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Le 18 fév 2014

Publier un premier roman à succès peut en gâcher un autre : le second.

Vous êtes française, vous venez d’écrire presque par hasard un livre, à la suite d’une convalescence. Vous êtes une bourgeoise aisée, enfant gâtée, plutôt discrète. Vous avez dix huit ans. Et soudain le destin vous prend à partie… On vous qualifie de « petit monstre dont le mérite littéraire éclate dès la première page et n'est pas discutable ». Vous symbolisez la décadence, la légende prend le relai…
Ecrire un second livre, le plus difficile, c'est qu'on est plus tout seulEcrire un second livre, le plus difficile, c'est qu'on est plus tout seul

Le succés s'abat sur les écrivains parfois de la manière la plus innatendue

Vous êtes anglaise, chômeuse, et vous écrivez des histoires fantastiques d’un genre nouveau. Les allocations sont les bienvenues pour joindre les deux bouts. Vous êtes, sans illusion car cela fait près de sept ans qu’aucun éditeur ne vous prête attention. Aujourd’hui vous êtes à la tête de la plus grande fortune d’Angleterre et un repère central pour la profession et tous ses dérivés marketing.

Françoise Sagan et J.K Rollings (la maman d’ Harry Potter) ont cela en commun : le succès les a emporté comme un raz de marée. Pour l’une, dans les sphères littéraires et sulfureuses de la reconnaissance, pour l’autre, dans le monde de l’argent et du « bankable » . S’est on jamais posé la question de l’angoisse, de l’inquiétude du second livre qu’elles ont eu à écrire ? Le second livre : la fameuse consécration ou infirmation du talent, de l’argent, ou de la gloire…

Ecrire un second livre. Souvent plus difficile que d'écrire le premier ou l'on a rien à perdre

L’étape suivante consiste à confirmer. Et peu y parviennent. Beaucoup d’entre eux sont auteurs d’un seul roman. Le succès inattendu, l’engouement de la presse et parfois les récompenses,  créent un climat qui rend difficile la remobilisation. Le rythme de sortie des nouveaux livres mène la cadence. L’intérêt sans cesse renouvelé des media pour la découverte de nouveaux talents enterre aussi vite qu’ils sont nés, les gloires et les espoirs d’un instant.  Pascale Roze, pour exemple, en dépit d'un Goncourt en 1996 pour « Le chasseur zéro », est loin de créer l’événement à chacun de ses livres.

Alors faut il attendre, se remettre au travail immédiatement pour ne pas laisser sa notoriété se diluer, rester sur la même veine, créer la rupture, faire du marketing ou rester soi même (si c’est possible) ?  Ou simplement dévorer ses avaloirs en s’asseyant alternativement à une table de jeu ou au bar enfumé, scotch à la main, d’un grand hôtel comme Françoise Sagan ?

 Parfois le second livre est une évidence. Toujours, il est difficile. Souvent, il n’ « est » tout simplement pas. Il n’y a pas de règle, sinon la personnalité, le talent, les envies et la volonté de l’auteur.

Le syndrôme du second livre : un accouchement avec les éditeurs

Et pourtant le syndrome du second livre existe bel et bien. Pour un premier roman vous êtes seul, déclare Fanny Santenoy, auteur chez Flammarion de « Juste avant ». Personne n’intervient et lorsqu’on intervient, vous disposez encore de votre liberté, vous n’êtes pas assujettie à un éditeur, à une obligation de résultats. Elle ajoute en substance que, conditionnée, pour son second livre, elle s’est imposée des règles d’écriture quotidienne, un plan (qu’elle a relativement bien suivi), une structure, et le passage du « je » à la troisième personne. Une vraie discipline née à la fois de l’exigence et de la peur de décevoir.

Tous n’ont pas l’inconscience nonchalante d’une Sagan dont les volutes de talents se délitent naturellement dans les salons parisiens. Une certaine facilité, apparente en tout cas.

Pour un deuxième roman ou ne s’intéresse plus à vous comme une « perle » à découvrir. L’auteur n’entretient plus le rêve d’être référencé dans les librairies ou chez Amazon, il le sera. Et l’inquiétude vient de la certitude d’être lu et attendu.C’est l’examen de passage qui transforme l’auteur en écrivain. Et si vous avez la chance de vous retrouver dans cette position, dites comme JM Roberts : «  Il n'y aura pas de deuxième roman, je passerai directement au troisième ».

 

Christophe lucius

 

Article intéressant. je crois qu'effectivement le plus dur pour un auteur est de garder le désir d'écrire qu'importe le degré de succès, le nombre de lecteurs qu'il a, la notoriété. Il faut avoir envie de se lever le matin et de continuer l'histoire, le projet d'écriture qu'on a commencé la vieille ! Bonne écriture à tous.
Publié le 25 Février 2014
Je doute fortemment que JK Rowlings ait eu "peur" d'ecrire son second livre dans la serie des HP. Son premier livre n'a d'ailleurs jamais ete refuse par des editeurs pendant 7 ans, ne serait-ce que parce qu'au RU le passage par un agent est quasiment obligatoire. Vers 1995 le second agent auquel elle a envoye le manuscript a bien voulu s'en occuper. Et le premier HP est sorti en librairie en 1997, ce qui est donc tres rapide.
Publié le 25 Février 2014
Bonjour, le sujet ne sera pas épuisé ces prochaines 2 à 3 années, encore. Le monde change. Oui, il ne faut pas que MBS devienne un Facebook. J'ai fait mes premières expériences avec l'édition en ligne en 2005 déjà, sur le marché minuscule de la Suisse francophone alias la Romandie. En 3 ans, nous avions fait le plein d'auteurs et de lecteurs. J'ai constaté les résistances des écrivains aussi cette première expérience s'est sabordée en 2012. Avant ce sabordage nous avions tenté un développement sur l'Afrique francophone avec une ouverture forte dans le cadre du Sommet des chefs d'Etat en 2010 à Montreux. Nous avions enregistré seulement 5 auteurs alors que nous pensions réduire la fracture numérique. Le défi reste d'actualité. Faites un tour sur www.impi.ch Monbestseller a tout juste et les outils perfectibles sont au point. Toutefois, les créateurs sont souvent égoïstes et impatients. L'édition en ligne peut changer les mentalités.
Publié le 24 Février 2014
Avec la dernière folie de Google nous constatons que le monde du virtuel ouvre des abîmes. 19 milliards de $ pour absorber WhatsApp et éviter la lassitude de ses utilisateurs. Dans le monde de l'édition, le livre papier reste encore une valeur sûre. 15 ans, c'est long pour l'histoire du web mais court pour l'aventure de la transmission du savoir. Nous savons que nos disques durs ne sont pas pérennes mais nous avons encore accès à des histoires écrites, vieilles de 30 siècles. Gutenberg a mécanisé l'imprimerie. En 1838, le langage binaire est lancé avec le code Morse. En 1970, IBM ne croyait pas au PC. L'ampoule électrique n'a pas tué la bougie mais d'autres fonctions sont nées. Aucun fabricant de lanternes et de bougies n'a produit d'ampoules électriques. Monbestseller ne doit pas entrer dans un débat inutile: édition classique versus édition en ligne. Dans le millier d’œuvres publiées sur le site, il y a certainement quelques perles. Les lecteurs choisiront, voteront. Monbestseller et ses auteurs doivent donner l'envie de lire et faire découvrir cette bibliothèque virtuelle. La notoriété sera le début de la reconnaissance.
Publié le 23 Février 2014
Cher Patrice , C'est un plaisir vrai que de vous lire. Le conformisme en place tuera le système qui le nourrit comme cela a été le cas pour la Musique. Vous allez bien rigoler quand nous sortirons le sondage IFOP que nous avons commandité pour le salon du livre sur la perception qu'ont les Français des maisons d'édition quand il s'agit de découvrir de nouveaux talents littéraires... Vous pourrez aussi lui envoyer les résultats in extenso que je vous ferai parvenir (à l'avant veille du Salon du Livre (suspense oblige)). Le propre d'un blog c'est aussi de sortir des sentiers battus, sinon on a l'Express, le Point, le Nouvel Obs, TF1 etc... (qui par ailleurs souvent travaillent bien) .Faire un blog pour se faire l'écho d'un grand media, c'est comme se promener en bicyclette au bord de l'autoroute. Bon WE. Christophe Lucius
Publié le 22 Février 2014