Actualité
Le 10 oct 2020

Le roman est-il fondamentalement un apprentissage des autres ?

Les romans sont-ils de simples divertissements ? Peut-être. Pourtant la lecture implique les mêmes processus mentaux que ceux qui nous permettent d’interagir avec les autres. Quel que soit notre âge, plonger dans un roman, c’est nourrir notre esprit bien sûr mais aussi notre vie sociale.
Egon Schiele : vivre l'autreEgon Schiele : vivre l'autre

Un roman, c'est vivre un personnage, le comprendre, entrer dans une autre réalité.

 Bien sûr, les personnages de roman n’existent pas, néanmoins auteurs et lecteurs les utilisent pour réfléchir aux personnes qu’ils croisent tous les jours. Chaque histoire racontée est une simulation susceptible d’aider le lecteur à comprendre, non seulement les personnages romanesques, mais aussi la psychologie de celles et ceux qu’il rencontre. Loin d’être un moyen d’échapper au quotidien, lire des romans améliore notre habileté sociale en nous aidant à mieux comprendre nos semblables. Entrer dans l’univers fictionnel d’un roman fertilise notre empathie et enrichit notre capacité à adopter le point de vue d’autrui. En d’autres termes, lire des romans favorise l’évolution de notre personnalité. Le fait de se laisser embarquer par une histoire n’est pas un simple acte solitaire, c’est un exercice d’interaction avec nos semblables. 

 Lire un roman : La découverte de l’altérité pour vivre un "rêve éveillé" 

Lorsque nous posons notre bouquin sur la table de nuit, nous sommes potentiellement mieux préparés à certaines interactions. Elaine Scary, de l’université Harvard, avance qu’un bon auteur de romans ne se contente pas de décrire le monde, mais qu’il donne des « instructions » pour que le lecteur vive une sorte de rêve éveillé. Ainsi la lecture d’une intrigue bien construire peut améliorer, du moins de façon temporaire, nos compétences sociales.

Jouir d’une bonne habileté sociale implique d’avoir, en plus d’une théorie de l’esprit bien développée, la capacité d’adopter le point de vue d’autrui afin de former des représentations mentales qui nous permettront de comprendre qu’une personne peut avoir des croyances et des intentions différentes des nôtres.
La capacité d’évaluer des émotions à partir de textes est liée à l’efficacité de la théorie de l’esprit mais aussi à la capacité de ressentir de l’empathie. Je vous l’accorde, il serait possible d’inverser la vapeur en déclarant que le fait de dévorer des romans pourrait être le résultat et non la cause d’une théorie de l’esprit élaborée. C’est pourquoi en 2009, une expérience a été réalisée sur 252 adultes. Je ne rentrerai pas dans les détails, cependant les différents tests et calculs statistiques ont confirmé un lien fort entre la quantité de romans lus et la capacité d’empathie et de théorie de l’esprit.  Alors, pourquoi s’en priver ?

Jean B Jouteur
Comédien - Théâtre d'intervention sociale
http://www.jeanbjouteur.com/
Psychopraticien en thérapie brève 
https://www.jbjouteur-therapeute.com/
Auteur  indépendant
http://jouteur.gandi.ws/
 

Ce que fait un roman peut être même plus,oui ça nous montre la vision de l'auteur, même sa volonté.

Publié le 16 Octobre 2020

@lamish Le fait est que ça part un peu en sucette... Mais ça n'est pas pour me déplaire !

Publié le 14 Octobre 2020

Comme quoi, en matière de littérature, tout dépend d'où l'on se place par rapport à l'idée qu'on s'en fait et de l'importance qu'on y attache... Voilà un joli thème "d'ingénierie sociale et culturelle" !... À fouiller un peu plus.

Publié le 14 Octobre 2020

@la miss 2 @lamish @Catarina Viti @Benoît Otis @iseut Je répondrai plus longuement sans doute une autre fois. Pour le moment, je n'ai pas le temps de pondre une réponse argumentée à chacun de vous... Cela dit, cette amorce de débat entre vous m'enchante !

Publié le 13 Octobre 2020

Une chose : la virulence de la coronavirus commence à faire son effet.
Comme l'amateur de bonsaï, le tortionnaire qu'il est s'applique à forger son style.
Tout comme le «Connais-toi ~ toi-même» : «pour que le lecteur vive une sorte de rêve éveillé».

Publié le 13 Octobre 2020

Bonjour Jean B.
Je ne suis pas vraiment sûre de comprendre le sens de votre article. Il effleure en effet de nombreuses idées complexes et assez hétéroclites. Par exemple, j'aurais aimé que vous développiez cette idée "d'instructions" qui a elle seule mériterait un article.
Mais je n'ai pu m'empêcher de rapprocher le contenu de votre billet de mon actuelle lecture dont voici un passage lu hier au soir :
"Par pitié, mon lecteur, quelle que soit votre répugnance pour le héros au cœur trop tendre de ce livre, pour sa sensibilité morbide et sa circonspection sans égales, ne sautez pas ces pages essentielles !
Voyez-moi ; je ne puis exister si vous ne me voyez point ; tentez de discerner la biche qui se tapit en moi, tremblant dans la forêt de mon iniquité."
Est-ce de cela que nous parlons ?
Merci.

Publié le 13 Octobre 2020

Merci pour ce billet, Jean-Benjamin. Un billet qui fleure bon l'humanité et l'empathie, confirmant ce que j'ai deviné de vous à vous lire. Je partage en tout point votre vision des choses, en tant qu'auteur, puisque j'aime l'idée d'une relation avec le lecteur. En tant que lectrice aussi, puisque j'aime deviner l'auteur. Nous sommes de plus en plus nombreux à écrire. Tous persuadés de la singularité et de la légitimité de notre démarche, mais peu soucieux, trop souvent, de ce que peuvent générer nos mots, une fois imprimés ou lâchés sur la toile. Des mots dont certains se débarrassent, parfois pour se soulager, sans assumer leurs possibles effets sur le lecteur. Tout auteur, aussi modeste soit-il, devrait se montrer responsable, puisqu'il endosse le rôle de messager, à partir du moment où il "prend le risque" d'être lu, et que l'incontournable interaction que vous évoquez se produit. Merci encore et bonne soirée. Amicalement, Michèle

Publié le 12 Octobre 2020