement tombée sur vous ! Je n'ai pas pris la mesure du « succès » de mon texte. Je ne savais pas combien de livres étaient e-publiés chaque jour, je n'avais aucune notion de l’histoire du classement C'est vous qui avez attiré mon attention en me disant que des lecteurs m'avaient écrit. J'ai été étonnée et ravie !

Question: 

Vous avez été à plusieurs reprises à la porte de l’édition avec vos textes. Justement, le mCL de monBestSeller sélectionne un livre chaque mois qui est ainsi nominé au Prix Concours de l’Auteur Indépendant que nous organisons chaque année. Si vous deviez défendre votre livre devant un jury d’éditeurs, que leur diriez-vous en quelques lignes ?

Réponse: 

Que ce court texte sous ses anciens airs d’Un papa pour Noël obtenait de bons retours-critiques et a failli être publié. Lassée d'une succession de fausses joies, j'ai créé Les éditions de la rue Bessières pour ME publier. J'ai effectué tout le travail de relation avec la presse et fait référencer mon livre à la fnac avec une présence dans certains linéaires notamment à la fnac des Ternes ( Paris17e ). Ce court texte à la couverture rose-fuchsia trouvait alors un petit public charmé. S'ensuivit une signature organisée dans ma ville natale toujours dans l’enseigne citée. Aujourd'hui, Il revient de loin, il a plus de bouteille et une fin que je qualifierais d'hymne à la vie. Puisse-t- il enfin trouver sa voie dans le cercle vaste et merveilleux de la littérature auprès de lecteurs passionnés. C'est le vœu que je tiens à formuler !

@Catanarina Viti
Merci, à vous aussi !
Sylvaine

Publié le 01 Novembre 2019

Félicitations, Sylvaine, et bonne chance à votre texte. Et au nom de tous les nominés, je vous souhaite la bienvenue dans la sélection 2019.

Publié le 29 Octobre 2019