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Le 28 sep 2020

Vacances de radins

Bonne nouvelle, les vacances organisées par l'intelligence artificielle nous font gagner du temps (pour la drague en tout cas) ; Mauvaise nouvelle, nous sommes toujours dans une logique économique : il faudra payer. La fin de l'été n'est pas parfaite.

— Dis, Tonton ! Le Club M vient de rouvrir un village sur une petite île près de Tahiti. Ils l’avaient fermé à la suite d’une sale affaire. Tu y as vécu des aventures croustillantes quand tu étais jeune, si j’en crois la nouvelle « Rina » que tu as publiée chez mBS.

— Cette histoire date d’au moins vingt-cinq ans et j’ai un peu oublié.

— Ils ont tout changé et les prix sont imbattables. Ils me garantissent de trouver la fille de mes rêves et des émotions exceptionnelles grâce à la NIAC.

— La NIAC ?
— La Nouvelle Intelligence Artificielle du Club : Grâce à mon numéro de carte bleue et mon pseudo sur les réseaux sociaux, elle sait tout sur mes goûts et mes habitudes. Le Club est tellement sûr de sa NIAC qu’il propose une réduction supplémentaire de 50 % à toutes celles (et tous ceux) qui acceptent de dormir dans le même lit que le (la) partenaire choisi(e) par le système. Huit jours à Tahiti avec la femme de mes rêves pour 500 euros ! Fabuleux, non !

— Mouais ! Trop beau pour être vrai ! À ta place, je laisserais tomber. Surtout avec cette histoire de Covid. À tes risques et périls, mon neveu ! Bonnes aventures là-bas !

 

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— Alors, mon neveu, ces vacances ?

— Elles ont duré une semaine de plus que prévu et ne m’ont pas coûté un rond ! Et  j’y ai peut-être trouvé la femme de ma vie.

— Veinard !!! Raconte !

— Voyage fatigant : 9 heures de vol, formalités, attente, 3 heures sur le vieux rafiot qui dessert toutes les îles du coin. J’ai enfin pu voir ma coloc à table pour le dîner. Une Québécoise pas terrible et complètement épuisée. Au moment d’aller au lit, elle m’a dit :

« — Tu me respectes, au moins. Moi, mes habitudes et mon sommeil. Si tu abuses, je crie, ou tu dors par terre ! O.K. ? Pas ce soir. Je suis fatiguée et j’ai besoin de dormir. Demain on verra.

« — Tu me laisses quand même un peu de place dans le lit ?

« — Tu as droit à 50 % de l’espace disponible, mais entre nous deux pour l’instant, il y a un mur. »

Le lendemain matin, au moment du petit déj, le chef du village a pris le micro.

« Mauvaise nouvelle :

« À la suite d’un cafouillage dans les tests Covid, il y a parmi nous un porteur du virus. « Conséquence : l’île est complètement isolée. Le masque sera obligatoire et il sera interdit de s’approcher d’une autre personne à moins d’1m50. Pour ne pas casser l’esprit Club, une tolérance sera accordée aux occupants d’un même lit désignés par la NIAC. De plus, le séjour vous sera remboursé, même s’il dure plus longtemps que prévu. Sous réserve d’un respect absolu des gestes barrière. Tout contrevenant devra payer son séjour au prix fort, et nous y veillerons avec toute la rigueur nécessaire. »

Je te dis pas l’ambiance ! J’ai regardé la fille en pensant « ça pourrait être pire ».

Elle a croisé mon regard en soupirant, et m’a fait : « Tu aimes draguer ? »

Et elle a ajouté : « Mauvaise nouvelle, pas de wi-fi et le portable ne capte pas ».

« — On peut toujours mettre un mot doux dans la case courrier.

« — Bonne idée ! Ça évitera de crier « je t’aime » avec le masque à 1m50 du partenaire.

« — M’accorderas-tu la dérogation ?

« — Le soir en dansant, avec le masque. Et si tu es sage, un petit bec sur chaque joue le matin. »

Nous échangions régulièrement des billets torrides, elle avec un Italien musclé, moi avec une belle Australienne. Quelques G.M. ont été pris en flagrant délit d’échange de partenaires et devront payer leur séjour au prix fort. Beaucoup d’autres ont été dénoncés. Pas nous.
Le chef de village nous a félicités pour cette belle fidélité qui nous a valu le séjour gratuit.

Pour fêter ça, j’ai offert le champagne à ma Québécoise. Et elle a accepté de faire l’amour...
Ah ! Deux messages sur mon portable :

« Merci quand même pour ces vacances. Ça ne m’a pas coûté une piasse. Un petit bec colleux. Céline. »

« Vous nous devez 450€. Les boissons ne sont pas incluses dans le prix du séjour. Le Club. »

— Et alors, mon neveu, tu n’as plus qu’à demander à Céline de partager.

jbtanpi

Merci @lamish pour votre commentaire vraiment sympa. Je ne suis pas sûr que ma pub pour "Rina" soit une bonne chose (son principal intérêt est d'être sur le même sujet, mais -paresseux autant que radin- je n'ai pas pu récupérer ce texte car il est beaucoup trop long... alors j'ai dû faire un effort d'imagination pour rester dans l'actualité et la limite des 4000 caractères).
@Luluberon, je suis heureux de vous avoir fait rire, et je vous remercie de la gentillesse de votre commentaire.
Merci @la miss de m'avoir rappelé que mon humour n'est pas toujours du meilleur goût. J'essaie juste de faire en sorte qu'il ne blesse personne (mais je n'y arrive pas toujours, hélas !).
Merci @Claudey, j'ai envie d'oser me faire plaisir, même si je sais qu'il n'est pas très contagieux. Quant au pseudo jbtanpi, il provient du personnage principal de mon texte "el enganador" (jb comme Jean-Baptiste et Tanpi parce qu'il est fataliste).

Publié le 02 Octobre 2020

@jbtanpi
Un texte court, bien écrit et distrayant. l'auteur, ou auteure (?) a bien le droit de se faire plaisir.
Mais pourquoi avoir choisi ce pseudo jbtanpi ?

Publié le 30 Septembre 2020

Ah, ah, ah ! La NIAC. Il fallait y penser. Génial, c'est marrant.

Publié le 28 Septembre 2020

Sympa, imaginatif et très réaliste, comme tout ce que j'ai eu l'occasion de lire de vous @jbtanpi. Du coup, n'ayant pas lu "Rina" (dont vous faites la pub sans détour, sans le moindre message subliminal :-)), j'ai bien reçu l'info et vais la mettre en bibliothèque de ce pas ;-). Bonne fin d'après-midi. Amicalement, Michèle

Publié le 28 Septembre 2020