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Le 21 sep 2020

Une réalité confuse

Voilà un rêve-délire de Marina Tilin. Pourquoi cet été particulièrement difficile ne serait pas l'été idéal pour faire resurgir les démons qui nous habitent. L'été sera donc loin d'être parfait.
Cinq roses jaunes pestilentielles pour un été moins que parfaitCinq roses jaunes pestilentielles

C’est arrivé en juillet, le 9, jour de mon anniversaire. Cette année, pas de projet, pas envie de fêter quoi que ce soit. Cela suffisait cet alignement de bougies qui finiraient, à terme, par cacher le gâteau. Comme chaque soir, Célestin, mon voisin entrait dans son rituel devant le soleil couchant. Il trouvait son excitation en trempant sa mouillette débordante de beurre salé, au moment même où l’astre flamboyant s’enfouissait lourdement dans l’océan. Chaque soir, il répétait son acte méticuleusement, gérant la cuisson de son œuf coque, avec obsession. Il ne supportait pas la viscosité du blanc qui devait se montrer vierge de tout. J’entendais sa jubilation, une sorte de cri orgasmique, à travers la fine cloison qui séparait nos deux appartements. Ce cri me soulevait de ma chaise, tant cette rencontre obscène de voisinage m’écœurait.

J’entendis frapper à la porte et décidai d’aller ouvrir, n’attendant personne. Vêtue d’un seul paréo, j’ouvris sans demander qui était-ce ?

Je trouvais un bouquet de roses jaunes masquant la personne qui le portait. Elle me le plaça dans les bras et s’enfuit. Ce bouquet comportait cinq roses jaunes, de taille monumentale, je n’en avais jamais vues de telles.

Elles se trouvaient entourées de branches d’arbres, de feuilles et de papier toilette. Il s’en dégageait une ordre pestilentielle contrastant avec la beauté des pétales.

Je n’étais pas coutumière de recevoir des bouquets de fleurs et j’oscillais entre la délicatesse de l’attention et l’envie de vomir, tant l’odeur était insoutenable.

Agrafée à la cellophane, se trouvait une enveloppe tachetée de sang. Un sentiment de film d’horreur me traversa. Je m’attendais à trouver des émonctoires ou des parties de corps dans ce bouquet.

J’ouvris l’enveloppe comportant une photo, celle de mon frère Désiré. Au verso, était inscrit cinq ans. J’y trouvais également une lettre pliée en 4. Je m’assis pour la lire.

« Aimée, voici quarante années que tu es née, j’avais cinq ans. Comme tu peux le voir sur la photo, j’étais un petit garçon souriant et heureux. 

Lorsque notre mère est rentrée de la clinique, elle t’a déposé devant mes yeux et elle m’a dit : « Maintenant, tu dois  vivre avec ta sœur,  je ne pourrais plus m’occuper que  de toi seulement ! ». Cette petite phrase anodine a sonné la fin de mon bonheur et depuis ta naissance, j’ai perdu tout intérêt pour la vie. Alors, ce soir, je voulais te témoigner, qu’à cause de toi, j’ai eu une vie décrite par l’odeur que tu peux sentir dans le bouquet. La couleur jaune  des roses est également pour te crier la trahison que j’ai subie, alors qu’avant toi, j’étais un roi !. Au  jour de ton anniversaire, je te donne rendez-vous sur la plage pour qu’on en finisse ! Mets ton maillot de bain ! ». Désiré

Je restais médusée, abasourdie, souhaitant partager ce que j’étais en train de vivre, mais à qui ? Au fil des années, je m’étais organisée pour effeuiller mes liens relationnels, pressée d’arriver au, pas du tout ! Et j’avais réussi, avec talent, à entrer dans une solitude proche du désert.

Qu’avais-je à perdre en allant retrouver ce frère qui ne m’avait jamais regardé ? Je revêtis un maillot de bain sous mon paréo puis descendis les marches, machinalement. Pour une fois que Désiré cherchait à me rencontrer, j’y allais sans rechigner. Je traversai la rue et me dirigeai vers la plage.

Il m’attendait, le visage dur et fermé. Pas un mot ne sortit de sa bouche, il retira mon paréo et m’entraina vers la grève. L’air était frais, l’eau tiède, chauffée par le soleil de juillet. Il avait amené un sac dont il extirpa une bouteille de rhum. Il me tendit la bouteille et m’ordonna « Bois ! » et je m’exécutai. Il en fit de même. En quelques instants, nous avions terminé la bouteille qu’il lança sur le sable. Nous étions chancelants, nos genoux ne nous portaient qu’à peine. Il me prit la main et m’entraina dans l’eau. Le ciel commençait à se couvrir d’étoiles. 

Lorsque le réveil sonna, je me sentis clouée au lit, me demandant si je vivais. Je pris une grande respiration puis sentis l’odeur réconfortante du café que Cyprien m’apportait. Je m’assis lentement sur le bord du lit, le bébé que je portais venait d’avoir cinq mois !

Beau texte très émouvant! Bravo @Marina Tilin.

Publié le 24 Septembre 2020

C'est quand même inouï de constater que ce texte, comme tant d'autres, est pollué par des trolls (j’insiste sur l'article indéfini "des") et qu'après leurs sempiternelles idioties plus personne ne commente. Donc, pour en revenir au but qui est de donner nos impressions, sur ce site qui se veut littéraire et non pas être une prise de bec digne des réseaux sociaux, je dirais que j'ai aimé cette lecture psychologique décrivant une femme nauséeuse de par son état, tourmentée par ses démons intérieurs mal cicatrisés de son enfance et par sa culpabilité d'avoir coupé les ponts et que nous lui souhaitons une vie plus heureuse, dorénavant. C'est tellement vrai que les idées confuses se bousculent et tourmentent le sommeil. Merci à vous@Marina Tilin de cette belle lecture. Cordialement. Fanny

Publié le 22 Septembre 2020

Imaginatifs, vos textes courts accrochent bien (les coquilles aussi, malheureusement ;-)). J'aime le rythme, la concision, l'impression rapide d'immersion... La chute de celui-ci m'a moins plu, puisqu'elle atténue l'effet qui précède, mais tout auteur sait que trouver une idée sensée surprendre crescendo est ardu ;-). Merci pour cette nouvelle contribution et bonne journée.

Publié le 22 Septembre 2020

Une histoire dramatique entre frère et soeur, @Marina Tilin, un rêve-délire, mais une nouvelle bien dans le thème d'appel à l'écriture. Merci pour ce partage.

Publié le 21 Septembre 2020