Interview
Le 01 juin 2022

"Les oiseaux perchés sur les fils électriques connaissent-ils la musique ?" Sélection de juin du Prix Concours monBestSeller. Interview d’un auteur à l’humour… électrique et à la culture éclectique.

Question: 

Philippe Mahenc, commençons par le commencement, votre titre : un titre à la nouvelle mode feel good pour forcer le trait de la différence ? ou, il s’est imposé d’évidence pour suggérer le sujet de votre livre ?

 

Réponse: 

Philippe Mahenc Vous connaissez le roman de Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?? J’avais envie d’un titre qui sonne pareil. C’est un roman qui date de 1966. Cette année-là, K. Dick anticipait donc déjà qu’en 2022 la mode serait au filgoud, ça c’est de la clairvoyance !

Et puis, il y a les fils électriques tendus devant la fenêtre de la maison où j’écrivais, dans l’Aude. Des oiseaux viennent s’y poser régulièrement en bandes, formant à chaque fois une partition nouvelle. Comme je ne sais pas interpréter les notes, plusieurs fois j’ai demandé à mes fils ou des amis musiciens de jouer l’air que composaient les oiseaux. À chaque fois c’était un air connu !

Vous le croyez ça ?

Alors, à moins qu’ils se soient tous donnés le mot pour me prendre pour un jambon… peu probable… enfin…

 

J’ai découvert qu’il est plus amusant d’écrire que de chercher à vendre ses manuscrits.

 

Question: 

Vos premiers lecteurs se font l’écho de la truculence et diversité de vos propos. C’est votre premier et seul livre, vous aviez peur de ne pas tout dire ?

 

Réponse: 

Mon premier livre s’intitule Le tango de l’hippopotame. Il a été publié jadis, lorsque j’étais étudiant et caressais le rêve de devenir écrivain. Les manuscrits suivants m’ont ramené sur terre. J’ai entamé une collection de lettres de refus ; dans le genre épistolaire, la prose des éditeurs est ce qu’il y a de plus sinistre. Au bout d’une vingtaine de refus pour un manuscrit, je passais à une autre histoire et j’ai découvert qu’il est plus amusant d’écrire que de chercher à vendre ses manuscrits.

Si Cécile Labate et Berthe C le disent, vous pouvez les croire. Ce sont des personnes sensées, dotées d’une belle générosité et d’une exquise sensibilité.

 

Question: 

Généreux, foisonnant, intelligent, cultivé (culture riche, plaisante, variée), drôle, fin, empathie, élégance, … vous vous reconnaissez dans cette avalanche de compliments ? Ou Cécile Labate, membre du mCL, qui a écrit ce commentaire s’est un peu emballée ? !

Mais ce n’est rien encore par rapport à Berthe C qui vante votre « don de l’écriture, de l'intelligence, de l'immense culture, fruits d’un livre magnifique »…

Quelque chose à ajouter ?

 

Réponse: 

Si Cécile Labate et Berthe C le disent, vous pouvez les croire. Ce sont des personnes sensées, dotées d’une belle générosité et d’une exquise sensibilité. Ce serait plutôt goujat de ma part de contredire leur enthousiasme. Or, en plus de toutes les qualités énumérées qui mettent ma modestie à l’épreuve, il y a que je suis un gentleman. Donc oui, je me reconnais dans cette avalanche de compliments. D’ailleurs je les en remercie, c’est très stimulant.

 

Les oiseaux perchés sur les fils électriques connaissent-ils la musique ? publié sur monBestSeller
Question: 

Il y a eu un débat sur votre livre sur la densité de votre récit : moins ne serait pas l’ennemi du bien, tapez 1 / ne rien toucher, garder tout, c’est merveilleux, tapez 2. Et vous, avec tout ce que vous avez mis dans votre récit, avec le recul, les commentaires reçus, vous dites quoi ?

 

Réponse: 

Les commentaires que j’ai reçus sur monBestSeller sont à la fois encourageants et instructifs. Ils ont donné lieu à un intéressant débat sur l’épaisseur du récit. J’ai une tendance certaine à digresser. Or, qui digresse doit ensuite dégraisser. Alors je dégraisse, mais j’aime bien que ça reste un peu gras quand même. En cuisine, le gras ça exhausse la saveur. Toutefois, en écriture, le gras ça peut faire patiner l’intrigue et ça peut agacer ceux qui aiment sentir l’os du récit. Les lecteurs n’ont pas tous les mêmes attentes. Certains veulent une narration efficace alors que d’autres aiment que leur lecture soit vagabonde.

À présent, j’hésite entre deux voies : écrire une suite de "Les oiseaux… " ou passer à quelque chose de complètement différent.

J’ai conçu le dernier chapitre de "Les oiseaux…" comme un premier chapitre de roman policier : un personnage de détective apparaît à la fin pour résoudre une énigme qui ouvre la perspective d’une suite. Il y a 4 pistes à explorer : soit les deux sont morts, soit les deux sont vivants, soit l’un l’est mais pas l’autre et vice-versa. Comprend qui est arrivé à la fin.

Sinon, j’ai l’envie d’essayer autre chose en m’imposant de faire court. Je verrai bien laquelle des deux envies l’emportera.

 

Cela se passe dans le même village que celui qui a inspiré Mélissa Da Costa pour son roman Tout le bleu du ciel

 

Question: 

Vous traitez d’un des sujets majeurs d’aujourd’hui et de demain, l’accompagnement des seniors (pour employer des termes politiquement corrects) dans leur maladie et vers la fin de leur vie. Une raison particulière qui vous a fait vous y intéresser ?

 

Réponse: 

Mon père a eu la maladie d’Alzheimer, je me suis occupé de lui. Les habitants du village que je décris l’ont aussi accompagné en fin de vie, discrètement, à leur manière pleine de tact ; une aide à domicile et des infirmières, en particulier, et aussi les personnes qui s’occupent du café-restaurant sur la place (une excellente table de surcroît). C’est un village de gens généreux. Il a d’ailleurs déjà inspiré Mélissa Da Costa pour son roman Tout le bleu du ciel qui, je crois, fut initialement publié avec succès sur monBestSeller.

 

Small Sister, la puce électronique conçue pour surveiller les résidents en Ehpad ou des prévenus en détention, est bien sûr un clin d’œil au Big Brother d’Orwell.

 

Question: 

Vous y avez ajouté un peu de futurisme tentant et néanmoins flippant. Pour vous, c’est une future évidence ?

 

Réponse: 

Pas si futuriste que ça. Les circonstances décrites dans le roman ont été rattrapées et même dépassées par la réalité. Le réseau de maisons de retraite médicalisées que Bernard souhaite développer en Occitanie ressemble fortement aux chaînes d’Ehpad privés qu’Orpea ou Korian ont implantées en Europe. Comme les actionnaires de ces groupes, Bernard est animé par l’appât du gain. Son bizness-modèle a un parfum de sandwichs McDonald’s : il y a cette volonté mercantile de multiplier les enseignes tout autour de la planète en réduisant les coûts les plus compressibles, parmi lesquels les conditions de travail, la qualité de l’alimentation et le respect de l’environnement. C’est ce que dénonce le journaliste Victor Castanet dans son livre-enquête sur Orpea, Les fossoyeurs.

Small Sister, la puce électronique conçue pour surveiller les résidents en Ehpad ou des prévenus en détention, est bien sûr un clin d’œil au Big Brother d’Orwell. Techniquement, l’opération de greffer ce type de mouchard est faisable, c’est du même acabit qu’implanter une prothèse artificielle. L’idée est très dérangeante d’un point de vue moral, elle porte atteinte à l’intimité et au libre-arbitre. Quelle importance pour ceux qui en sont privés, par une maladie comme Jacques ou une condamnation pénale comme Lucien ? Je ne serais pas surpris qu’on trouve déjà en vente des "petites sœurs", je n’ai pas vérifié.

 

Question: 

Lucien est un personnage flamboyant, c’est le fils prodigue, il a 20 en tout. Toute ressemblance avec une personne……. 

 

Réponse: 

Lucien est un excellent danseur de tango. En-dehors de ça, sa situation n’est pas très enviable. À peine l’histoire commence-t-elle qu’il est repris de justice, condamné à la prison, sous surveillance électronique… En France, il est traité comme un marginal.

Dès l’enfance, Lucien a été "très mal adapté à son environnement" et il a "gardé de son éducation l’impression tenace d’être un fruit étrange à l’extrémité d’une branche morte de l’évolution".

Lucien est un personnage flambé plus que flamboyant ; et peut-être même brûlé à la fin. J’ai dit "peut-être" ou peut-être pas : justement, la question est en suspens…

Je me retrouve bien dans le personnage de son frère Bernard. C’est quelqu’un de plus fréquentable : il a du bien, des décorations, une place de parking réservée et des relations dans la bonne société. Sa cupidité, son arrogance, sa fatuité, sont des traits de caractère qui me sont familiers. J’ai aussi un faible pour sa femme Hélène : quelle amazone puissante et sensuelle !

Hum, hum… je digresse.

                                           

L’idée monBestSeller est épatante d’organiser un lieu de rencontre virtuel entre lecteurs et auteurs.

 

Question: 

Vous êtes arrivé il y a peu sur monBestSeller. Premières impressions ? Premières suggestions ?

 

Réponse: 

mois. Ç’a été une réjouissante distraction de découvrir les possibilités du site. L’idée est épatante d’organiser un lieu de rencontre virtuel entre lecteurs et auteurs. Avec tous ces écrits, tous ces commentaires, toutes ces rubriques à lire et l’arrêt de travail dont je disposais, je me suis d’abord senti l’âme gloutonne d’un gamin enfermé dans une pâtisserie. Puis j’ai soudoyé les infirmières et les agents de service pour qu’ils m’impriment des fichiers car je ne me suis jamais vraiment habitué à lire sur écran : j’aime trop mouiller mon doigt pour tourner la page, annoter un extrait et corner le papier pour le retrouver.

 

Pour faire un commentaire utile, il faut avoir lu le manuscrit de bout en bout.

 

Question: 

Vous n’avez pas encore commenté d’autres livres alors que vous–même êtes venu pour en recevoir. Contradiction, non ?

 

Réponse: 

Pour faire un commentaire utile, il faut avoir lu le manuscrit de bout en bout. Or, je ne sais pas lire un livre d’une seule traite. Je commence plusieurs histoires en même temps et je reprends l’une ou l’autre des lectures au gré de mon humeur. Ensuite, je prends le temps de savourer, puis le temps de ruminer. Parfois, je reviens en arrière. Même si le livre est conçu comme un page-turner, je suis incapable de le dévorer. Souvent, le temps s’écoule à mon insu, j’en perds la notion et je le gère mal : je suis un lent. Bref, il se passe plusieurs mois avant que je termine un livre. Je pourrais me discipliner en lisant un seul livre fissa, mais ça gâcherait mon plaisir.

 

Question: 

Il y a un débat qui a animé monBestSeller il y a quelques semaines sur la notion de site démocratique / littéraire / pour tous, vs séparer le grain de l’ivraie / ne pas devoir être Fédérer ou Nadal pour aimer jouer au tennis devant un public. En étant sélection de juin pour le Prix Concours, en ayant donc un livre qui va être présenté aux éditeurs du jury 2022, au moment où vous rentrez sur le court central, à quoi pensez-vous ?

 

Réponse: 

Est-ce que mes bas résilles sont assortis à mon short ?

 

Question: 

Le mCL de monBestSeller sélectionne un livre chaque mois qui est ainsi nominé au Prix Concours de l’Auteur Indépendant que nous organisons chaque année. Depuis sa création, 25 auteurs ont ainsi été repérés par les éditeurs membres du jury et édités. Si vous deviez défendre votre livre devant un jury d’éditeurs, que leur diriez-vous en quelques lignes ?

 

Réponse: 

Que je défende mon livre devant un jury ? Hum, hum…

"Les oiseaux… " est un roman qui se défend tout seul par l’opération enseignée à l’école, dite de "lecture". Traditionnellement, la lecture consiste à tourner les pages d’un livre afin que les phrases racontant l’histoire s’impriment au fond de la rétine. Grâce au progrès technique, le lecteur a aussi maintenant l’option de faire défiler le texte sur un écran.

Lorsque l’histoire est palpitante comme celle de "Les oiseaux…", la lecture est assez facile. Si, malgré tout, des éditeurs ne parviennent pas à effectuer cette opération eux-mêmes par paresse ou illettrisme, ils peuvent se réunir en un auditoire pour qu’on leur lise le livre. Une fois la lecture terminée, ils seront ainsi en mesure de confronter leurs avis et pourront s’ériger en jury.

 

Question: 

Une phrase de votre livre que vous aimeriez leur lire.

 

Réponse: 

En ce moment, les coquelicots poussent en pagaïe dans les prés. On est tenté de faire un petit bouquet, histoire de capturer pour soi un peu de cette beauté. Mais à peine cueillie, la fleur s’étiole. À lui seul, un coquelicot ne pourra jamais restituer l’éclat de tout un champ.

Non, décidément les éditeurs doivent s’y résoudre : pour apprécier correctement un manuscrit, il faut s’en cogner la lecture en entier.

 

@Frieda Pouffe
Ach so, liebe Fräulein, la publicité pour votre nouvelle était un petit cadeau de ma part, un geste für dich absolument gratuit : inutile de me remercier à coups de lance-flammes. Je baise le bout de vos doigts, charmante Fräulein.

Publié le 03 Juin 2022

J'aimerais pouvoir lire des nouvelles ou des textes très courts (je n'ai pas le temps pour les romans). Dommage qu'il n'y ait pas sur ce site une sélection des textes en fonction du temps de lecture. Ou peut-être qu'elle existe mais je ne l'ai pas trouvée. Je ne dois pas être la seule à avoir ce "problème", cela explique peut-être que certains auteurs ne lisent pas (ou lisent un peu mais ne commentent pas).

Publié le 03 Juin 2022

@Philippe Mahenc
Cher et folâtre ami qui semblez rouler sur les jantes, une chose vous aura échappé : je ne parlais pas de publicité (dont je me fiche comme de l'an 40 ; si je désirais de la publicité, je verserais des sommes folles à mBS pour raconter n'importe quoi dans une interview) mais de foutage de gueule. Est-ce plus clair ainsi ?

Publié le 03 Juin 2022

@Frieda Pouffe
Chère Fräulein Frieda,
Je vous prends pour une truffe si vous êtes du Périgord, sinon je vous prends pour un jambon, à moins que vous soyez Lorraine, liebe Fräulein, auquel cas je vous prendrai pour une quiche. Là n’est pas l’important. Dénoncer mes « explications tordues » sert de prétexte. L’important est l’encart publicitaire que vous glissez en filigrane dans votre message :
« Lisez-moi, lisez ma nouvelle, nobles lecteurices ! Elle est belle, elle est fraîchement placardée, ma nouvelle, elle sent l’amande, la colle est encore humide. L‘histoire commence comme un roman de Camus: « Aujourd’hui, maman est morte », à part que maman est remplacée par Gabrielle qui s’avère effectivement être une maman. Elle dérape sur une drôle de fleur écarlate qui rappelle la « fleur écarlate des boyaux et des intestins » de Cendrars et se termine comme une enquête d’Agatha Christie. Tout ça en 15 pages, pas plus ! Y en a pas des tartines, c’est de la biscotte légère, de la madeleine beurrée, de la dentelle croustillante sous le palais. »
Voilà, liebe Fräulein, votre pub est faite…

Publié le 03 Juin 2022

"Toutefois, en écriture, le gras ça peut faire patiner l’intrigue et ça peut agacer ceux qui aiment sentir l’os du récit. Les lecteurs n’ont pas tous les mêmes attentes. Certains veulent une narration efficace alors que d’autres aiment que leur lecture soit vagabonde".

C'est un bel avis que je partage. Depuis, j'écris. Et je ne cherche pas à plaire à tout le monde. L'appréciation est assez subjective.

Publié le 02 Juin 2022

@Philippe Mahenc
Autre chose : j'ai déjà lu des explications tordues pour expliquer pourquoi on ne se casse pas la nénette à rédiger des commentaires, mais vous, vous battez certains records qu'on croyait indépassables. La dernière nouvelle, que je viens de poster sur le site, ne dépasse pas seize pages. Pensez-vous qu'elle excède vos fragiles capacités de lecture ?

Publié le 01 Juin 2022

@Philippe Mahenc
Vous écrivez : "Et puis, il y a les fils électriques tendus devant la fenêtre de la maison où j’écrivais, dans l’Aude. Des oiseaux viennent s’y poser régulièrement en bandes, formant à chaque fois une partition nouvelle. Comme je ne sais pas interpréter les notes, plusieurs fois j’ai demandé à mes fils ou des amis musiciens de jouer l’air que composaient les oiseaux. À chaque fois c’était un air connu ! Vous le croyez ça ?" Eh bien, puisque vous posez la question, PAS DU TOUT. Est-ce que, par hasard, vous ne nous prendriez pas pour des truffes ?

Publié le 01 Juin 2022