Interview
Le 20 oct 2025

Moulinex libère la femme

Moulinex libère la femme. Il faut remonter loin dans le temps pour retrouver ce slogan qui a bercé les foyers et dupé les femmes. Bien sûr, une signature comme celle ci était appréhensible immédiatement de tous. Mais au second degré, ou sur la longueur ne soulève t-elle pas des questions plus troubles ?
Libérer la femme ! parce qu'elle est captive ?Libérer la femme ! parce qu'elle est captive ?

 

En ce samedi ensoleillé, le premier après moult week-ends pluvieux, un ciel sans nuages fait de l’œil à Josiane. Il lui souffle des envies d’évasion. Dehors, les oiseaux piaffent joyeusement, ébouriffant les branches bercées par une brise délicieuse... L’enchantement printanier dans son absolut evidence.

Assise sur le canapé, elle consulte son téléphone à la recherche de quelque idée... Randonnée, restaurant avec terrasse ombragée… Après un mois de temps maussade, tout la séduit. Elle a tant besoin de prendre l'air, de faire le plein de chaleur après cette longue période humide et fraîche à l’excès.

« Ça serait bien de sortir et de profiter du beau temps, non ? » lance-t-elle à son époux qui revient du garage. Mais aujourd’hui, Maurice se sent d’attaque pour installer les étagères du placard de leur chambre, ces étagères qu'il promet à Josiane depuis des lustres.

– Tu veux sortir ? s’étonne-t-il, sourcils en accent circonflexe. Je voulais m’occuper des étagères...

– Pourquoi aujourd’hui ? Nous ne sommes plus à un mois près, tu ne crois pas ?

– Décidément, chaque fois que j’essaie de te faire plaisir, tu trouves quelque chose à redire !

– Ne le prends pas contre toi ! Je trouve juste dommage de bricoler à l’intérieur aujourd’hui.

– Beau temps ou pas, pour une fois que je suis motivé, je veux en profiter. Je vais récupérer ma scie sauteuse chez Julien et emprunter la visseuse de Jean.

– Si c’est boire l’apéro avec tes potes qui te motive, c’est une autre histoire...

– C’est ça, fous-toi de moi !

– À ta place, je les appellerais avant, tout de même…

– Pourquoi ?

– Ils ont peut-être organisé une sortie, eux !

– Eux ? Et ce « eux », je dois le prendre comment ?

– Comme tu veux, tu le prends comme tu veux, persifle-t-elle en reposant bruyamment sa tasse.

Son Maurice, elle le connaît par cœur. Gentil mais une vraie bourrique ! Inutile d’insister.

– Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil, lui glisse-t-il en l’embrassant sur le front. Appelle donc tes copines et organise une sortie avec elles.

– J’aurais préféré ne pas avoir à le faire…

– Allez, chérie, ne fais pas cette tête ! Je vais appeler Paulo et réserver une table pour ce soir, conclut-il avant de partir tout sourire, sûr de l’avoir amadouée.

Sitôt, il prend la route, persuadé que Jean est chez lui, mais il trouve porte close. Adieu visseuse ! Son ami, comme il le confirme au téléphone, est parti à Deauville avec sa Louise, et le même scénario se produit une fois arrivé chez Julien. Adieu scie sauteuse ! Il a parcouru cinquante kilomètres, perdu une heure pour rien… et déçu Josy de surcroît… T’as dépassé les bornes des limites, Maurice ! se morigène-t-il, mais tu peux encore rectifier le tir. Allez, j’optimisme ! se motive-t-il à haute voix sur le chemin du retour tout en réfléchissant à une escapade qui plairait à sa femme.

Il gare la voiture, espérant ravir Josiane, ravi lui aussi à l’idée de lui faire plaisir, mais il trouve la maison vide. Pas le moindre signe de vie. Juste un petit mot posé sur la table de la cuisine : Claire et Marie sont passées me prendre pour faire une balade. J’espère que les étagères seront montées à mon retour. Bon courage, mon chéri !

Josiane n’a pas traîné. Les vestiges de leur petit-déjeuner en attestent... Une grande première, d’ailleurs. En trente années de vie commune, jamais elle n’est sortie sans prendre le soin de tout ranger au préalable.

Maurice s’affaisse sur la chaise, soucieux, démotivé.

L’inhabituel silence de la maison l’angoisse. L’image d’une Josy joyeuse trotte dans sa tête. Elle le contrarie. Et si elle se sentait mieux sans lui ? Et si elle renouvelait l’expérience ? Et si elle y prenait goût au point de le quitter ? En se servant un café, resté chaud dans le thermos, lui viennent alors des pensées du genre terre-à-terre... Comment serait une vie sans mettre les pieds sous la table après le boulot ? Comment marche le lave-vaisselle ? Et le lave-linge ? Comment fait Josiane, en plus de son job ? Comment faisait-elle lorsque leurs deux enfants n’avaient pas encore quitté leur nid ?

Pour elle un Moulinex, pour lui les bons petits plats... Pourquoi ce vieux slogan publicitaire lui revient-il soudain à l’esprit ? Moulinex libère la femme, mon luc ! se dit-il en se rappelant l’enthousiasme mimé par sa mère, lorsqu’elle ouvrait un cadeau symbolisant un peu plus son enfermement au service de leur famille.

Et toi, qu’as-tu fait à part reproduire ce schéma ?

Maurice se précipite sur son téléphone...

Josy ? C’est moi, où es-tu ?
Je vois que c’est toi, répond-elle dans un petit rire dès la première sonnerie.
Tu es loin ?
Pourquoi me demandes-tu ça ?
Parce que... Enfin... J’aimerais bien que tu reviennes...
Bien sûr que je vais revenir.
Oui, mais j’aimerais que tu reviennes vite.
Qu’est-ce qui se passe, Maurice ?
Il se passe que tu me manques... Il se passe que j’aurais dû t’emmener en balade... Tu es loin ?
Non, plus près que tu ne l’imagines.
Avec Claire et Marie ?
Non, toute seule.
Je ne comprends pas...
Je n’avais pas le goût de me balader sans toi... Et puis toi aussi tu me manques, tu sais, et depuis trop longtemps, lui avoue-t-elle en ouvrant la porte d’entrée de leur maison.

Zoé Florent

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26 CommentairesAjouter un commentaire

@Michel Laurent Je n'évoquais pas l'absence de quantité, dont l'antonyme est l'insuffisance, mais bien ce trait de caractère qui suinte continuellement de ton verbe...

Publié le 25 Octobre 2025

@Zoé Florent II
Ah, la suffisance… ce doux péché capital des esprits qui ne s’excusent pas d’exister ! Comme si l’insuffisance, son contraire affable, devait être la vertu suprême. C’est sûr, il y a ceux qui se contentent de peu, et ceux qui se suffisent à eux-mêmes. Le crime d’orgueil reste malgré tout un crime élégant...

Quant à ce Diable vers lequel tu m’expédies, je le salue bien bas : au moins, lui ne manque ni de verve ni de conversation. J’irai donc volontiers lui tenir compagnie, en espérant qu’il ait meilleur inspiration que ses dévots terrestres.

Publié le 25 Octobre 2025

@Michel Laurent J'ai récemment réattribué au troll les palmes de l'autocongratulation... Je t'attribue sans hésiter celles de la suffisance, et pour conclure, vous souhaite à tous deux d'aller au diable.

Publié le 25 Octobre 2025

@Zoé Florent II
Mon sentiment (et mon avis) sur la psychanalyse n'a pas changé d'un iota. Le ridicule, je crois que tu l'as, hélas, depuis longtemps dépassé... Et toujours sans inscription à l'école du rire, trois fois hélas !

Publié le 25 Octobre 2025

@Michel Laurent Après avoir nié le rôle prépondérant de l'inconscient, critiqué les grands psychanalistes, voici que tu te lances avec un sérieux qui flirte avec le ridicule dans des analyses psychologiques via une méthode de développement personnel utilisant l'ennéagramme... No comment ;-) !

Publié le 25 Octobre 2025

@MBS @monBestSeller Décidément, chers fondateurs et gestionnaires, vous avez l'art du grand nettoyage ! Je vous signale cependant un minon résiduel, nommé présentement Odette Vatenguerre... Je vous saurais gré de le ramasser afin de parfaire votre coup de torchon.
Je ne vous salue pas, pas plus que je vous souhaite bonne continuation. Vos valeurs font de ce site moribond un site honteux pour les autoédités.
PS : je vous signale le départ d'un auteur de talent - un autre hélas - en la personne de @Robert C.

Publié le 25 Octobre 2025

Allons, allons, il va de soi qu'il faut voir cette affiche au second degré !
Après, elle ne scandalisait pas à l'époque, mais certaines de nos pubs scandaliseront sûrement nos petits-enfants !

Publié le 22 Octobre 2025

@carpov Merci pour ton adorable commentaire, cher Laurent.
Commençant tout juste à récupérer ma matière grise, je ne lis que des textes courts, mais je n'oublie pas "Un monde nouveau", qui m'attend sagement dans ma BV.
Bises et belle journée,
Michèle

Publié le 21 Octobre 2025

@Steven Damien Les compteurs de lecture alimentent la polémique depuis l'ouverture du site, car il ne s'agit pas de compteurs de lecture mais de nombres de clics sur la page.
Ceci veut que les auteurs qui paient des packs de mise en avant, ou bénéficient d'une mise en avant de la part de mBS, voient le leur s'incrémenter plus rapidement.
Mais d'autres techniques fonctionnent. Faire le buzz (comme dans le cas de Potatoes) en est une. Rameuter tous ses abonnés des réseaux sociaux en est une autre (voir l'exemple de Daryl Nicolas qui a atteint la première place dans le classement en quelques jours).
Tout cela est une question de référencement, et certains sont tellement obsédés par ce compteur et leur classement qu'ils n'hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie pour avoir l'impression d'un succès, tout illusoire et furtif soit-il.
Belle journée. Amicalement,
Michèle

Publié le 21 Octobre 2025

Félicitations pour cette mise en avant @Zoé Florent ! C'est une nouvelle tendre, écrite avec l'humour de clins d'oeil publicitaires, et qui soutient pourtant un message puissant, celui de la femme libérée, et de la constance de deux êtres qui s'aiment, et qui retrouvent avec bonheur la peur de se perdre.

Publié le 21 Octobre 2025

Merci infiniment à vous aussi, cher @Robert C., et belle soirée !
Amitiés,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

@Vanessa Michel Merci infiniment pour ton commentaire détaillé et sensible qui me ravit, chère Vanessa.
Avec le temps, il est un fait que la teneur des relations amoureuses évolue, mais il suffit parfois d'un rien pour retrouver un élan initial érodé par le quotidien.
J'ai apprécié que tu notes avec finesse l'intemporalité du sujet ;-).
Bises, belle soirée et à demain, puisque je vais prendre le temps de savourer ta petite dernière à tête reposée,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

Merci pour cette nouvelle toute en douceur :-)

Publié le 20 Octobre 2025

C'est moi qui vous remercie, cher @Cortex !
Belle soirée,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

@Clara King 2
Si , si, Bichette, racontez-nous le reste. Nous sommes si friands de vos couillonnades. Allez, un bon geste.

Publié le 20 Octobre 2025

@Clara King 2 En dix années, j'ai appris à mes dépens combien franchise, conseils et critiques constructifs sont peu appréciés en ces lieux, contrairement à toute forme de pommade, aussi fortement dosée en hypocrisie soit-elle... Mais en l'occurrence, mes remerciements sont sincères. Les gestionnaires avaient le choix de publier ma contribution ou pas.
Amicalement,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

J'oublie l'essentiel : merci à mBS d'avoir mis en ligne ma contribution...

Publié le 20 Octobre 2025

@Steven Damien
Trafiquer les chiffres avec un robot : il y avait longtemps qu'on ne me l'avait pas faite, celle-là. Seriez-vous un Bichette qui s'ignore ?

Publié le 20 Octobre 2025

@Zoé Florent II
Je confirme que j'ai trouvé ta Nouvelle intéressante. Curieux malgré tout cette obsession de voir l'intervention de ChatGPT derrière le moindre texte où l'on s'écarte des simples constructions sujet-verbe-complément. J'ai simplement voulu écrire ici un court commentaire technique sur la psychologie des personnages rencontrés dans ton texte, sans manifester le moindre affect vis-à-vis de l'auteur (surtout avec ce qu'on lit en ce moment sur le site). Pour ta gouverne, je suis en train d'écrire un bouquin faisant l'analyse de caractères de grands personnages via l'ennéagramme, technique aujourd'hui assez répandue - bien que contestée par quelques écoles - en psycho typologique (je m'y suis formé pendant plus d'un an).

Publié le 20 Octobre 2025

@Michel Laurent Contente que cette courte nouvelle soir à ton goût, même si j'aurais préféré un commentaire un peu moins chatGPTien :-) !
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

@Samantha String Je vous informe que @Michel Laurent n'est pas le troll Yolanda Potatoes. Nous avons longuement correspondu en 2024 et même écrit un roman à quatre mains.
Ceci étant dit, il est vrai qu'il est souvent difficile à suivre, caché derrière son humour abscons, de même qu'il est doté d'un bel esprit de contradiction ;-).
Amicalement,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

@Steven Damien Il n'est pas rare que ce soit le cas. J'ai été censurée maintes fois tandis que le troll Yolanda ne l'était pas.
Sinon, comme je l'ai indiqué sur sa page :
Je compatis et comprends votre départ de mBS. J'ai pris la même décision que vous la semaine dernière... Pour autant, je vous informe que @Michel Laurent n'est pas le troll Yolanda Potatoes.
Amicalement,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

Merci à vous, @Clara King 2, et belle journée !
Amicalement,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

@phillechat5 Merci à vous, cher Philippe ! Il est vrai qu'il faut rester vigilant. Il n'est pas rare de constater de monumentables régressions, et l'époque que nous vivons tend à le prouver.
Belle journée !
Amicalement,
Michèle

Publié le 20 Octobre 2025

Les personnages sont assez caractéristiques et faciles à analyser, d’un point de vue psychologique. Maurice et Josiane forment ce couple d’habitudes et de soupirs, enlacés dans une tendresse que la routine a lentement empaquetée sous le papier bulle des années. Elle, Josiane, a le cœur ouvert sur le monde. C’est une épicurienne (au sens de l’ennéagramme) du dimanche, avide d’air, de soleil, d’imprévus ; il lui faut sentir la vie bruire pour se sentir exister. Lui, Maurice, probable médiateur (toujours selon l’ennéagramme) , s’apaise dans les gestes familiers : une étagère à visser, un café chaud, un baiser sur le front pour conjurer les tempêtes. Elle rêve d’élan, lui craint la bourrasque. Mais derrière leurs maladresses, un même besoin : celui d’être encore choisis, malgré le temps. Ce jour-là, lorsqu’elle part seule et qu’il comprend trop tard, chacun redécouvre l’autre par le manque. Elle s’éloigne pour respirer ; il vacille pour aimer. Et dans ce frémissement de lucidité, leurs deux âmes se rejoignent à nouveau : elle promet de rentrer, il apprend à ouvrir la fenêtre.

Publié le 20 Octobre 2025

Une histoire drôle et surprenante.
Les choses ont-elles vraiment changé ?
Telle est la question !!

Publié le 20 Octobre 2025