Interview
Du 21 déc 2020
au 21 déc 2020

Incendie nocturne

Une fatigue qui dégénère en une fièvre hallucinatoire . Une confusion des sensations. Frissons et frémissements, visions et cauchemars. C'est au petit matin que Marisa A. Fonseca ne s'est pas reconnue. Pour l'appel à l'écriture monBestSeller.
D'où vient cette fièvre étrange ?D'où vient cette fièvre étrange ?

Ce jour-là, les derniers rayons du soleil se dissipaient au-dessus des cimes lorsque j’arrivais enfin chez moi. J’étais déjà agitée depuis quelques heures et je sentais bien que je couvais quelque chose. Lorsque je m’affalais sur le canapé, prise par une fatigue étourdissante, je laissais mon regard vide sillonner les propositions que m’offraient la télévision. J’étais tout de même incapable de me concentrer, dévorée par ce feu qui grossissait à l’intérieur de moi.

Je me sentais brûlante et pourtant, mon corps commençait tout doucement à trembler.    

Je filais dans la salle de bain pour attraper le thermomètre. Après quelques minutes d’attente, il affichait 39°.  

Je laissais échapper un soupir. « Manque plus que ça » m’étais-je dit. Je prévoyais de travailler sur des dossiers que j’avais rapporté du bureau, mais je dû me rendre à l’évidence, je ne pouvais pas le faire. Pas ce soir-là.     

J’avalais un doliprane en espérant qu’il fasse vite effet mais je sentais que ma fébrilité se dispersait dans tout mon corps.    

Et puis, je l’ai sentie. La fièvre. La perfide. Elle s’est immiscée dans chaque recoin. Je me suis mise à parler seule comme pour combler le silence qui m’effrayait. Il devenait béant au fil des heures. 
−  Va-t’en, tu n’as rien à faire là !    

Je maugréais dans le vide, comme prise de folie. Elle aspirait mon énergie qui partait en fumée. J’étais impuissante. Elle prenait possession de mon corps et de mon esprit, et je ne pouvais rien y faire. Je sentais les flammes autour de moi. J’étais persuadée que je n’étais pas seule. Mon appartement était rempli de diablotins qui s’amusaient à me faire peur et à me rendre folle.

Les jambes flageolantes, je tentais de me raccrocher à tous les objets que j’avais sous la main mais ils se dérobaient à chaque fois que je tentais d’enserrer mes phalanges autour d’eux. Les diablotins continuaient de me susurrer à l’oreille « laisse-toi emporter, ne résiste pas ». J’avais de plus en plus chaud et je tremblais chaque fois un peu plus. Je n’avais pas conscience que tout cela n’était que des hallucinations. Tout semblait réel.      

Je n’avais qu’une envie, que tout cela cesse. J’attrapais un couteau en frémissant, persuadée qu’il s’agissait de la seule réponse à mes tourments. Il fallait que cela cesse, ma tête allait exploser.

Ce n’était plus mon corps, ce n’était plus mon esprit. J’étais happée par la fièvre.

Par chance, le couteau s’est dérobé et je m’effondrais à nouveau sur le canapé, prise par des convulsions qui ont fini par s’estomper. Je sombrais dans un sommeil lourd.        

Le lendemain, mes yeux se sont rouverts difficilement. Mon corps carbonisé gisait au milieu des couvertures. Autour de moi, un capharnaüm épouvantable. J’avais du mal à croire que j’étais la seule responsable. Et pourtant. Quelques réminiscences me revenaient à l’esprit. Elles étaient floues, comme si je ne les avais pas réellement vécues. La fournaise avait changé toutes mes perceptions et m’avait presque menée à commettre des actes dont je ne serais jamais crue capable. Les odieuses créatures n’avaient jamais existé, elles n’étaient que des produits d’un inconscient qu’on peine parfois à cerner.           

Ce jour-là, je ne me suis pas reconnue.

 

Marisa A. Fonseca

Dans un commentaire de texte il n'est que de bonne méthode de ne pas séparer la forme et le fond. Passer après les professeures implacables qui ne lisent que pour chercher l'erreur et pour sacquer, comme si nous étions encore à l'école, n'est pas chose aisée. Tant pis, je me lance ! Certes, la forme est à revoir, mais je me suis retrouvée dans le fond de cette nouvelle qui décrit bien une fièvre hallucinatoire, lorsque l'esprit navigue entre deux mondes. Il faut avoir vécu cette situation pour comprendre ce phénomène des plus perturbants et très désagréable. A mon avis, c'est à ce moment là que l'on ne se reconnaît pas, plus du tout ; comme si nous n'avions plus de corps, mais seulement un esprit que l'on ne maîtrise plus et qui nous entraîne dans de bien étranges contrées. Cordialement. Fanny (souvenirs d'une grippe saisonnière en 2010 quand le mercure est monté à plus de 41°)

Publié le 23 Décembre 2020

@Marisa A. Fonseca
Trés sympa petite histoire, qui me rappelle les fièvres délirantes de ma petite enfance : les monstres, les ombres furtives et menaçantes, qui vous entourent au fur et à mesure que la fièvre augmente. Et le réveil douloureux du lendemain, carbonisé, c'est exact, et gisant dans une marre de transpiration salvatrice.
Merci pour ce voyage que vous m'avez fait faire dans le temps!

Publié le 23 Décembre 2020