Conseil
27 sep 2021

Aujourd’hui, Gérard Bossy est mort.

Aujourd’hui, Gérard Bossy est mort.
Il va nous manquer.
Romancier de talent, amateur d’échanges, notamment par ses participations joyeuses et animées aux débats d’auteurs et de lecteurs, nous voulons lui témoigner toute notre amitié. Un homme bienveillant, respectueux, tout en retenue, en élégance.

Gérard Bossy à la remise du Prix Concours 2015

Gérard Bossy a publié de nombreux romans sur mBS. Dont ceux à quatre mains écrits avec Lamish. "Destins décroisés" est encore sur le site.

 

 

26 CommentairesAjouter un commentaire

Oh mince alors...
Toutes mes condoléances à sa famille et merci @mBS pour cet hommage rendu.
Cela fait plus de trois ans que je n'avais plus discuté avec Gérard, mais je garde de bons souvenirs de nos échanges.
Une pensée particulière pour lui, et aussi pour @lamish

Publié le 28 Septembre 2021

@Saint-Bleyras Merci, Georges !
Je suis en train de relire "Vendanges tardives", dernier roman inachevé écrit par Gérard, en 2019.
Je sélectionnerai pendant les jours à venir quelques passages, qui disent beaucoup de la valeur profonde de ce véritable ami.
Pour vous, j'ai noté ceci :
"Rêve de sieste par 40 degrés dans la maison. On me présente mon premier livre, cartonné, dos rouge, plats marbrés rouge et beige. Il y a bien mon nom d’auteur, sur le dos en lettres dorées, et en haut de la première page. Je le tourne et retourne en tous sens et je dis : « Mais il n’y a pas de titre ? ». Je feuillette les pages, elles sont toutes blanches. C’est bien de cela, et de moi, dont il s’agit."
Big bec, cher ami,
Michèle

Publié le 28 Septembre 2021

"En démocratie, la lutte féroce pour le pouvoir étend ses méfaits jusqu’aux plus bas degrés de l’échelle et envenime les rapports humains sur un registre très étendu. La moindre parcelle de pouvoir fait l’objet de combats acharnés, la plus petite miette est un enjeu capital.
Nous assistons actuellement au développement de ce qu’on pourrait appeler la « démocratie tentaculaire ». Elle s’étend à tous les secteurs, elle gagne tous les coins de la vie. Elle est nationale, régionale, cantonale, syndicaliste, elle régit tous les rapports humains, jusqu’à ceux qui se porteraient mieux de règles simples et claires. En France, dès qu’on est deux, on vote : et chacun vote pour soi, ce qui n’éclaircit pas la situation.
Il n’est plus original de dire que, de tous les systèmes politiques, c’est sans doute le moins mauvais. Par contre, il devient aussi mauvais que les autres quand il atteint un stade d’exaspération et de paroxysme qui lui enlève son sens véritable.
À la limite, qu’importent les idées, les idéaux, le programme de société, pourvu qu’on trouve les votes et les alliances qui assurent le pouvoir. On plie les idées vers les votes, plutôt que d’attirer les votes vers les idées.
Aucun de nos hommes politiques ne perd de sa faconde et de son assurance quand les sondages lui révèlent que le citoyen est dégoûté des manières de sa race. Chacun d’eux pense que les citoyens sont dégoûtés des autres.
Nos hommes politiques républicains sont devenus comme nos Rois aveugles, pensant que le bon Peuple ne peut pas ne pas les aimer, puisque il les adore depuis si longtemps…
Il y a dans le Peuple un grondement sourd et confus, qui ne se reconnaît pas encore parce que nous n’avons pas atteint un point de convergence de l’histoire. Mais l’on sent vaguement qu’il existe un mouvement de convergence.
Nos aboyeurs publics sont fourbus. Ceux qui ont divisé ou divisent encore hurlent à l’union. Ceux qui ont hurlé à l’union mugissent pour eux-mêmes après qu’ils ont défait l’union. Les petits malins se postent en embuscade : si le sanglier passe par là, ce sera leur chance. La meute arrivera trop tard, encouragée par les cors de chasse.
Ceux-là veulent repousser les bords, de leurs bras tendus. Ceux-ci veulent embrasser la plus grande masse possible de leurs bras amoureusement arrondis. Alors, pour les extrêmes, c’est le moment de tenter une sortie aussi folle que désespérée.
Au nom de quels principes, de quelle morale, de quelle philosophie ? « Quelques idées simples », disent les uns. « Dans le respect d’une grande tradition », disent les autres. On n’ose même plus en appeler à l’Histoire. On n’ose même plus citer de nom, que ce soit Dieu, Marx, De Gaulle, ou même Staline. On ne se sent plus, révolutionnaire, conservateur, ou progressiste. On ne sait plus si on se bat pour une civilisation existante, ou si on s’efforce d’inventer autre chose. Quand les grands discours disent tous la même chose, c’est qu’on ne sait plus quoi dire."
Vendanges tardives - Gérard Bossy (2019)

Publié le 28 Septembre 2021

@lamish

Merci, Michèle, pour cette très belle citation en hommage à Gérard Bossy qui fut et demeure, malgré sa mort, votre ami.
Affectueusement,
Georges / Saint-Bleyras

Publié le 28 Septembre 2021

"On emmène toujours les morts à la sauvette, pour ne pas gêner les autres. C’est de moins en moins un rite, de plus en plus un simple service public. C’est bien après que l’on prend véritablement le temps d’enterrer ses morts. Très souvent, en regardant les étoiles lorsque le ciel est sérieux, immobile et lumineux, lorsque en levant la tête surgit ce qui est enfoui. Et l’on enterre doucement et lentement ses morts en les revoyant vivre, en leur redonnant leurs parures d’amour dont on n’avait pas su les vêtir en les mettant furtivement en terre. Les secrets de nos morts sont alors éparpillés parmi les pluies d’étoiles qui crépitent à la vitre infinie ouverte sur la nuit. Ils sont déliés en autant de poussières qu’une voie lactée. Ils sont inclus et non plus limités dans un espace qui nous englobe et ne nous exclut plus nous-mêmes.
Qu’importent nos solitudes blessées, si nos morts scintillent de la sorte ? Nous savons bien que les deux ou trois décennies qui nous séparent d’eux n’ont pas de durée, à la vitesse de cette lumière : notre propre mort est pratiquement identique à la leur. Cette magie du temps, qui est illusion de vie, est vérité de mort, par son infini."
Vendanges tardives - Gérard Bossy (2019)

Publié le 28 Septembre 2021

Il était temps que s'abrègent ses souffrances...
Sa belle âme a enfin rejoint celle de ses mouettes, si souvent évoquées dans son oeuvre.
Merci pour cet hommage à toute l'équipe. Je sais qu'il aurait apprécié la justesse et l'épure de ce portrait.
Amicalement,
Michèle

Publié le 27 Septembre 2021

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