Actualité
Le 16 jui 2019

Peut-on optimiser la créativité ? (2/4)

Le rêve est un outil qui permet de s'affranchir du temps et de l'espace, pour atteindre une autre réalité divine connectée au passé, aux pré-sentiments ou au surnaturel. Il est souvent révélateur de vérités sub-conscientes, de connaissances ou de réalités enfouies. En cela il est source de créativité. Mais peut-on le cultiver, l'organiser, le structurer pour en recueillir tous les fruits ? Freudien non ?
Rêver sur papier, dessiner ses sensations, ses idées pour créerRêver sur papier, dessiner ses sensations, ses idées pour créer

Comme l’a fait remarquer une commentatrice dans l’article précédent : toute création peut être rationalisée après coup et révéler des process intelligents auxquels l'artiste ou le créateur lui-même n'aurait jamais songé. Ce qui a certainement été le cas, plus d'une fois, pour Walt Disney. Mais plus précisément, est-il possible d' organiser et maîtriser ses rêves pour créer?

Comment Disney s’y prenait-il pour créer personnages et univers ?

Cela peut sembler d’une banalité à mourir : il commençait par rêver. 
Avant toute chose, avant de se demander ce qu’il avait envie de créer, l’effet qu’il voulait obtenir, etc. Disney rêvait. 
Il rêvait librement sans idée préconçue, sans plan, sans objectif, sans volonté. 
Une immersion totale dans un bain de perceptions sensorielles (visuelles, auditives, olfactives, gustatives, kinesthésiques) ; un bain doucement remué par des souvenirs (d’enfance) ; l’eau du bain très vaguement éclairée par des modèles (œuvres artistiques : peintures, musiques…). 

Le rêve comme une forme de déplacement à travers les couches non conscientes de la mémoire. 
Et puis, doucement, lentement, il laissait remonter en surface des silhouettes indéfinies. Les laissait se révéler peu à peu, comme le ferait une photo dans son bain de révélateur.
Et là, au moment précis où le sujet apparaissait sur le papier, le sujet tel que la concevait sa pensée créatrice : stop ! Walt Disney sortait du rêve pour foncer à sa planche à dessin.

Cet « espace rêveur » de Disney était en premier lieu un état intérieur. 

Disney pouvait à tout moment interrompre une activité pour se mettre à rêver. Tous ses collaborateurs savaient qu’alors, il n’était plus question de lui parler. La tête posée dans une main, les yeux collés au plafond : Disney était plongé dans son état intérieur de rêve.

Comme l’a dit Michel Serres : le rêve, les idées, viennent du corps. De tout le corps. Et cette posture typique de Disney était le message de son corps voyageant dans les strates du non-conscient.
Mais cet « espace rêveur » devint aussi une espace réel.
Disney, qui avait compris la prééminence du corps et du rêve dans le processus de création n’hésita pas à mettre ses locaux professionnels au diapason de son idée : des lieux particuliers furent donc créés et utilisés par tous les collaborateurs dès qu’ils éprouvaient le besoin de « rêver ».

On voit donc à quel point ce premier espace s’est révélé fertile chez ce créateur (et probablement chez tous créateurs, avec des rituels plus ou moins semblables)
Posons à présent quelques questions qui pourraient nous intéresser :

Peut-on apprendre à « rêver » au sens que nous venons de définir ?

La réponse est oui, bien sûr : tout le monde peut apprendre à « rêver avec son corps ». Pour certains d’entre nous l’exercice sera plus simple s’il est pratiqué dans la solitude, alors que d’autres réussiront mieux dans la foule, ou immobiles en état de relaxation profonde, ou au contraire en ayant une activité : marcher, jardiner, courir, s’adonner à un sport, dans l’effort, en chantant, en faisant l’amour, en musique ou dans le silence. 

Peu importe la manière dès lors qu’on rêve sans but et surtout sans objectif.

Y a-t-il des conditions pour rêver ? 

Oui. Lâcher prise, laisser faire, ne pas vouloir, ouvrir les portes (de la perception), oublier un peu l’inhibition, exciter la machine à rêves, fertiliser en se laissant inspirer par les autres ou par la nature. Mais toujours sans but, sans objectif.

Quand rêver ?

Avant de créer quoi que ce soit ! avant de donner le premier coup de pinceau, de burin, avant d’écrire la première note, le premier mot.

Peut-on enrichir son art de « rêver » ?

Oui. Notamment en pratiquant régulièrement le schéma-heuristique ou Mind Map dont vous voyez une représentation dans cet article. 
Le schéma heuristique est une façon de « rêver » sur papier, de dessiner ses sensations, ses idées pour trouver de nouvelles inspirations.

Comment sortir de l’état de rêve ?

Brutalement, en criant eurêka et pour foncer sur la planche à tracer ou sur le clavier de l’ordinateur... C'est-à-dire pour entrer dans « l’espace » suivant qui est « l’espace réalisateur ». 

Mais ça, c’est une autre histoire que nous vous raconterons la semaine prochaine.

À suivre…

 

 

 

Bonjour. Second épisode. Il me semble que cela traite peut-être plus de l'inspiration que de la créativité. Alors pour moi, l'inspiration vient de l'inconscient. Comme le dit l'article, on peut s'entraîner à rêver, ou à se rappeler de ses rêves, ou tout simplement, cela se fait machinalement lorsqu'on autorise régulièrement son inconscient à venir faire des incursions dans la vie de tous les jours. On peut pratiquer des mini séances de "méditation" ou de "lâcher-prise" ou encore "d'auto hypnose", encore une fois, cela peut être travaillé, ou être naturel. Il y a des gens qui sont naturellement rêveurs, comme moi et qui se perdent lorsqu'ils vont à la boulangerie et se prennent les poteaux qui se trouvent sur leur chemin et risquent aussi plus souvent de se faire renverser par une voiture car ne se rendant pas compte qu'on est en train de traverser. Enfin, ces gens qu'on appelle les "gaffeurs" ou "rêveurs" et en ces termes on rejoint tout à fait la teneur de l'article. Bon, pour ma part, je n'ai jamais eu besoin de me forcer. Sans doute à l'origine une sorte de défense naturelle qui permet de s'extraire très facilement du réel pour ne pas avoir à le supporter, parfois trop facilement car finalement, la plupart du temps, ce n'est plus justifié mais c'est juste un mécanisme qui s'active tout seul. Si certains ont besoin de le travailler, je pense que l'auto hypnose est une excellente pratique. Je vais avec impatience voir la réponse à comment sortir du rêve (j'ai déjà évoqué la méthode du poteau, ou de la mare dans laquelle on plonge accidentellement, mais il y en a certainement de plus agréables :-)

Publié le 23 Août 2019

Dompter le rêve me parait une activité délicate sans la présence et le soutien d'un tiers. Mais l'idée que l'inspiration conduise et domine notre personne pour le mettre en scène, cela me plaît.

Publié le 22 Juillet 2019

@Catarina Viti
Bonsoir Catarina. Ma réflexion était plus un complément sur le sujet qu'une réflexion même sur la tribune.
Mais puisque le débat est là, débattons. Sans doute, en pleine réunion, WD était capable de s'extraire de cette réunion et de se mettre à "rêver" quelques minutes… si vous le dites ! mais ses grandes créations nécessitaient un peu plus que ces petites évasions durant ces réunions. Je ne doute pas que derrière le rêveur il y avait un gros travailleur qui prenait le temps pour choisir les oeuvres qu'il allait adapter ou pour créer de nouveaux personnages. Et je ne doute pas non plus qu'il était entouré de créatifs qui relançaient sa réflexion dans ces réunions brainstorming. Et pour créer un empire tel Disney, il faut, à mon avis, un peu plus que quelques minutes de rêves. Disney est devenu (et cela l'était à l'époque de son créateur) une industrie à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Je crois formellement que pour créer, il y a ce laps de temps que vous appelez ici, rêve (à cause du lâcher prise, on laisse vagabonder l'esprit) et que je nomme réflexion, parce que je crois que ces rêves étaient dirigés dans une direction précise (des contes etc), donc maîtrisés. C'est un peu plus que du rêve, c'est un rêve avec un but, pas tout à fait du vagabondage. Mais peut-être que je me trompe, après tout.
Quoiqu'il en soit, n'importe qui peut effectivement se laisser aller dans ses pensées sans but précis et en retirer une histoire. Je me répète, chez Disney, c'était "balisé". Ce qui n'enlève rien au rêve, naturellement.

Publié le 17 Juillet 2019

Tiens, @Filippo Fuchs, je trouve étonnante votre remarque à propos du temps. Je n'avais pas eu l'impression en lisant l'article que le temps jouait une part dans le "processus" de créativité. Au contraire, j'avais même cru comprendre qu'il s'agissait d'une capacité pouvant s'affiner et être utilisée dans l'instant. J'avais cru voir Disney s'extraire en une seconde d'un débat pour se connecter à son rêve, quelques très brefs instants que son équipe savait reconnaître.
Du coup, votre réflexion me laisse perplexe. Ne croyez-vous pas que le rêve est justement hors le temps ? En tout cas, moi je le vois comme une ressource permanente à l'intérieur de laquelle nous faisons une brève incursion chaque fois que nous créons quelque chose.
Mais il y aurait tellement à dire...

Publié le 17 Juillet 2019

Bon nombre d’auteurs, sur mBS, écrivent dans leur profil qu’ils sont à la retraite. Leur vie s’est comblée d’obligations professionnelles, d’enfants à élever, de voyages, de hobbies, mais finalement l’écriture est restée dans un coin de leur tête comme un rêve à assouvir plus tard. « Lorsque je serai à la retraite, j’écrirai ! J’aurai le temps ! Du temps pour moi ! » C’est donc parce qu’ils ont du temps, presque à revendre, qu’ils se mettent à écrire, à créer, à imaginer des histoires, à relater leurs souvenirs. Est-ce à dire qu’il faut être dans un état végétatif (oisif) pour avoir le temps de rêver et de créer? pourquoi pas ! Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut avoir du temps, c’est certain… ou en manquer car a contrario, d’autres ne savent créer que dans l’urgence. C’est le manque de temps qui les pousse ! Il y a un timing à respecter et ce timing pousse à réfléchir plus vite, à enchaîner les idées, des idées qui se bousculent et qu’il va falloir ordonner, mais des idées souvent, dans l’urgence, qui peuvent être farfelues et qui débouchent sur une « vraie bonne idée ». C’est aussi en « divaguant » un peu que certaines idées peuvent surgir. On les jette sur le papier et on en tire un nectar (enfin, on l'espère !)
Avoir le temps du rêve ou bien travailler dans l’urgence, voilà deux méthodes diamétralement opposées, mais qui portent leurs fruits.
Est-ce que Disney était vraiment quelqu’un qui prenait toujours son temps ou bien, parce qu’il y avait aussi un travail collectif derrière tout cela, il s’imposait des horaires ? Le temps, c’est de l’argent et dans l’industrie du divertissement, WD savait certainement aussi accélérer, dépasser le rêve, faire du brainstorming avec ses équipes… vite ! vite ! sans réfléchir, dire ce qui nous passe par la tête. On triera ensuite.
FF

Publié le 17 Juillet 2019