Interview
Du 08 déc 2020
au 08 déc 2020

Quand même, quand on y songe !

S'enhardir, devenir audacieuse, faire ce que son inconscient nous dicte, provoquer et réussir. Ne pas se reconnaitre tant on est naturelle et spontanée, c'est le rêve. La contribution de Véronique Lesaffre à l'appel à l'écriture monBestSeller : Je ne me suis pas reconnue
Etait-ce un baiser de cinéma ?Etait-ce un baiser de cinéma ?

 – Quand même, quand on y songe !

Il était cinq heures et demi du matin. Même si l’on était  juin, le soleil n’était pas encore levé. Clara sentait son cœur palpiter dans sa poitrine depuis un bon moment déjà. Elle se sentait envahie d’une joie inconnue, comme remplie de petits papillons insaisissables. Elle était réveillée, en pleine forme, pourquoi ne pas se lever et profiter du temps qui lui était offert avant de partir au boulot ?

Elle commença par un petit footing autour de son village, puis prit son petit-déjeuner sur la terrasse, elle prit le temps de consulter Instagram et de publier quelques clichés du lever de soleil.

Elle enfila une jolie petite jupe rouge et un débardeur blanc. Elle se trouva tellement  jolie dans le miroir qu’elle ne se maquilla que les cils. Un peu de d’Organza et hop, elle était prête à affronter la journée dans la bonne humeur. Elle sauta dans sa voiture, adora que la radio locale diffuse Modern Love et hurla à plein poumons quand Axelle Red se mit à  chanter Sensualité.

Elle allait retrouver Antonio et son sourire. Aujourd’hui serait un jour différent. Des journées qui se déroulent dans un nuage de flocons doux. En classe, elle rit, pour une fois, des blagues idiotes de Kévin, laissa Camille bavarder avec son voisin et ne fit pas remarquer à Angélique que son débardeur à bretelles fines n’était décemment pas correct pour venir au collège. Elle navigua avec aisance au tableau et entre les tables, elle surprit Jean à lui sourire en coin. Il faisait si chaud dès les premières heures de la matinée. A la récréation, elle entra dans la salle d’Arts Plastiques sans s’annoncer. Antonio était en train de classer des productions d’élèves dans sa pièce de rangements pour les œuvres qui ressemblait plus à placard qu’à une pièce d’ailleurs.

-Coucou, ça va ce matin ?

-Oui, je range, c’est que les papiers s’accumulent au cours de l’année….

Elle referma la porte du placard sur eux. Elle ne comprit pas sur le moment pourquoi elle avait fait cela. Un sentiment de toute puissance l’avait envahie. Elle rougit un peu. Antonio ne réagit pas. Tandis qu’il lui tournait le dos en bavardant de la météo et de ce dessin formidable de Noémie, elle revoyait par flashs leurs éclats de rire, son sourire après une blague, sa main qui avait effleuré la sienne  avant-hier. Elle sentait une terrible pulsion sexuelle l’inonder du bas ventre à l’extrémité des lèvres. Mais qu’est-ce qu’il t’arrive Clara ? Reprends-toi, il est dix heures du matin, c’est n’importe quoi ! Il se retourna et ne dit rien quelques instants.. Il regardait ses lèvres. Non pas ça! Un vrai tourbillon. Des bouffées de désir l’emplissaient maintenant complètement. Elle s’approcha doucement toujours sans qu’un son ne sorte de leurs bouches.

Elle donna l’impulsion qui lui manquait. Elle l’embrassa. Il ne refusa pas son élan. Non seulement il accepta son baiser mais il l’étreignit langoureusement. Enhardie, elle frotta son sexe volontairement sur le sien. Dans les minutes qui suivirent, leurs corps dansèrent entre les étagères comme une évidence. Elle avait oublié les lieux, l’heure. Tous les interdits, les fantasmes accumulés depuis des mois dans son esprit prenaient vie. Elle se retrouva dans un état de légèreté dont elle n’avait jamais soupçonné ne serait-ce que la possibilité. Elle n’était plus la professeure de Français, plus celle qui laissait sa place à la machine à café, qui rattrapait un élève dans la cour parce qu’il avait oublié sa trousse dans la salle. Elle ne se reconnaissait pas! Être re-connue par un autre corps, quel bonheur !

 

...Clara ouvrit les yeux, découvrit qu’il était sept heures quinze et se hissa du lit fatiguée avant même d’avoir commencé sa journée.

LESAFFRE Véronique

@Lesaffre Véronique
Excellent! J'ai adoré cette montée en puissance du désir sexuel, qui commence par un lever de soleil pour se terminer dans une salle d'archives... Sans vouloir spoiler la fin!
Trés sensuel, presque érotique... Super! Bravo, et merci!

Publié le 11 Décembre 2020